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Comment j’ai vécu la dépression

Pas beaucoup l’ont vu cette photo… 1 semaine après on m hospitalisait pendant 1 mois. C’était une période où les coups fusaient aussi, et que l’automutilation était quotidienne. Ce qui n’arrangeait rien… (sept 2007)

Je me rends compte avoir très peu parlé de mes sombres périodes de dépression, en dehors de celles vécues depuis que ce petit blog vit en tout cas, mais il y en a eu de nombreuses auparavant. Des dépressions légères, des profondes, des courtes, des longues, des sans hospitalisation, des avec hospitalisation, des avec idées noires voire suicidaires, des juste beaucoup de larmes. Dans tous les cas, il m’a fallu une aide extérieure, parce que je n’étais pas assez forte émotionnellement pour gérer, même si j’ai mis du temps en parallèle à accepter le mot dépression et ses conséquences sur mon esprit mais aussi sur mon corps. On oublie souvent que les deux fonctionnent ensemble. Si on ne soigne pas le corps, l’esprit va mal. Si on ne guérit pas l’esprit, le corps envoie des signaux de détresse en mode « oh qu’est ce qu’il devient Monsieur Cerveau, il ne semble pas aller super bien et je vais montrer que je suis solidaire, paf prends toi ça, tu t’occuperas peut-être mieux de nous 2 si on s’y met ensemble ! »

La première période date de mes 19 ans. J’étais tombée dans la boulimie, mon corps en manque se rebellait et me faisait avaler tout ce que mes mains trouvaient sur leur passage. Du sucre, du gras, tout ce que je m’interdisais durant la restriction. Le trouble borderline était à son apogée, mon visage et mon corps n’étaient qu’hématomes et trainées de sang sur mes poignets. Je prenais en plus un neuroleptique qui me faisait prendre du poids. En un mois, j’avais pris 5 kgs, on m’a réhospitalisée en urgence pour changer mon traitement. Je n’arriverais pas à savoir si c’était déjà la dépression qui faisait son bonhomme de chemin ou si c’était la dénutrition et le trouble qui entraînaient de telles conséquences psychologiques. J’ai été encore plus fragilisée par cette période de plusieurs mois dans tous les cas. Ce qui m’a « aidée » à aller mieux est que mon cerveau a choisi la route inverse de nouveau, l’anorexie et son contrôle. Mais c’était la 1ère fois où je sentais cette immense tristesse en moi, ce vide alors que je remplissais mon estomac à en vomir. L’envie de rien, juste bouffer comme une merde et un porc. A ce moment là je tenais un cahier avec le nombre de calories ingérées, le sport que je faisais pour me dépenser, le nombre de laxatifs ingurgités. Je ne compte pas le nombre de dessins de moi toute ronde que je faisais, avec des mots loin d’être bienveillants envers celle que j’étais. Une fois l’anorexie revenue, je me sentais mieux… ce n’était qu’un leurre bien évidemment…

J’ai eu d’autres périodes similaires où j’arrivais à dire que je n’étais plus pareille, mais bien incapable de mettre des mots dessus. 

Et puis il y a eu septembre 2007, où la dépression profonde a fait son apparition. J’étais une loque, je peinais à me lever le matin, me réfugiais dans le sommeil autant que je pouvais, et puis il a fallu que je remplisse un jour des documents administratifs parce que la sécurité sociale était en train de faire les démarches pour me mettre en invalidité. Tout devait se faire dans l’urgence parce que je m’y étais prise trop tard évidemment. Je me vois encore avec tous mes papiers de toutes sortes éparpillés sur ma table et les formulaires à remplir. Je pleurais dessus en m’apercevant ne plus réussir à compléter la partie d’état civil. En gros il fallait que je réfléchisse à comment je m’appelais et que je trouve la force de tout inscrire dans leurs cases. Depuis un moment je conservais tout mon traitement -que je ne prenais donc plus…- (pour rappel, ne jamais arrêter un médicament et encore moins plusieurs à la fois, seule, sans l’accord du médecin, c’est très dangereux), me suis retrouvée en décompensation psychique et j’admirais mon sachet rempli de pilules de toutes les couleurs. C’était ma sécurité d’être libre si je ne supportais plus ce vacarme dans ma tête, de tout avaler. Le sachet grossissait pendant que je maigrissais et n’étais plus que l’ombre de moi-même, à me foutre de tout, à avoir la sensation que je ne ressentais plus rien et paradoxalement à avoir l’impression que j’étais à fleur de peau et que tout me touchait. J’étais morte tout en étant vivante, même si prendre de l’air oppressait ma poitrine, parce que je souffrais de grosses crises d’angoisse qui laissaient un énorme poids sur mes côtes et arrachaient le plexus en passant. Je me regardais dans le miroir et me demandais qui était cette étrangère que j’avais devant moi. J’ai appris plus tard qu’il s’agissait de dépersonnalisation et de déréalisation. J’étais paniquée d’être devenue une incapable pour les choses banales du quotidien. C’est là que j’ai compris le calvaire d’une de mes compagnes de chambre dans la clinique où j’avais été quelques années auparavant. Elle dormait toute la journée, ne parlait que par bribes, pleurait, ne se lavait plus. Pendant ma propre période de descente en enfer, j’ai essayé de me souvenir ce qu’il ne fallait pas que je fasse, en gros. Je n’ai jamais arrêté de me doucher. Chaque douche était une victoire contre la maladie et sans doute un mieux-être pour moi même si je ne percevais plus rien de ce qui pouvait me faire du bien. J’ai toujours eu des vêtements propres sur moi aussi, je ne suis jamais restée en pyjama toute une journée, je savais que ça pourrait empirer les choses. Mais le reste, je n’avais aucun pouvoir. Je n’étais plus rien, j’avais un trou béant dans le coeur, au point de me demander si j’avais toujours de l’amour pour mes proches et me sentais monstrueuse de penser de telles choses. J’étais vide de toute substance, une ombre qui se traînait d’un coin à l’autre de son appart, à essayer de garder un contact avec les autres, même si je le perdais. Chaque geste m’épuisait et me laissait vide de tout ce qui faisait « moi » encore 2 mois auparavant. Je n’étais plus rien, à part une merde, un morceau de viande sans âme. Un corps rattaché à une tête par un fil tellement infime que plus aucun courant ne passait entre eux pour communiquer ensemble. Chaque partie de mon corps et de ma tête faisait sa vie dans son coin et j’étais au milieu, l’âme en peine, les yeux avec des larmes en continu. Le silence quand on me posait une question ou qu’on se trouvait en face de moi. Plus aucune capacité d’analyse, de compréhension et puis j’étais lasse de toute façon, il fallait juste me laisser tranquille. Qu’on me foute surtout la paix, c’était ma seule volonté s’il fallait en avoir au moins une, à ce moment là. La décision d’hospitalisation a été faite à la demande d’une tièrce personne, le médecin. Elle aura lutté contre moi pendant plusieurs séances pour m’expliquer que je ne pouvais pas rester comme ça. Je ne voulais pas, on va à l’hôpital quand on est malade et autant j’avais accepté que l’anorexie était une pathologie, autant la dépression me laissait de marbre, on me triturait chaque parcelle de mon esprit, mais sinon tout allait formidablement bien. Un soir, que mon meilleur ami de l’époque était venu, j’ai craqué, un sursaut de vie m’a habité un très court instant, mais assez pour récupérer mon sachet rempli de médicaments et lui donner en pleurs, en lui expliquant qu’il ne fallait pas me laisser avec. Il n’a jamais jugé, il n’était pas du genre à le faire de toute façon, aussi compliquées que pouvaient être les situations avec moi… 1 semaine après j’étais hospitalisée, chaque jour on me faisait couler une perfusion de valium assez fort en dosage mais pas trop pour que je puisse bouger encore et ça m’allait. Je dormais enfin et m’en donnais le droit et faisais des activités toutes les après-midi, je voyais une psychologue plusieurs fois dans la semaine. Au bout de 2 semaines, j’étais déjà plus reposée, ça n’avait pas arrangé le côté dépression, mais j’étais plus objective sur le sujet au moins.

J’en aurais d’autres des périodes comme ça, mais ce serait bien long et pas forcément utile. Mon message à travers ce post, est surtout de dire que peu importe la « gravité » d’une dépression, c’est important de demander de l’aide dès qu’on sent des symptômes qui pourraient y faire penser. Une dépression sèvère aurait pu être plus légère si par exemple une prise en charge avait eu lieu plus tôt. C’est pour ça que maintenant, j’essaie de le dire dès que je ressens que je pourrais me faire rattraper, parce que la dépression est quelque chose qui est devenu chronique avec le temps. Donc pour limiter les dégâts si déjà il faut qu’il y en ait, je n’ai plus honte depuis longtemps de dire « non ça ne va pas moralement, je n’arrive plus à « être » tout simplement. Prenez soin de vous et n’oubliez pas que demander de l’aide n’est pas une faiblesse, c’est au contraire une force. Avec l’automne, il y a toujours un risque plus grand aussi. Ce n’est pas à négliger non plus. Chaque personne se tournera vers ce qui sera le mieux adapté pour elle, mais l’essentiel est de le faire à temps. 

