Combats qui me touchent

Ce qui pousse un jour à désirer s’envoler…

Source image : site futura santé

!!!!!! Attention au moral pas très bon et aux âmes sensibles, je ne vous en voudrai pas de ne pas lire cet article là ❤ J’ai besoin de tout cracher ce soir et me connaissant ce ne sera pas dans la dentelle que je le ferai, mais me rends compte que c’est le seul endroit où j’ai le droit de le faire… D’où le petit avertissement habituel, quand je n’écris pas quelque chose de pas bien gai, pour les personnes qui viennent de rejoindre mon univers (merci d’ailleurs surtout dans un tel moment….)

10 jours déjà sont passés depuis que j’ai fait ce geste, pour la 3ème fois. La gravité de la situation comparée aux autres 2 autres TS c’est que cette fois-çi tout était planifié. En fait, j’avais beau essayer de parler de tout et de rien, depuis mon anniversaire, j’allais de plus en plus mal. Les douleurs de l’hiver étaient trop dures à gérer, je ne voyais plus comment m’en sortir en ayant fait tous les protocoles possibles actuellement, me tourner vers qui et quoi, en sachant que je ne crois pas aux guérisseurs et autres charlatans qu’on a voulu me faire rencontrer (pourquoi tant de malades en souffrance si ces gens là existent ??……..) et beaucoup de médecines parallèles ne sont pas prises en charge. Une impasse qui durait depuis des mois. J’avais la sensation de perdre pieds à tous les niveaux. D’être réduite sur tous les plans à cause de cette mobilité de merde et ces douleurs.

En janvier, j’ai commencé à écrire des lettres à mes proches, au cas où je ne tiendrais pas le coup, parce que je me sentais prête à craquer à tout bout de champ. Un besoin de lâcher qui me hantait parfois de jour comme de nuit et puis par moments, les journées étaient plus calmes. Je sais maintenant que ces jours là, c’était seulement parce que je savais que d’ici peu, je serais enfin libérée. Mon blog m’a beaucoup maintenue, avec ma famille, c’était souvent mon seul lien avec l’extérieur, je vous lisais, commentais quand je pouvais et c’était mon oxygène…. jusqu’à ce que mon corps dise stop au bout d’1h parce que je devenais trop douloureuse de rester sur mon pc. Je sortais de moins en moins, de peur d’avoir un malaise comme c’était souvent le cas chez moi à cause de pics trop forts. Je m’isolais, avec la sensation de ne plus rien pouvoir apporter aux rares ami(e)s qui avaient pu rester dans ma vie, même si c’était loin d’être toujours bien rose. Entre protéger les êtres qu’on aime, mais ne pas se sentir protégée contre quoique se soit, çà peut provoquer un vide en soi. Et quand on va mal, on devient très vite négative sur l’image qu’on renvoie et je ne voulais pas la véhiculer, quitte à me sentir seule. Et puis souvent, juste répondre à un sms était hors de portée de mon cerveau qui semblait se décomposer. Certaines personnes ont compris mon silence, d’autres non, à l’heure actuelle, j’ai besoin de reconstruction et me fous bien de ce qu’on peut penser. J’essaie de me concentrer sur les personnes qui ont compris mon geste aussi, sans me sortir des phrases pas terribles il faut bien le dire. J’ai honte pour elles…. 

Et puis comme dans un état second, ce jeudi là, j’ai décidé que c’était la nuit là que je partirais. J’ai rangé le maximum de mes affaires, fini les lettres commencées en janvier, les ai imprimées, toujours comme si j’étais dédoublé en moi. Le soir, j’étais convaincue que ce serait la dernière fois que j’entendais mes parents. Les comprimés se sont alignés doucement sur la table. Tout était planifié. Jusqu’à la protection de ma Happy… celle que je vois comme la petite fille que je n’aurai jamais… S’il m’arrivait quoique se soit, qui s’en occuperait, quand on ne voit pas grand monde, on peut vite se dire que personne ne saurait qu’il est arrivé quelque chose et que j’ai entraîné ma minette avec moi, alors que c’était bien la dernière chose que je souhaitais. Cà aussi, m’a hanté, jusqu’au jour où j’avais trouvé un moyen. Je savais que mes 2 amis les plus proches avaient des doubles de mes clés et qu’ils pourraient entrer chez moi du coup, pour la récupérer… les premiers comprimés ont été avalés et j’ai vite été somnolente, je pensais à Happy, avec la peur de m’endormir trop vite. Alors j’ai suivi le plan tellement réfléchi… j’ai envoyé 2 sms où j’expliquais que je ne supportais plus de souffrir autant, mais qu’il fallait s’occuper de ma petite fille et ne pas la laisser seule… en pleine nuit, je me disais que mes amis dormaient et ne verraient que mes sms le matin. Trop tard en gros, pour moi mais pour ma Happy…. 😦 Qui comprenait que quelque chose n’allait pas, elle était agitée et miaulait en me regardant faire mon 2nd cocktail. J’ai senti que je m’endormais doucement, mais pas assez, alors j’en ai repris et je me suis enfin allongée. A la recherche du doux coton que j’avais ressenti la 2ème fois, quand mon coeur s’était arrêté à peine quelques secondes juste assez pour m’envoyer dans un monde tellement doux, où je ne souffrais plus, où je rejoignais les personnes qui me manquaient tant. Et j’avais ressenti des coups bizarres dans la poitrine, le coton avait disparu, tout était sombre comme des ténèbres sans fin et le froid m’avait envahi. 