J’ai toujours appelé la dépression, le cancer de l’âme, parce qu’elle grignote et pourrit aussi chacune de nos cellules et on peut parfois lutter, mais parfois on n’a pas le temps de dire ouf, qu’elle est déjà bien installée et plus on la laisse prendre ses aises, plus elle s’éparpille en nous et plus on met du temps à sortir du gouffre dans lequel elle nous plonge. Evitez les personnes aussi qui au lieu de vous aider, vous noient encore plus. « Quand on veut on peut » est une phrase stupide dans ce domaine. Quand on est happées dans ce tourbillon sans fin, on ne veut plus rien et on peut encore moins… 

Et ne minimisez pas votre état. Il n’y a pas de petite souffrance, il y a des souffrances tout court… Parfois on a envie de relativiser sans doute, en se disant que ce n’est pas grand chose et c’est pourtant ce qui peut conduire à la perte de sa vie quand on la laisse s’enliser en nous, sans plus pouvoir faire grand chose pour s’en débarrasser. 

 

A Pierre… 13 ans fin août qu’il s’est suicidé durant une période dépressive (il était bipolaire). Je n’ai rien pu faire pour l’aider. Même les médecins l’ont vu s’éteindre. Il ne parlait plus, ne souriait plus, son regard devenait mortel de jour en jour. Ils l’ont laissé sortir, il avait sans doute donné le change quelques jours. Il s’est tiré une balle dans cette tête qui l’avait tant étouffé…  Je ne l’oublie pas, il a été mon pilier dans la clinique où j’ai été envoyée pour la 1ère fois à Marseille et était devenu un ami au fil du temps.

 

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Ma sexualité au milieu du chaos de la fibromyalgie

Crédit photo : site santedumonde

J’aurai mis le temps à m’y mettre à ce post. Il faut dire que je ne pourrai pas faire plus intime, même si je vais essayer de parler de façon neutre au maximum. Mais j’ai besoin de m’impliquer un peu personnellement, parce que c’est mon expérience, le handicap n’est pas le même qu’un autre, les difficultés également, donc je ne peux que parler que de ce que je connais. 

Quand j’ai rencontré J., il y a eu deux « soucis » en sachant très bien qu’on irait plus loin à un moment donné et le stress est monté. Je savais que d’avoir abusé de moi, même si c’était il y a longtemps (jamais assez pour ce genre de cas…) pourrait me provoquer plein de blocages. Au point de parler de vaginisme secondaire à un moment donné, suite à un traumatisme. Et puis il y avait les douleurs et la mobilité à gérer en parallèle. Je n’ai évidemment pas parler de ça tout de suite, j’ai attendu de le connaître mieux et de fil en aiguille, comme la fibromyalgie m’empêchait d’être présente près de lui, il a fallu lui expliquer ce qui se passait pour qu’il ne pense pas que je ne voulais pas le voir et que si j’annulais nos sorties, ce n’était pas lié à lui. J’ai dit que mon côté droit manquait de mobilité, que la dystonie était aussi à droite et que les douleurs étaient partout… Ca a dressé un tableau assez explicite pour entrapercevoir les éventuelles difficultés le jour où on choisirait d’aller plus loin. Et puis il a fallu raconter le pire. Que j’aurai l’impression de coucher avec l’ombre de l’autre aussi et que ça pourrait réellement coincé. Il m’a rassurée en me disant qu’on n’était pas des robots, mais juste humains, qu’on prendrait le temps. Qu’il comprenait en tout cas, même sans réaliser la mesure des douleurs et des soucis de mobilité.

Alors qu’est ce qui m’a aidée au final… On a eu besoin d’ingrédients « basiques » on va dire, tels qu’une douceur extrême, une patience en même quantité, de l’humour pour dédramatiser la honte que je pouvais ressentir parfois, me faire rire pour me décontracter, des caresses, des préliminaires à rallonge. Et puis il y a eu besoin d’ingrédients plus « spécifiques ». Des coussins pour m’adosser, des positions plus adaptées quitte à changer pour que je ne fatigue pas trop. Parce que finalement qu’elles sont mes difficultés dans ce domaine intime. Mes muscles qui lâchent, l’impossibilité de par exemple m’appuyer sur mes bras, avoir les cervicales malmenées, qu’il m’écrase parfois ma pauvre cage thoracique dont les côtes sont très douloureuses en se mettant sur moi etc… mon côté droit n’étant pas très actif, je me mets à sa gauche du coup pour avoir le maximum d’amplitude pour lui faire profiter de mes caresses avec la main qui fonctionne mieux quand même. Parfois il suffit de modifier un peu l’inclinaison aussi de mon corps, d’où les coussins sous mon bassin pour que je n’aie pas les lombaires cassées en petits morceaux. Un coussin entre mes 2 jambes pour arriver à me pénétrer  plus facilement sinon je me retrouve avec les 2 jambes l’une sur l’autre et c’est un peu compliqué. Je ne peux pas faire d’acrobaties, je fatigue vite et on peut supprimer beaucoup d’exercices du kamasutra ^^ On dit que le corps délivre des endorphines qui peuvent faire baisser les douleurs, c’est réellement le cas, mais c’est un danger un peu, dans le sens où le désir et dans l’action, j’utilise mes « ingrédients » mais parfois ce n’est pas contrôlable et heureusement sinon je pourrais me lasser et lui aussi. Le plaisir ressenti prend le dessus sur la douleur et le corps suit ou pas, je sens parfois ma jambe qui galère, qui voudrait serrer son corps en l’entourant mais rien ne répond, alors ça peut être frustrant en plus de ressentir une gêne et d’en oublier presque le reste. Je lui dis souvent que ce n’est pas à l’endroit à la limite où je pourrais avoir des douleurs après les rapports que j’ai mal, mais que ce sont mes jambes et mes bras qui ne suivent pas ^^ Mais on en rit. Et on en parle, parce que c’est important la communication. Il est attentif et attentionné et j’apprécie quand il me dit dans le feu de l’action « tu es bien, tu ne veux pas mettre encore ce coussin là à un autre endroit ». Ca me met en confiance, je sais qu’il ne comprend pas forcément parce qu’il a l’honnêteté de me le dire, mais je ne suis pas seule à me battre avec mes difficultés pendant que nos corps se mélangent et ne font plus qu’un. 

Quand je l’ai rencontrée et que je savais qu’on irait plus loin au bout d’un moment, je me suis jurée que la fibro n’aurait pas mon corps. Je ne savais pas encore ni comment, ni dans quelles conditions, mais le fait de parler avec lui, ça s’est mis en place et s’il y a un souci, je lui en parle, je ne subis pas la douleur, quelqu’elle soit. Je tiens à rester dans l’idée de plaisir et de sentir que le désir monte et qu’il n’est pas interrompu par une douleur ou un truc qui se coince en moi. 

Dans tous les cas, il me libère, je me sens épanouie, j’aimerais sans doute être plus active et en forme, mais j’essaie de trouver des alternatives pour que lui s’y retrouve aussi et ces 2 mois ont été magiques. Je me sens femme à part entière malgré mes bouts de corps émiettés par ça par là. 

Le handicap et la sexualité ne sont pas toujours mis en avant, par pudeur, par honte aussi sans doute. Mon handicap est « suffisamment léger », on va dire côté moteur pour me permettre de dire ce qui m’aide, ce que je veux et ne veux plus. Subir pour que l’autre prenne son plaisir, je ne le souhaite plus. Quand j’ai vraiment trop mal, je stoppe tout en essayant de trouver autre chose pour ne pas avoir l’impression non plus de donner un morceau de chocolat à quelqu’un qui est diabétique et de le laisser sur sa faim. Mais c’est rarement arrivé, parce qu’on parle avant en s’assurant de mon état, pendant pour voir si je suis bien et après pour faire le constat de ce qui a été et ce qui était légèrement plus pénible pour moi, pour trouver un moyen d’adoucir pour la fois suivante. Et on y arrive. 

J’aime notre complicité, on est pourtant très pudiques, au point que je ne peux pas encore lui dire certains mots même s’ils démangent mes lèvres… mais avec mon corps ralentit et douloureux, il arrive à me rendre épanouie, heureuse, me valorise aussi sur ce corps que parfois je hais tant par la douleur qu’il provoque justement. Et lui, vient mettre un baume cicatrisant et réconfortant avec ses mains que j’aime tant, m’attend, parce que certains médicaments endorment aussi ma libido parfois et que je suis un peu plus lente, mais il est là, patient, il profite de ce moment pour voir mon corps pas abîmé et pour ça aussi je l’aime beaucoup. Qu’il me voit derrière la maladie. Qu’il ne s’arrête pas à mes difficultés. Il a creusé avant de pouvoir accéder à mon monde intérieur pour être sûre qu’il était digne de confiance au vu de mon vécu et de mes difficultés. Et même si souvent je suis courbaturée et donc plus douloureuse pendant 2-3 jours, je me dis qu’au moins c’est le prix du plaisir et que je suis prête à le payer si c’est pour être heureuse entre ses bras. 