Là je m’endormais, sentant mon corps se paralyser doucement, incapable de bouger, pourtant j’ai entendu les appels des pompiers qui ont fini par passer par mon balcon. Mes sms avaient été lus… j’avais foiré mon plan… 

Je suis restée 10h aux urgences générales avec des fils reliés à un EEG en permanence pour surveiller le coeur, un brassard qui prenait ma tension toutes les je ne sais combien de mns… on perd la notion de temps… surtout que je dormais…. et me réveillait quand on venait me stimuler en gros. Une perfusion coulait durant ces 10h. 

Puis on m’a sortie du box au bout de 8h et j’ai passé les 2h suivantes dans un autre endroit, en attendant que je sois transférée. Sauf que je ne savais pas qu’on me transférerait… du coup, entre mon corps douloureux, la solitude depuis le matin, mes nerfs ont fini par lâcher. On m’a expliqué que la dose était importante, que ce que j’avais pris n’était pas anodin et que je ne rentrerai pas chez moi ce soir là. 

J’ai fini par être transférée aux urgences psy, titubant et plus que sédatée encore. J’ai eu un entretien avec une infirmière qui m’a bien aidée heureusement… sans lunettes et sans portable, difficile de demander de l’aide. Personne n’avait prévenu mes parents en plus, du coup, c’est moi qui sédatée et n’ayant pas les idées bien claires a parlé que j’avais fait une ts, en pensant qu’ils étaient au courant… pff… 😦 L’infirmière et mes parents ont tout fait pour qu’on puisse trouver quelqu’un qui pouvait m’apporter des affaires.

J’avais vu la psy de garde entretemps qui a refusé la signature de la décharge et était prête à signer ce qu’on appelait avant une Hospitalisation à la Demande d’un Tiers. Maintenant en cas d’urgence, d’insécurité pour la personne, le tiers peut être le médecin. Alors je suis restée 5 jours, le temps de me remettre, de me surveiller moralement et d’attendre mes parents pour pouvoir sortir en leur compagnie. 5 jours à dormir, à récupérer. Donc je suis chez moi depuis mardi soir. J’ai mis du temps à évacuer les médicaments, çà fait seulement depuis hier, que je tiens vraiment debout plus d’1h sans avoir l’impression de tomber. Le 30, je vois ma propre psy et sais que certaines décisions seront prises en espérant qu’on entende que m’enfermer n’est peut-être pas la bonne solution. Leur idéal à eux est de m’hospitaliser en service de semaine (on reste toute la semaine nuit et jour et on peut sortir le w-e, si on est surveillées à l’extérieur et si notre état le  permet). Autant dire que que je ne serai pas dehors, parce que je ne vois pas qui pourrait rester avec moi le w-e. Chaque semaine c’est réévalué. On peut rester du coup 1 semaine, 2, 3, 4, tout dépend de l’avancée. Revoir aussi le traitement et être encadrée si jamais j’ai des soucis avec. Mais j’ai peur…. on a abusé de moi dans ce genre d’endroits et même si les portes se ferment à clé de l’intérieur et que le soir, je demandais aux infirmières de nuit de fermer la porte à chacune de leur ronde, je n’ai pas arrêté d’y repenser et je n’avais pas besoin de çà… 

Comment je me sens… çà dépend des moments, j’essaie de profiter de mes parents, on essaie de sortir autant que je le peux. Mais je fatigue vite. J’essaie aussi de les rassurer, en vain, je le sais, mais bon… j’ai besoin de liberté, d’espace et j’arrive à me trouver sereine dans la nature au moins. 

Vos mots m’ont énormément touchée et je sais que ce n’est pas un geste facile à saisir, alors merci doublement de ne pas avoir porté de jugement. J’ai imprimé ou copié les mots que vous m’avez laissés. Ceux qui doivent faire en sorte qu’il ne faut pas que j’oublie qui je suis. Ce que je suis capable d’apporter malgré les douleurs et cette sensation en moi, permanente, de ne plus me reconnaître. D’être une autre. Merci pour cette chaîne de solidarité qui s’est formé sur HC, je pense avoir raté certaines choses, et j’en suis désolée si c’est le cas. Je rattrape mon retard très doucement. Je ne sais pas ce qui m’attend et j’angoisse beaucoup, ne dors pas beaucoup la nuit à force de cogiter. Je ne suis ni fière de mon geste, ni d’avoir provoqué un cataclysme chez la personne qui malheureusement a lu mon sms à un moment où elle n’aurait pas dû. Je comprends qu’on m’en veuille, çà ne veut pas dire que je cautionne tous propos en tout cas… 

Je sais que l’une de ces amies physiques qui restent, passera peut-être par ici, alors merci encore ma Vi ❤ et l’autre amie est venue chaque jour apporter ce qui manquait, des petites gourmandises pour essayer de me rendre mieux et elles ont adouci ces 5 jours dans ce service, calme, pourtant, mais qui respire la souffrance ce qui est normal dans un tel endroit….