A 40 ans, je n’ai jamais été en aussi mauvais état physiquement, il faut le reconnaître… l’intérieur s’y met et je fatigue encore plus vite. Mais à 40 ans, en parallèle, je n’ai jamais été aussi épanouie, respectée et heureuse sur ce plan là (comme dans d’autres évidemment quand ça le concerne)

Le handicap peut vite mettre des barrières, j’en avais mises et je lui ai expliqué un jour que j’étais tellement bien avec lui que je tentais de faire sauter toutes mes barrières mentales et physiques, qu’il faudrait du temps pour certaines, mais qu’on pourrait profiter du reste que j’arrive à donner. Et à recevoir. J’aurais pu me sentir salie aussi. Mais c’est lui. C’est J. Parfois je le regarde, en me disant « lâche prise, profite, c’est J., ce n’est pas l’autre » et c’est là que je m’ouvre, laisse mon corps se relâcher au maximum de ce que je suis capable de faire physiquement cette fois-çi. 

Ne passez pas à côté de l’amour en pensant qu’on ne vous aimera pas si vous avez telles difficultés. Il y aura toujours ceux qui ne comprendront pas, ce sera mieux alors de les laisser partir d’où ils viennent, mais il y en a aussi d’autres, qui accompagnent et avec lesquels on ne fait qu’un dans tous les sens du terme. Ne perdez pas espoir, même si je l’ai perdu plus d’une fois… mais à l’heure actuelle je me dis que j’ai bien fait de persévérer pour trouver la perle qui ouvrirait mon coeur et mon intimité.

Soyez heureux(ses), avec ou sans handicap, avec ou sans vécu compliqué qui peut bloquer. Communiquer sera le mot clé de toute relation je pense. Un peu davantage sans doute quand il y a eu ou qu’il y a des difficultés, mais on ne parlera jamais de trop. Ce sont les non-dits qui détruisent surtout les relations. Pas le fait d’avoir parlé de trop de ce qu’on pouvait ressentir en bien ou en mal. 

J’espère ne pas avoir choquée avec mes mots en tout cas… Ca me tenait à coeur depuis longtemps mais c’est vrai que c’est dur de rester un peu en dehors de son histoire malgré tout pour qu’on puisse peut-être s’y retrouver et que ça aide si des personnes au même stade, sont pétrifiées tout comme je l’étais au moment de devoir lui parler de tout ça et au moment où on s’est retrouvés tous les deux plus proches l’un de l’autre intimement parlant. 

Une émétophobe au coeur de l’hiver

« L’hiver est tabou pour les émétophobes, mais on en viendra tous à bout !! Zen attitude ahemmmm » Crédit photo : pinterest

 

Pour rappel, l’émétophobie est la phobie de vomir. Je vis avec elle depuis 20 ans, sans avoir jamais pu vraiment m’en débarrasser. Il y a des endroits plus compliqués à gérer. Les lieux confinés où je ne suis pas sûre de pouvoir courir au cas où j’aurais besoin de vomir. La voiture où on ne peut pas s’arrêter n’importe où, le train pas accessible si on est à l’autre bout du wagon, alors que j’avance déjà en ayant l’impression d’avoir un coup dans l’aile, parce que je manque d’équilibre pour seulement marcher, alors imaginez, s’il fallait que je déguerpisse aux wc en 4ème vitesse. Bref, parfois je choisis la facilité (si on veut), je ne mange pas avant d’aller dans certains lieux. 

Mais l’hiver, cette phobie prend une autre dimension… J’entends à peine « cas importants de gastro » que j’ai déjà l’estomac retourné et au bord des lèvres, les intestins qui font des castagnettes entre eux, j’attrape chaud et je me désinfecterais bien à l’eau de javel à chaque fois que je viens de quelque part pour éradiquer chaque microbe susceptible de m’avoir contaminée. Je disparais de la circulation jusqu’à ce que l’épidémie soit passée. 

Et puis le nombre de fois où j’ai entendu depuis petite « j’avais froid aux pieds, ça m’est resté sur l’estomac d’avoir eu froid » Du coup, je mets double paire de chaussettes, suis habillée comme pour le Pôle Nord, pour éviter de prendre froid et que les aliments ne passent pas s’il ne faisait pas assez chaud en moi. 

Le pire étant que je suis malade si je vois quelqu’un vomir, même si aucune raison pour moi ne provoque, mais je suis à l’affut du moindre signe de mon estomac et comme j’ai souvent mal au ventre à cause de mes splendides intestins, je me bourre de spasfon, de vogalène, de menthe poivrée sur un sucre, je serais même prête à avaler la fiole complète, mais ça me reviendrait trop cher de faire ça à chaque repas…, je bois des tisanes après-repas, même si ledit repas ne s’est composé que de choses simples mais on ne sait jamais. 

Alors les repas de Noël… l’an dernier j’étais malade depuis le 22 décembre, je n’ai jamais mangé aussi peu à un Noël, la veille et le jour même. Juste le minimum. C’est moi qui ai mangé le moins et qui ai été malade comme un chien. Je fais attention en général de ne pas trop manger parce que comme dit j’ai vite mal et je suis vite remplie, mais c’est aussi pour éviter au maximum les risques de trop plein qui voudrait repartir. 

Je suis donc du genre à scruter toutes les dates de péremption et flique tout en mode « t’es sûr que ça ne sent pas un goût bizarre ?? »… « ben ça sent le poisson, en même temps, c’est du poisson donc c’est normal »… « oui mais quand même, non ?? »… En général je suis discrète, peu de monde le sait en réalité que j’ai cette phobie parce que je n’en suis pas fière, mais même en travaillant sur moi, je m’en dégage très peu. Chez moi à la limite, ça va, je suis seule, s’il m’arrive quoique se soit, il n’y aurait personne pour me voir cracher mes boyaux. 

Entre repas plus copieux que l’ordinaire, les épidémies de gastro, de grippe où les gens nous crachent dessus, le froid qui peut ralentir voire stopper la digestion, ça en fait des choses à surveiller dans la tête d’une émétophobe. Alors j’essaie de tourner ça en autodérision, parce que beaucoup me diraient « et puis ? qu’est ce que ça peut faire si tu vomis ?! »… ben je refuse de manger  pendant 3-4 jours et je perds vite du poids mais en reprends difficilement, du coup il faut aussi rester vigilante sur le fait que j’ai l’angoisse de me réalimenter, voire de me réhydrater tant que je sens que ce n’est pas rétabli. Sauf que le fait d’avoir l’estomac vide peut provoquer de violentes nausées, par manque de sucre aussi, et ça fait cercle vicieux. J’ai toujours eu peur de m’étouffer seule et c’est la honte de vomir devant quelqu’un, enfin à mes yeux, donc tout mélangé, ça peut vite devenir un jeu de piste sur les heures pour sortir l’estomac vide, prendre un repas qu’on connait pour se sentir rassurée, quitte à toujours manger la même chose pour avoir une sécurité. Ma grand-mère faisait pareil, elle avait aussi cette phobie et c’est l’un de ses héritages. Je l’ai toujours vue manger les mêmes aliments. « Je t’aimais très fort mamie, tu le sais pourtant, mais tu n’étais pas obligée de me léguer ce machin tellement nul ! Même si au fil des années, je pense à toi et me dis que c’était une souffrance pour toi aussi d’être sans arrêt en stress de ce qui passait dans ton bidou hein ».

Etre émétophobe, ce sont des stratagèmes à mettre en place. Avoir un petit sachet sur soi au cas où. Conserver l’attirail pharmaceutique de base, spasfon et vogalène. « Au cas où », comme quand on prend des affaires en trop pour partir en vacances et qu’on dit « je prends ça… au cas où ! »… Sortir rapidement des transports en commun si je sens que ce n’est pas folichon (déjà fait, alors que je me rendais à 3/4 d’heure d’où j’étais), j’ai déjà refusé de prendre certains médicaments parce que je vomis avec la plupart. De toute façon, il suffit que je jette un oeil sur la notice avec les effets indésirables, sans encore avoir avalé quoique se soit, que j’ai déjà la tête dans la cuvette, c’est dire le pouvoir du psychisme.

Je ne sais pas trop si on arrive à se rendre compte que comme toute phobie, il n’y a rien de rationnel dans tout cela, mais que ça génère de sacrées crises d’angoisse. Et que l’hiver est la saison que je déteste le plus juste pour ça. Tous ces microbes, tous ces festins à maltraiter tous ces estomacs. Tous ces aliments pourtant tellement tentants, même si les appareils digestifs ne prennent pas une autre dimension pour qu’il y ait davantage de place durant les fêtes. 

Avez-vous des phobies de ce style, qui vous posent problème dans le quotidien. Je ne parle pas des araignées ou des serpents, mais plutôt tout ce qui est émétophobie, phobie sociale, agoraphobie etc. Tous ces machins inexplicables et inexpliqués parfois qui viennent s’installer entre 2 neurones et qui font perdre l’air en produisant de formidables crises d’angoisse et ce, peu importe l’endroit et n’importe quand. 

J’ai mis intentionnellement des passages d’auto dérision pour me montrer à moi-même la « stupidité » de tout ça, pour essayer de rire d’une souffrance qui pourrait être effacée, mais ce n’est pas si simple et le fait d’en rire, ne remet pas en cause le handicap qu’on peut ressentir quand ça commence à agir sur nos quotidiens. Alors quelque soit la phobie que vous devez gérer chaque jour, je vous souhaite un bon courage et continuez de vous lancer des défis. J’en reparlerai à travers un autre post. 

Sinon, je vous souhaite un bon hiver… Eurk… N’oubliez pas vos gels hydroalcooliques, c’est mieux que rien et tenez une distance de sécurité entre les gens et vous, pour que les postillons ne puissent pas parvenir jusqu’à vous ^^

Cette salissure du fond des tripes

Ce sera le plus dur post que j’aurai écrit sur mon blog. Tout remonte à la surface avec « l’actualité sexuelle » si dégradante du moment et j’étouffe à travers mes propres souvenirs.

En 2001, je suis tombée sur le premier qui a pris mon corps pour un objet sexuel. J’étais dans l’anorexie depuis 4 ans mais je m’accrochais à mon bts que j’avais dû interrompre l’année précédente. Je pesais 40kgs, il pleuviotait, ne faisait pas bien chaud, portais un jeans, un col roulé et une polaire. En Novembre en Franche-Comté, dans un bois derrière chez mes parents où j’allais éliminer le peu de graisse que je possédais encore. Il y a un parcours de santé où des gens courent, font des exercices. Je marchais les écouteurs sur les oreilles comme à mon habitude. Les passages incessants d’un des coureurs auraient pu me faire peur, mais ce n’était pas encore l’époque où je prenais peur pour le moindre mouvement suspect même si ses regards insistants pouvaient me gêner. Puis je l’ai vu à l’un des exercices, voyais juste qu’il me parlait et en personne polie (ou conne ou naïve, je laisse le choix), je me suis dit qu’il avait peut-être besoin de l’heure ou d’aide. Au moment où j’ai vu qu’il baissait son pantalon pour se masturber, c’était déjà trop tard, il avait eu le temps de venir vers moi en me demandant de l’aider dans son activité sportive du dimanche…. les menaces verbales si je ne le touchais pas, son sexe dur contre mon bras, ma main dans la manche de ma polaire pour ne surtout pas entrer en contact avec lui d’une quelconque façon. Son impatience parce que je ne voulais pas, son regard tellement noir quand il me tirait un peu plus près de lui et surtout le fait que je n’arrive pas à me dégager de lui. Il y a eu ce moment où il m’a lâchée un peu et où j’ai eu le réflexe de reculer, sauf qu’un arbre et une de ses racines m’a fait trébucher, je me suis retrouvée dans la terre mouillée au milieu des feuilles de l’automne et lui sur moi pour finir son job. Son sexe dur contre mes parties intimes à travers mon jean, cette violence verbale et ses gestes qui me laissaient par terre sans pouvoir me dégager de son corps bien trop lourd pour moi, m’ont fait crier, la peur étant qu’il aille encore plus loin. Et il a eu ce qu’il a voulu, a éjaculé et lâché mon corps. Je suis rentrée en traversant tout le bois en diagonal, en pleurs, c’est mon père qui a pris l’initiative pour moi de m’emmener à la police pour un dépôt de plainte (si je m’étais trouvée seule à ce moment là, je n’aurais même rien dit). Je me revois dans ce bureau, avec ces 2 types qui posaient des questions, ils m’ont même ramenée sur les lieux parce que j’avais parlé d’éjaculation et voulaient voir si des prélèvements pouvaient être faits sur le sol. J’entends encore un des policiers dire « il faut la conduire aux urgences, elle est en état de choc » et moi qui ai répondu que je voulais qu’on termine juste ça très vite. Et puis il y a eu l’air gêné de l’un d’eux « on est obligés de demander comment vous étiez habillée parce que certaines femmes provoquent ce genre de choses »… et là ils m’ont perdue. Je m’étais changée parce que j’étais trempée et pleine de terre, mais la tenue était équivalente. Non je n’avais pas cherché à provoquer puisque c’était l’insinuation, parce que j’étais plutôt du style à me faire toute petite avec mon corps d’anorexique. Non je n’étais pas consentante. J’avais en plus dit non. On ne peut pas chercher à se dégager (me débattre étant un peu immense comme mot vu ma force du moment et mes gestes dans le vide) de l’emprise de quelqu’un tout en étant consentante, à moins d’être sado maso, ce que je suis loin d’être. On ne pouvait même pas me reprocher de ne pas avoir sorti ce foutu « non ». 16 ans après on se justifie encore sur les tenues qu’on porte de toute façon.

Ils m’ont montré des fichiers de types pour voir s’il était fiché. A chaque page que je tournais, j’avais peur de tomber sur ce regard qui m’avait tant marquée, moi qui suis attentive aux yeux en général. Je savais que je le reconnaîtrais grâce à ça d’ailleurs. J’avais eu le temps de voir sa sale gueule quand il était allongé sur moi pendant que j’étais en train de chercher à foutre le camp. Ces mêmes yeux qui m’ont poursuivie pendant des mois. J’ai eu le coup de grâce venant d’une personne qui était plus que proche de moi qui avait sûrement voulu dédramatiser cette salissure là, en disant en riant, en plein milieu du repas qu’en gros, leur fille plaisait aux hommes… A ce moment précis, j’ai su que je ne dirais plus rien sur ce que je ressentais, sur mes pensées qui allaient à ce corps que j’avais tant de mal à faire vivre déjà. A ce bout de viande que j’essayais d’éliminer depuis 4 ans. L’inverse de ce que je pensais, à savoir que je chuterais encore davantage dans l’anorexie est arrivé, je suis tombée dans la boulimie non vomitive. Je mangeais pour oublier et ce, jusqu’à ce que j’aie son visage qui s’efface un peu de ma mémoire, mais il revenait tout aussi vite, alors je ne m’arrêtais plus de me goinfrer. Je pleurais tout en me bourrant. La nourriture jusqu’en haut de la gorge parce qu’il n y avait plus de place. J’étouffais sous la nourriture, sous mon corps qui a repris 7kgs en 1 mois, dans ma tête qui envoyait des signaux de culpabilité. Au même moment, j’ai reçu un courrier du tribunal pour « donner suite à ma plainte » J’ai lu qu’un service d’aide aux victimes pouvait m’accueillir si je souhaitais en parler. Le courrier est parti à la poubelle, c’était trop tard, je ne voulais pas en parler non, pas pour me faire comprendre que je l’avais sûrement provoqué par une façon d’être et qu’en plus de ça, je plaisais aux hommes. Le chapitre s’est clos là. J’étais sans doute une petite nature qui se plaignait alors qu’elle aurait pu connaître pire. Il aurait pu me pénétrer, alors ce n’était rien tout ça. Et pourtant je me sentais encore plus détruite que ce que j’avais été capable de faire avec l’anorexie…