J’ai beau ne pas être fière de mon geste, je ne le regrette pas. J’ai espoir qu’il me redonne une seconde vie, une deuxième chance et qu’il me fasse réaliser que tout n’est pas foutu… qu’il faut encore me supporter… Mais j’avoue… pour moi tout était fini ce jeudi, il y a 10 jours même si je me bats contre ces idées au quotidien depuis que c’est arrivé. 

** Si je raconte tout çà, c’est pour faire attention si vous avez des proches qui insinuent des plans un peu spéciaux, des propos qui peuvent laisser penser au pire. On dit parfois que ce sont ceux qui en parlent le moins qui passent le plus à l’acte. De mon côté, on savait que j’en avais marre, que je souffrais beaucoup ces derniers temps et que la dépression s’était réinvitée. Mais beaucoup ont été surpris de ne pas avoir pu voir ou entendre. Personne ne savait que je faisais tous ces plans depuis janvier. Que je pensais à sauver Happy. 

Il faut mieux s’inquiéter pour « rien » que d’avoir des doutes et passer à côté de l’irréparable. Je me dis que mon corps et mon coeur sont solides, il doit y avoir quelque chose qui ne veut pas me faire atteindre l’au-delà… mais d’autres avec la même quantité auraient pu s’envoler avec un coeur moins solide… 

Le suicide est un sujet tabou, je le sais. Et pourtant, le problème est là et on est combien à souffrir de vouloir disparaître de la surface de la terre… en silence (oui j’ai regretté mes sms………) Cà faisait 6 mois que je préparais tout, et qui s’en serait douté, même si je glissais parfois que la mort était la seule chose libératrice à mes yeux, mais on a l’habitude me l’entendre dire, par ras le bol.

Et pour les personnes concernées, je n’ai aucun conseil, sais que le but n’est pas de demander de l’aide dans ce genre de moments… Je serais mal placée de dire « n’hésitez pas à demander de l’aide, quand vous sentez que vous glissez ». Je sais qu’on veut juste la paix… et partir tranquillement sans qu’on le sache… Mes lettres à mes proches sont dans mon dossier, lues par les pompiers et les urgences psy, alors que je parlais de choses personnelles, pour voir si c’était un appel au secours, ce qui n’était pas le cas, loin de là d’où le fait qu’on m’ait tenue dans ce service où je devais restée 2 semaines si mes parents n’avaient pas été là pour me faire sortir et me « surveiller »… Ma carte de donneuse d’organes était à côté de mes lettres, une autre lettre était écrite pour qu’on ne me réanime pas et que je ne reste pas branchée. En espérant que je n’avais pas endommagé tous les organes et qu’ils puissent servir à d’autres… ceux qui aimaient la vie et sauraient en profiter en gros…. çà allait loin… 

La seule chose que je pourrais dire, c’est de ne pas rester seul(e) face à la dépression tant que vous êtes conscients qu’il peut se passer quelque chose de grave. Et si vous avez un(e) confident(e), n’hésitez pas à parler de votre mal-être aussi, c’est important. Les démarches qu’on ne peut plus faire soi-même pour demander de l’aide, peuvent être faites par des personnes de confiance aussi **

Avec mes parents, mon frère et ma belle-soeur, elles ont depuis leur naissance, été ma raison de vivre…. parfois la souffrance fait oublier ce qu’on possède de plus précieux…. ne la laissez pas vous envahir au point d’inconsciemment « oublier »… (c’est juste que çà arrange parfois d’oublier, pour partir plus facilement…)
Je suis devenue craintive de les montrer sur le net (c’est d’ailleurs pour çà que vous ne les avez jamais vraiment vues, d’où les petits émoticones, mais j’avais besoin de les avoir avec moi, ce soir… parce que je n’aimerai jamais personne autant qu’elles… et pourtant j’ai voulu ne plus vouloir les voir grandir. C’est pour montrer à quel point, tout peut être plus fort que l’amour. Reçu et donné.

C’est décousu, j’ai voulu écrire tout çà, pour montrer cette détresse invisible que je ne suis pas seule à vivre loin de là bien malheureusement… et le pire c’est qu’on ne saura jamais quelles sont mes réelles pensées à l’heure actuelle. Seule moi sait. Comme je le savais depuis janvier que çà finirait par arriver ce jour là. 

Merci d’être celles et celui (pour Bernie) que vous êtes. J’ai lu des dédicaces encore ce soir qui m’ont bouleversée et j’essaie de vous entendre au maximum pour me remonter. Il y a encore des choses à partager au moins entre nous. Avec ma famille. Mes nièces. Les amies qui resteront, ceux qui partiront et les nouvelles personnes qui feront partie de ma vie, parce qu’il faut que je réapprenne à faire confiance aussi…. 

Je vous embrasse tou(te)s et faites attention à vous et ceux que vous aimez…