En 2006, j’ai été hospitalisée pour anorexie. J’étais arrivée dans un sale état 2 mois auparavant, mais je remontais et recommençais à manger et à surtout être moi-même. Et puis un jour, quelque chose a basculé. Dans ce genre d’endroits, c’est humain de créer des liens avec des personnes pour aider à faire passer ces caps pas forcément faciles, dans un lieu où les murs puent la souffrance mentale à tour de bras. On a aussi tou(te)s des gros bas que les autres patient(e)s essaient de faire oublier en rigolant de tout ou en écoutant la personne ou en comprenant pour passer par des choses identiques. Tour à tour confidente pour les un(e)s et oreille pour les autres, c’est un peu comme ça que se sont passées mes hospitalisations. Et il y a eu cet homme qui s’est insidieusement rapproché de moi, mais dont la présence ne me dérangeait pas. Du moins, pas encore. Et tant que j’étais lucide et consciente de ce que je faisais, c’est à dire dans la journée, parce que le soir, tout devient vite flou… Quand on est sous neuroleptique qui endort les neurones, le somnifère, les anxiolytiques, les antidépresseurs, le flou intervient vite. Un soir, j’ai vu sa tête apparaître dans l’encadrement de la porte, il me demandait s’il pouvait entrer pour parler avec moi. J’ai répondu que oui, surtout que j’étais avec une mamie dans la chambre, je ne risquais pas grand chose, j’avais juste oublié qu’elle était encore plus shootée que moi… quelques soirs se sont passés comme ça, on parlait tout simplement, il se confiait. Et puis un soir a été différent. Moi dans mon brouillard de la camisole chimique, lui bizarrement très éveillé. Son sexe sorti de son pantalon, sa main derrière ma tête pour me conduire là où il voulait m’emmener… il y a encore eu quelques soirs similaires, toujours dans mon brouillard, comme une marionnette à être là sans être là. Comme si les médicaments me faisaient sortir de l’état de conscience. Je faisais pitié avec mon pyjama et mes couvertures remontées jusqu’au cou à essayer de voir si la mamie ne voyait pas qu’il se passait quelque chose de bizarre et si elle ne pouvait pas appuyer sur cette foutue sonnette. Et un jour, la frontière a été dépassée encore davantage, il a tout massacré au passage, mes entrailles se sont déchirées comme s’il s’était insinué peu à peu dans cette chambre un peu plus chaque soir, sans que je réalise que tout dégénérait au moment où mon traitement faisait effet et que je n’étais plus digne de mon corps, comme si le respect envers lui n’existait plus. Les neurones s’éteignaient en même temps que mes cuisses essayaient de se refermer, comme dans une tentative de sortir du brouillard pour être protégée. La peur était venue s’installer entretemps évidemment, d’où le fait que je n’ai pas dit stop dès la 1ère fois où c’est arrivé, je suppose… Parce que je m’en veux et la culpabilité ne s’est jamais effacée. Je l’avais laissé entrer. Un peu comme un loup dans une bergerie et j’avais raté des épisodes entre le 1er soir et les 5-6 qui ont suivis. Je n’étais plus moi et lui faisait ressortir son côté prédateur et le camouflait très bien dans la journée, du coup c’est comme s’il y avait un décalage. J’en suis même arrivée à penser que je rêvais ou perdais vraiment conscience de tout une fois que j’avais pris mon traitement. C’est dire où mon esprit s’est envolé… Peut-être que j’étais consentante qui sait ?? mais c’était étrange parce que je me sentais plus mal au fil des jours et j’avais des sortes de crises d’angoisse en le voyant apparaître qui supposaient qu’on me fasse des injections de calmant pour arriver à me shooter une fois de plus… j’avais à peine digéré l’injection de l’après-midi que mon traitement du soir revenait et celui du coucher qui m’était fatal, parce qu’il me clouait et me laissait juste des bouts de ce qui se passait. Et sa tête dans l’encadrement de la porte. Le même schéma jusqu’au jour où une patiente s’est rendu compte qu’il y avait un souci inhabituel chez moi et j’ai fini par dire des bribes. Elle m’a répondu qu’il abusait de moi, qu’il fallait que j’en parle sinon il continuerait. Je lui ai parlé du décalage qu’il y avait entre mes moments de brouillards et ceux du jour et que c’était de ma faute si ça se passait de cette façon. Il aurait suffi de lui dire stop ou non (ce que je faisais comme je pouvais). J’étais faible, nulle et une merde, il ne fallait rien dire, j’étais coupable de tout ça. Le lendemain, j’ai été convoquée par le directeur de l’établissement. Cette patiente et un autre patient qui me connaissaient assez bien pour savoir que je n’étais pas cette pute qui donnait son corps à n’importe qui comme je le pensais moi-même pour le coup, avaient été lui parler. Il a parlé d’abus de faiblesse. De viol. Il m’a dit que je pouvais porter plainte contre lui. Je n’ai pas voulu, déjà parce qu’il avait une femme et des filles. Le patient s’est chargé de l’humilier et lui faire cracher le morceau, ça me suffisait, le reste n’aurait rien changé… Et surtout je me rappelais de ce qui s’était passé 5 ans auparavant… comme si ça n’avait pas pu me servir de leçon, j’étais décidemment juste une merde bien fragile. Je restais de longs moments sous l’eau bouillante comme pour me laver indéfiniment et surtout je ne mangeais de nouveau plus pour me sentir purifier même de l’intérieur. Il a fallu me perfuser pour me remettre debout, me réalimenter avec leurs boîtes à calories comme j’appelais les compléments. Je suis restée 1 mois supplémentaire hospitalisée… Fin du 2ème chapitre…  Enfin presque, parce qu’à chaque fois que je suis hospitalisée, je signale qu’il faut refermer à clé, la porte, derrière soi maintenant, sauf qu’autant un service psy peut le comprendre parce que les portes se ferment plus facilement, autant un autre service, je n’ose pas en parler et j’arrive dans des états d’angoisse impossibles à gérer pour moi. Je me souviens même d’un infirmier aux urgences psys qui essayait de me convaincre de rester la nuit dans leur service pour être protégée le temps qu’on trouve une solution, qui me disait que ça pourrait être sa collègue femme qui s’occuperait de moi si je préférais, parce que je m’évertuais à expliquer que je ne resterais pas entre leurs murs. Dans leurs services, il est inscrit qu’il y a eu un abus et que ça peut être une source d’angoisse supplémentaire pour moi et qu’il faut refermer la porte derrière soi pour me permettre d’être shootée tranquillement en gros, en cas de besoin, il vaut mieux m’enfermer à l’intérieur de la chambre, pour que je puisse perdre tout contrôle sans être aux aguets. Dit comme ça, c’est spécial… je fais soigner mon âme dans des endroits qui me l’ont aussi volée… c’est pour ça que parfois, je dis que le monde psychiatrique m’a autant sauvée que détruite.

Environ 3 mois après ce 2ème chapitre, je rencontrais S. Avec une méfiance digne d’un sarcophage blindé… Mais sa patience et ses mots ont permis d’avancer. Pendant 4 mois on a partagé notre lit, il savait ce qui était arrivé, grâce à lui j’ai pu me réapproprier mon corps un petit peu au moins, même si tout se bloquait en moi. Quand je lui disais non, c’était non et ça m’a sans doute sauvée de tomber sur lui. La vie a fait qu’on s’entendait bien mieux en étant juste amis alors après 4 mois, on était toujours bien là tous les deux, mais bien loin du sexe parce que ce n’était pas nous et ce que représentait notre relation. Pendant 9 ans, il a été mon meilleur ami, voire le grand frère que je n’avais pas eu. Celui qui ne salirait jamais la ptite Delph que j’étais devenue à ses yeux. Cette petite nénette qui essayait de recommencer à vivre doucement.

Certains rares hommes ont obtenu ma confiance, mais au final, je me rends compte qu’il y a une sacrée cassure en moi et je ne me suis jamais perçue comme victime. Déjà j’ai minimisé tout ça, mais en plus, je me suis toujours sentie coupable de ne pas avoir su assez dire non. Je n’ai pas forcément réalisé qu’un seul non aurait dû suffire pour arrêter… Peut-être que j’ai attiré tout ça. Sûrement, même. J’étais peut-être consentante tout en ayant ma conscience à côté de la plaque qui sait ou pas en état de dire non clairement, mais alors dans ce cas là, je n’aurais pas dû le laisser entrer dans cette chambre double. Puisque pour le 1er, je n’étais sous l’emprise d’aucun médicament qui aurait pu tromper ma vigilance, c’est que quelque chose en moi provoquait. Quoi je n’en sais rien, mais la société et la justice n’aident pas à ne pas se poser des questions de ce genre au moment où ça arrive et encore des années après, dès que certaines choses font remonter les souvenirs dans un immense fracas comme c’est le cas en ce moment pour moi. Les coupables, ils leur arrivent des bricoles tôt ou tard. J’aurais dû me fracasser la tête contre cet arbre qui m’a fait tomber la première fois et mon coeur affaibli par l’anorexie aurait dû lâcher pendant que le deuxième arrachait mon bas ventre et le peu de tripes que je possédais pour ne pas être fichue d’au moins dire que quelque chose clochait avec ce patient qui profitait de mon traitement pour finalement avoir eu un jour ce qu’il souhaitait sans doute depuis le début. Je méritais ça puisque j’étais coupable… 

Je n’oublierai rien, j’essaie juste de vivre avec ces salissures là qui parfois me reviennent en pleine figure dans des moments de vulnérabilité ou à force d’entendre des femmes passer aux aveux, je me dis que chaque histoire est importante pour rappeler que Non, c’est non. Que tant que je n’ai pas dit oui, je ne donne pas le droit d’accéder à mon corps d’une façon ou d’une autre. Que ma sensibilité et ma douceur ne sont pas synonymes de naïve et encore moins de nana facile qui ne dira rien, parce que finalement c’est ça le risque encore. Que les corps ne sont pas des objets sexuels. Qu’on peut être habillée de la tête aux pieds comme si on partait au Pôle Nord et tomber sur un connard. Qu’il faut arrêter avec les phrases du style « tu portais une mini jupe, ne te plains pas », ça ne veut rien dire, à part passer pour le même connard qui salit. C’était mon histoire de porcs. Qui n’inclut évidemment pas les corps baladeurs du métro ou du bus, les rapprochements douteux dans les mêmes endroits, sinon il y en aurait pour 1h à encore écrire sauf que maintenant, mon corps dégage plus vite que son ombre dès qu’il sent une menace de toutes sortes, autant que c’est possible de le faire. Il a tendance à se casser même devant des hommes qui ne me feraient pas de mal, c’est le souci par contre… mais il vaut mieux être prudente… Je crois que j’ai besoin d’aide pour me réparer encore… Mais je croyais être réparée…

Glaucome, maladie oculaire sournoise

On y voit toute mon âme dans mes yeux bleus…

Ce post, à titre de prévention, de dépistage, de sensibilisation et de mise en garde.

Pour résumer en gros ce qu’est le glaucome et pour compléter ce que m’a dit l’ophtalmo, j’ai été lire davantage d’infos par ICI  si vous souhaitez en savoir davantage.

Etant myope depuis mes 8 ans, j’étais suivie tous les ans parce que ma vue se dégradait jusqu’au jour où ma vue s’est stabilisée vers mes 25 ans. J’ai espacé les RV en voyant que ça allait et l’ophtalmo me voyait juste pour refaire mes verres et ma monture quand je jugeais que j’en avais besoin. C’est ce qui m’a conduite d’ailleurs chez celui qui m’a appris que ma tension oculaire était trop haute. 24 avec un peu moins dans le 2ème oeil. Il m’a balancé un « je vais faire un oct, vous risquez le glaucome ». L’examen s’est fait. Il m’a angoissée en me disant que les chiffres n’étaient pas bons, parce que j’étais à la frontière. J’ai évidemment demandé ce qu’on pouvait faire. Rien. Par contre, il fallait que je retourne dans un an pour refaire un oct. J’aurais dû aller voir quelqu’un d’autre en fait, mais je lui faisais confiance. Du moins j’essayais… En juin 2017, j’ai bien repris RV mais avec une autre ophtalmo. La tension était arrivée à 25 et 24. Elle a mis en place un traitement de bêtabloquant et m’a dit qu’elle me reverrait dans 3 mois pour refaire un oct. Donc chaque matin, je mets une goutte dans chaque oeil depuis 3 mois (ce que je devrais faire depuis 1 an si l’autre avait été plus compétent… et j’aurais pu au moins ne pas franchir cette frontière dont il parlait, tellement elle était simple à franchir)

Il y a 1 semaine, reprise de la tension qui était toujours haute et surtout, elle n’était pas descendue suffisamment. Elle a regardé si mon nerf optique n’était pas touché, ce qui n’est pas le cas, puis elle a fait l’oct dont les chiffres montraient que le fameux glaucome s’était installé au final, tout insidieux parce que je n’ai évidemment aucun symptôme. S’il avait été aigu, j’aurais eu l’oeil qui tirait et très mal à la tête, mais là rien. Je la revois de nouveau dans 3 mois, pour voir si la tension se décide enfin à descendre davantage, si ça baisse aussi lentement, elle devra mettre un traitement « plus agressif » qui risque de changer la couleur de mon iris. Mes yeux bleus étant mon identité la plus précieuse que je possède… Je n’ai évidemment rien contre les yeux marrons, mais ce ne serait plus moi et je souffrirais bien davantage de voir mes yeux tourner de cette couleur. 

C’est con comme réaction en sachant que si on ne fait rien, les fibres qui entourent le nerf optique vont s’abîmer au fil du temps encore davantage, parce que ça fait comme un élastique. Le glaucome va en sorte « tirer » dessus et on sait tous qu’un élastique, à force de tirer dessus, il nous pète dans la gueule. Le danger qui risque d’arriver est d’avoir un champ visuel qui se réduit progressivement, jusqu’à atteindre la cécité plus ou moins complète. 

En général, le glaucome arrive apparemment vers les 45 ans, mais je n’en ai que 39, donc je ne tiendrai pas compte de ça pour parler du dépistage et ça touche davantage les personnes qui sont myopes, mais ça n’empêche pas de faire surveiller la tension. Chaque année, un bus passe dans les villes avec des spécialistes, c’est l’association UNADEV (Union Nationale des Aveugles et des Déficients visuels) qui a mis cette initiative en place et je trouve ça bien, parce que malheureusement, le fait qu’il n’y ait pas de symptômes est dangereux, à moins qu’il y ait de fortes douleurs à un oeil avec un mal de tête qui conduit aux urgences parce que le glaucome est aigu. Mais s’il est à angle ouvert comme chez moi, si la tension n’est pas prise et qu’on ne se rend pas compte qu’elle est haute, qu’on ne vérifie pas s’il n’y a pas de glaucome et qu’aucun traitement n’est mis en place, des signes risquent de survenir au bout de quelques temps. 

Le bus passe donc pour faire du dépistage, de la prévention, informer, diriger vers des ophtalmos. Et ne dites pas que vous n’avez pas le temps comme je peux l’entendre… La prise de la tension dure 1mn. Un peu d’air est envoyé à 2 reprises dans chaque oeil et on obtient la tension oculaire qui est indépendante de la tension artérielle. Parfois certaines personnes confondent les deux. Et l’OCT est comme une sorte d’échographie. Il faut suivre un point dans un triangle, un coup à gauche, à droite et au milieu. On ne cligne plus des yeux lorsque des traits commencent à apparaître et ça fait comme un flash dans les yeux. A 6 reprises pour avoir 2 données à chaque fois. En 10mns, l’examen est fait et il rend ses chiffres que l’ophtalmo interprètera tout de suite sur le moniteur qui est relié à l’appareil. Pour connaître les dates de passage du Bus du Glaucome dans vos villes, vous pouvez cliquer par ici.

Voilà en gros. En espérant ne pas avoir dit de bêtises parce que j’ai du mal à comprendre moi-même tout ça, mais je tenais surtout à dire à quel point il ne fallait pas passer à côté des RV ophtalmo et de ce bus qui peut changer votre vue. Et concernant la mise en garde dont je parle au début, c’est par rapport à ce 1er ophtalmo qui a constaté que ma tension était bien trop haute, a fait l’oct qui était déjà moche et qui a laissé comme ça pendant 1 an de plus, ce qui a donné le temps de dépasser cette fameuse frontière dont il parlait. Et de mon côté, en bonne conne que je suis à essayer de ne pas faire de consultations de trop en ayant la CMU-C je n’ai pas demandé un 2ème RV parce que je me disais qu’il n’allait pas m’être remboursé aussi près du 1er. Donc, si quelque chose vous paraît suspect, comme le non-traitement de bêtabloquant, n’hésitez pas à aller voir ailleurs. Et prendre le temps de redemander si quelque chose n’est pas compris. Elle m’a dit que ma macula s’amincissait et comme elle regardait pour le glaucome, je croyais qu’elle me parlait de ça, sauf qu’il n’est pas question de macula. J’espère qu’elle n’était pas en train de me dire que ça voulait dire que la macula commençait aussi à souffrir de dégénérescence… Toujours prévoir les questions… les miennes attendront mi-décembre pour voir où j’en suis et comme ça évolue…

Prenez soin de votre vue et de celle de ceux que vous aimez…

Quand le vocabulaire fait mal.

La fameuse Une de la Provence

Je ne vais pas faire attention au mien, de vocabulaire, par contre pour une fois. Si vous êtes sensibles à la langue française et à la politesse, abstenez-vous de lire ce qui suit. Des noms d’oiseaux risquent de voler.

On ne peut pas dire que je respire la joie de vivre depuis 10 jours. Entre les douleurs à gérer, le fait que je me sois fait mal au dos par dessus m’a mise sur le carreau physiquement et moralement. Et dans ma tête, il y a une bulle qui s’est formée en même temps, j’ai senti que mes émotions et mes sentiments se cassaient la figure et que je ne pourrais pas les récupérer. Je suis incapable de dire où sont passés tous ces jours où j’ai lutté pour ne pas avaler tous mes médicaments histoire d’être débarrassée de moi en entier. Je ne tenais pas en place assise, debout c’était l’enfer et couchée c’était encore pire, alors qu’est ce qui reste… En parallèle, j’ai dû tenter de canaliser cette violence qui existe en moi, liée au trouble borderline qui a pu être très destructeur en moi déjà. Tout se mélange dans un tourbillon qui donne le vertige même quand on y est habituée, parce que chaque « crise » est malgré tout différente et ma crainte a toujours été de ne pas revenir parmi les vivants. Je vois le mal partout, ne supporte rien même pas le moindre petit bruit. Je suis plus violente dans mes propos et surtout il n’y a pas de filtre (en gros, je ne ferme pas ma gueule là où d’autres fois je la bouclerais pour ne pas faire d’esclandres). Depuis quelques années, soit j’ai la douleur et ses lourdes conséquences psychologiques et le côté dépression qui ressort davantage à m’occuper, soit j’ai le trouble qui se fait plus fort, mais peut-être que je souffre tellement mentalement que je minimise du coup le côté physique. Sauf qu’il y a parfois comme ces 10 derniers jours, les 2 de façon intense. Et ça m’embarque dans des contrées lointaines. Je n’ai parlé à personne c’est dire. Mes parents ont eu droit à des « oui… non… » et je n’ai pas répondu de suite aux 2 sms reçus. Je suis du genre à ne pas dire clairement que ça ne va plus du tout. Quand on s’en rend compte c’est que je suis déjà en train de calculer combien de comprimés pourraient bien me faire dormir pour l’éternité, en gros. 

Mon compte fb était désactivé pour que je ne sois pas tentée de me plaindre trop. Et on ne peut pas dire que je suis du genre à prendre le téléphone pour dire « hhééé ohhh je coule au secours ». Pourtant paradoxalement, j’aurais bien besoin de juste voir qu’on pense à moi malgré mon absence à travers des messages même si je ne suis pas capable d’y répondre tout de suite, je le fais quand je sens que les gros nuages noirs se dégagent et je les lis pendant ma « disparition » en m’y imprégnant. Parce que c’est sûrement des moments où je me sens vide à un point que je ne pourrai jamais dire avec des mots, tellement le gouffre est sidéral. Des instants où je peux me sentir bien seule face à toute cette souffrance accumulée dans mon corps et ma tête, mais que je tais parce que tout le monde a ses emmerdes et que la vie m’a bien fait réaliser aussi qu’être un boulet d’une façon ou d’une autre dans la vie de quelqu’un, n’était pas mon plus gros kiff… quitte à renforcer la sensation d’isolement, ce qui est encore plus mauvais, parce que je ne parle plus du coup. Et autant dire que pour parler positivisme ou chose gaie, il faudra repasser parce que je n’arrive plus pour l’instant, parce que je suis éreintée de tout et que la seule chose que je tente de faire, n’est même pas de vivre, mais juste survivre. Me lever le matin, me coucher le soir, en priant pour tenir le coup et ne pas faire ce que beaucoup jugent d’égoïste. C’est dire l’ambition qui m’habite. Mais je sens que ça se décante, que le gouffre est moins grand sous mes pieds. Sans savoir pourquoi je suis tombée au milieu des flots qui ressemblaient à une tornade que je ne maîtrisais plus et comment tout s’éclaire de nouveau. Je ne l’ai jamais su de toute façon. Je crois que j’essaie de faire du mieux que je peux quand ça arrive. L’endroit où je m’étais fait mal commence à aller mieux aussi et je pense que ça m’a aidée également.

Bref, mon compte fb est réactivé pour essayer de me réintégrer de nouveau dans la vie et surtout MA vie. Au milieu du fil d’actualités, j’ai ces pages qui me permettent de rester connectées comme on dit maintenant. Et je suis tombée sur la Une de la Provence et j’en ai perdu le peu de calme que je possédais. « Comment la société les gère… les barjots, les schizos et les autres… »

Déjà, si on veut parler d’une pathologie dans un tel journal, on l’écrit en entier. Sauf si on ne sait pas si c’est un F ou PH peut-être, qui suit le O ? Vu le vocabulaire de cette superbe Une, on peut se poser la question. Qui est ce co**ard qui a pondu ça ? Qui peut se permettre de parler de cette façon d’un sujet aussi grave ? C’est à cause de ce genre de propos qu’on est sans arrêt mis dans des cases de déglingués, de fous, de dingues. Il est bien difficile de définir ce qu’est une maladie mentale et les degrés de gravité pour la personne ou pour son entourage. C’est lourd et blessant et ça renforce l’isolement dont je parle plus haut, parce que toutes ces choses psys qui peuvent pourrir une vie sont tellement mal vues et mal connues par la société et pire par les médias, parce qu’il ne peut pas en être autrement pour se taper un titre pareil. Ou alors on oublie trop facilement qu’on peut vite tomber dans un engrenage infernal au milieu des neurones qui ne sont plus bien connectés pour plein de raisons et que personne n’est à l’abri de dégringoler. 

J’ai compté tous ces mois passés en psychiatrie, dans des services pas toujours faciles dont certains fermés où on entend sans arrêt des clés qui ferment et ouvrent le service. Je n’ai pas oublié les personnes que j’y ai rencontrées. Les cas plus légers comme les plus graves. Grave au point que les infirmières ne pouvaient plus accéder à la chambre d’isolement capitonné parce que le patient était costaud, qu’il était en crise et qu’elles risquaient de se faire assommer. On était dans une salle à part pour ne pas être au milieu, on entendait D. hurler, frapper et toutes les équipes réunies pour le maintenir pour lui faire une pîqure qui d’un coup a rendu tout silencieux autour de nous, sauf dans nos esprits et nos coeurs en vrac de savoir qu’on pouvait être mal à ce point sans en avoir conscience. Quelques jours après, le patient revenait avec nous manger, regarder la télé commune. Il était malade… 

Je n’ai pas oublié cette chambre qui conservait bien en sécurité (pour elle comme pour nous) une patiente qui avait des pulsions de meurtre et qui ressortait pareil quelques jours après, aussi douce que je l’avais connue. Elle était malade…

Et évidemment, j’ai encore moins oublié ceux avec lesquels j’ai tissé des liens forts. Avec toutes les maladies que peut comporter la psychiatrie. Ces mêmes maladies qui les ont tués parce qu’elles étaient trop lourdes à porter. Ils sont morts et j’ai perdu des amis chers. L’un d’entre eux, ça a fait 12 ans fin août et il est toujours avec moi. Il était malade…

Ils et elles étaient malades. Et à l’heure actuelle, je m’aperçois qu’on ne fait plus la différence entre ceux qui se font passer pour des malades pour commettre des actes barbares et ceux qui le font pour espérer se tirer plus facilement de la prison et passer pour « fou » comme on dit maintenant. Ce que je ne tolère pas, ce n’est pas pour autant que je me permettrais un titre de merde de ce type. Par respect pour ceux qui sont réellement en détresse un peu plus chaque jour dans leur coin parce qu’à force de voir ces genres de titres et de propos, je me dis que personnellement, de moins en moins de personnes sauront ce qui se passe, à ma petite échelle. Je suppose que j’ai voulu toujours expliquer pour qu’on ne pense pas que ce soit mon caractère, mais quelque chose qui venait le troubler qui pouvait faire comprendre pourquoi mes réactions étaient celles qu’elles étaient parfois, sauf que les médias n’aident pas à modifier le regard des maladies psys de toutes sortes et que ça se véhicule dans la société comme une traînée de poudre. Et il faut reconnaître que plus j’en ai parlé autour de moi, plus ça m’est retombé sur la tronche, il faut dire.

Je n’ai pas oublié cet imbécile qui était face à moi lors d’un repas de Noël et qui en plein milieu d’une conversation a dit que les personnes qui étaient dans ces services psys devraient se faire exterminer. Sauf que je venais de sortir de 3 mois d’hospitalisation, que ma sensibilité était au maximum parce que je ne suis jamais ressortie indemne de tout ça, d’autant plus de voir justement toute cette souffrance mentale autour de moi que la mienne que je considérais comme moindre par rapport à certain(e)s. Et puis le suicide avait déjà fait des dégâts, je n’étais pas en mesure d’entendre ça et qu’il l’a su…

J’imagine, cher journal La Provence, qu’avec vos titres de merde et aussi c**s que ceux ou celles qui les dégottent, nous aurons de plus en plus de propos de ce style ? Merci du fond du coeur alors… enfin en réalité en bonne barjot que je suis moi-même à mes heures perdues et à mon niveau, je vous emmerde (en général, je m’adresse de la même façon que je me sens touchée par quelque chose. Avec le plus grand des respects, là en l’occurence -c’est ironique- évidemment… ) Valable pour ce journal, tous comme les 3/4 de leurs cons-frères journalistes du même style. Si jamais c’était un concours à celui qui souhaite provoquer le plus d’esclandres au niveau titres des articles, vous vous situez bien dans le top 3 depuis plusieurs semaines.

Sans complexes, j’ai retrouvé ma liberté

Ce temps où je ne laissais rien paraître de moi sur mon blog, à part mes écrits… parce que j’avais honte de mon corps et de mon visage… A cette liberté que j’ai apprise à avoir… A cette paix entre le corps et l’âme au moins sur le plan alimentaire…

J’ai été une adolescente complexée, davantage par mon visage que par mon corps et quand je suis tombée dans l’anorexie, ce n’était pas pour perdre du poids que j’avais en trop (ce n’était pas le cas de toute façon) ou justement à cause de complexes, j’étais trop occupée à vouloir éliminer mon corps tout entier, avec les os qui eux-mêmes étaient déjà de trop dans cette enveloppe trop « lourde » à porter. 

On va passer sur le fait que reprendre du poids a été très difficile pour moi, je n’ai jamais eu de déclic comme on l’entend parfois quand il s’agit de troubles alimentaires lorsqu’on en sort. C’est tout un processus sur plusieurs années qui s’est mis en place pour changer mon disque dur (mon cerveau) qui avait des lacunes de perception par rapport à ma véritable image. Mais un jour je me suis vue réellement avec mon faible poids. A l’époque j’étais au plus bas, à 37 kgs et je me voyais énorme. J’ai compris qu’il y avait un problème et je me suis faite peur pour la première fois sans doute. Ce sera la suite de ce post, d’expliquer ce qui a produit cet effet chez moi. Pour résumer rapidement, il a fallu du temps pour que le corps rejoigne l’esprit et que les deux puissent à nouveau communiquer en paix. 

13 kgs plus tard, je regarde mon corps  imparfait (heureusement qu’il l’est, ça veut dire que je suis juste humaine, avec mes défauts et que ça aussi j’ai accepté que l’inverse était inconcevable… dit celle qui était à la recherche de la perfection dans tous les domaines, jamais contente d’elle à tous sujets, jamais satisfaite, prête à se punir en cas d’échec, aussi minime qu’il soit). Il a fallu que j’apprenne aussi que la perfection n’existe pas. 

Donc mon corps n’est pas parfait, voilà le scoop de la soirée ! Le nombre de fois où on s’est foutue de moi quand je disais que la peau d’orange et la cellulite aboutissaient même sur les corps minces. Ou avoir la réflexion comme quoi tout était facile pour moi de dire que s’accepter était possible et qu’on vivait mieux ensuite, parce que pour réponse j’avais « c’est simple de dire ça pour toi tu es mince ». Sauf que j’ai connu la boulimie qui me faisait reprendre 7 kgs en 1 mois, puis l’anorexie qui reprenait les rênes de mon corps et de mon esprit et que même si j’ai été plus souvent dans l’anorexie restrictive que dans la boulimie non vomitive, ces phases ont laissé des traces sur mon corps et à l’intérieur (j’ai pourri mes intestins à cause de laxatifs d’où mon bidou bien visible). Bref, il y a eu un temps d’adaptation à mon nouveau corps. Six ans que les tca sont finis pour moi. Pas du jour au lendemain. Ce nombre d’années correspond seulement au moment où j’ai été en paix avec la nourriture. Il a fallu plus de temps pour retrouver mon corps de femme et à être sereine. A aimer voir ma poitrine s’arrondir et être serrée un peu plus dans mes soutien-gorges, mes fesses devenir moins plates, mes cuisses avec lesquelles je m’amusais à faire le tour avec mes index et mes pouces pour me rassurer qui prenaient plus de volume. 

Mais depuis 2 étés, je m’aperçois que les complexes ont disparu de ma vue, pourtant j’ai continué à prendre du poids, donc il ne s’agit pas d’une question de kilos, mais d’acceptation. Pourtant beaucoup de choses seraient capables de me complexer. Quand je marche, mes cuisses ressemblent à 2 Flamby qui ont la tremblote dans leur assiette. J’ai une scoliose et surtout une cyphose importante qui fait ressortir mes omoplates et je n’ai pas oublié cet abruti qui un jour m’a dit « on ne sait pas où est le devant et l’arrière » (en rapport avec ma poitrine qui n’est pas immense. Proportionnelle à mes omoplates en gros). Je possède une collection de vaguelettes de peau d’orange sur mes cuisses et mes fesses. Parfois j’ai d’ailleurs l’impression que mes 13kgs sont quasiment tous tombés dans le bas. Que j’ai mangé et qu’en un immense « plouf », tout est descendu sans trop en laisser pour le haut. Moi qui suis sujette au mal de mer, quand je me douche ou hydrate ma peau, j’évite de regarder ce spectacle pour ne pas avoir le coeur retourné à cause des vagues que font ces parties de moi, sous mes mains. Mes muscles sont fondus du coup ils ne retiennent plus grand chose, autant dire que les abdos sont en vacances et qu’à la place, j’ai un gracieux bourrelet quand je suis assise sur une plage et comme je fatigue vite à vouloir me maintenir droite, on dirait qu’en plus du bourrelet, j’ai toute la misère du monde sur mes épaules. Pas de doute, je fais très stylée sur une plage ou ailleurs, je parle plage parce qu’on est en été. Mes genoux se disent merde en beauté, avant ils jouaient des castagnettes parce que les os étaient saillants, maintenant ils ont chacun un petit coussin molletonné pour amortir. Mes bras possèdent des biceps mais qui au lieu de pointer vers le haut, le font vers le bas. Une sorte de flan comme pour les cuisses, c’était histoire qu’elles ne soient pas seules à finir en gelée anglaise dont je ne sais plus le nom, mais vous voyez l’aspect, j’en suis certaine. Mon bassin n’a jamais été droit du coup je fais la tour de Pise parce que je ne suis pas droite ni de gauche à droite, ni de haut en bas, si on arrive à visualiser ma silhouette. Et surtout j’ai un petit ventre qui serait adorable si j’étais enceinte comme on le pense parfois. Non, désolée du glamour qui suit, mais c’est juste lié à un médicament qui provoque ce « léger » désagrément et au fait que mes intestins ont souffert et souffrent encore constamment. Ce serait sûrement mon seul complexe d’ailleurs. Mais pas à cause du regard que les gens pourraient poser sur moi. C’est parce qu’il me rappelle la souffrance qu’il ne sera jamais rond à cause d’autre chose que ces éléments là et du coup je suis toujours face à cette douleur d’avoir été incapable de porter un enfant. Bref voilà le tableau des complexes que je pourrais avoir parce qu’ils ont pu me déranger un jour. 

Qu’est ce qui a changé alors pour que je m’accepte et ne perçoive plus ces pseudos complexes ? Il y a eu plusieurs choses. Mon corps souffre. Je souffre à cause des douleurs. J’estime que je n’ai ni l’énergie, ni le temps de me pourrir la vie encore avec des complexes. Que c’est déjà compliqué comme rapport avec ce corps à gérer côté douleurs, alors je lui pardonne le reste. Je mets des shorts, des maillots de bain, porte des débardeurs où on voit mes fameuses omoplates qui disent « coucouuuu nous voilàààà ! » Elles me font mal alors je les laisse faire bronzette, elles le valent bien ! Comme tout le reste et puis le soleil réchauffe la vieille carcasse qui me sert de squelette douloureux. 

Puis ce sera mon corps toute ma vie. Jusqu’à ce que je disparaisse, il m’accompagnera pour le meilleur et pour le pire, j’ai donc intérêt à m’en faire un ami si on doit cohabiter. Et les heures, les jours, les années qu’on passera ensemble, on aura mieux à faire que de scruter le moindre défaut, parce qu’on en trouvera toujours de toute façon, alors c’est une quête à l’infini. C’est se concentrer sur du néant et perdre l’essentiel. 

Il y a eu aussi des photos de certains membres de ma famille qui m’ont fait dire « oh c’est marrant, on a un peu la même morphologie à ce niveau là ». J’étais fière de porter des indices de personnes que j’ai aimées et aiment au-delà des étoiles pour beaucoup malheureusement. Mais avec mon corps et les points communs qu’on a(avait), j’ai l’impression de les avoir dans ma propre enveloppe corporelle et c’est comme s’ils me serraient dans leurs bras pour qu’on ne fasse qu’un de nos corps. Je porte un peu de ma famille en moi et avec moi. Et quand je me suis aperçue que ma 1ère petite nièce avait les mêmes cheveux que moi quand j’étais petite, la même forme de yeux, j’ai tenté d’être plus indulgente avec mon visage, même si pour le coup j’ai toujours du mal. Ce visage qu’on a tellement maltraité au collège, au point que je ne supporte plus moi-même de me regarder dans un miroir sans voir ceux qui me pourrissaient la vie. Si j’aimais autant ma nièce, je me devais bien d’aimer mon propre visage. Je ne suis pas complètement guérie de mon visage, mais mon corps, lui, n’appartient plus qu’à moi, à mon propre regard. 

Récemment, en préparant ce post, je me suis demandée si toutes ces imperfections que chacun(e) voit en soi, synonyme beaucoup trop souvent de souffrances au point de cacher son corps, seraient autant visibles si on était seul(e)s, sur une île déserte par exemple. Quel est le regard le plus lourd finalement, en quelque sorte. Le notre ou celui que nous portent les autres dès qu’on s’expose devant eux. Et j’ai fait mon propre « tri esthétique ». Je m’en foutrais de tout. A part mon ventre qui serait une souffrance personnelle même si j’étais à l’écart de tous regards et de toutes éventuelles remarques. Alors j’en ai déduit que mes autres potentiels complexes étaient juste liés aux autres. Et s’il s’agit des autres, je m’en moque bien parce que ce seront souvent des gens de passage, qui ne croiseront mon chemin qu’une fois, sans connaître celle que je suis et j’estime que c’est inutile de trop s’appuyer  sur ce qu’ils peuvent penser. Quant aux autres, peut-être plus proches, j’aurais envie de dire « je vous aime avec vos défauts, svp faites pareil avec moi, merci ». Qu’on soit mince, avec des rondeurs, maigres, avec des bourrelets ou sans, les gens critiqueront toujours un truc, alors à quoi bon ? Autant vivre pour soi et avec soi plus sereinement en acceptant les corps qui font partie de nous pour trouver au moins un peu d’harmonie et pouvoir rassembler la tête et le corps. 

Et puis il ne faut pas se leurrer, quand on est sur une plage, à moins d’être voyeur ou d’être peut-être tellement mal dans sa peau que certain(e)s regardent les corps des autres pour trouver de quoi dénigrer, histoire de réduire ce fameux mal-être qui leur est propre et se rassurer, personnellement, quand je sors d’une plage, je suis bien incapable de dire qui j’ai croisé et comment étaient les corps que j’ai aperçus. Cette liberté que je possède va aux autres aussi. J’ai envie qu’ils se sentent bien sans regards posés sur eux, alors je ne pose pas le mien. La liberté d’être tout simplement sans se poser de questions est ce que je possède sûrement de plus précieux à l’heure actuelle pour me permettre de respirer sur le reste. Même si peut-être que justement ce « reste » me permet de le faire… Mais ce n’est pas important de savoir comment on arrive à se libérer de certaines de ses chaînes.

S’accepter et ne pas avoir de complexes ne voulant pas dire se laisser aller ou laisser abandon son corps. C’est apprendre à vivre avec et composer avec ses défauts en mettant en valeur ce qui nous plait et être fière de l’équilibre qualités / défauts. Parce que c’est l’équilibre qui permet de se sentir mieux à mes yeux. 

Et vous, avez-vous des complexes ? Comment vivez-vous ce rapport au corps et justement, est-ce que finalement c’est votre regard ou celui des autres qui fait en sorte que vous portez ces complexes ?