Carnet de bord d'une confinée hypersensible

Carnet de bord d’une confinée hypersensible – Jour 4 et 5

Jour 4 et 5 – Jeudi 19 et vendredi 20 mars 2020

Les jours risquent de vite se ressembler donc je rassemble un peu les journées pour ne pas avoir l’impression de me répéter. 

Les gens ont encore du mal à comprendre que le confinement n’est pas un truc inventé comme un jeu. A se demander combien il faudra de décès pour faire réagir que rester chez soi, autant qu’on peut, est le seul moyen d’endiguer le virus. Mais non postillonner deviendrait presque un sport national quand on surprend certains comportements. Je me suis transformée en mégère qui regarde dehors accoudée à son balcon, on dirait que je guette ce que font les gens, mais je m’alimente juste un peu des autres et de la vie que je perçois.

Mon corps commence à hurler de douleur, j’ai sorti un tapis de yoga jamais utilisé en 8 ans que j’habite dans ce studio là. Il aura fallu que je ne puisse plus faire travailler mes gambettes dehors pour que je le ressorte. Que j’aie envie de me mettre au yoga (pour mon corps mais aussi pour apaiser le flux mental beaucoup trop en forme pour mes deux neurones accrochés tant bien que mal à mon cerveau). Etre assidue aussi au Qi Gong que j’aime tant pour mettre en mouvement mon corps en marche doucement. 

Je ne m’ennuie toujours pas, aujourd’hui, vendredi donc, j’ai fait du pain de mie (chose que je n’avais pas faite depuis des lustres pour des raisons physiques, mais là j’allais manquer de pain et je ne veux pas sortir pour une raison qui me paraît idiote s’il y a juste à acheter, donc allez les biscottos, sans machine, juste mon mixer et ses fouets. Il n’a pas trop mauvaise bouille, ça va. J’espère que certains dentistes travaillent encore, si jamais je me cassais une dent dessus par contre. 

Je m’étais inscrite à des MOOCS concernant la comptabilité pour me remettre un peu dedans. Au moment de l’inscription je me disais que les cours risquaient de tomber dans la période où je serais sûrement dans les cartons et comment dire… je suis très loin d’eux, donc si si j’ai le temps de bien approfondir en long, en large et en travers. Excel et Word y passent aussi pour maximiser mes chances auprès d’un potentiel employeur à Nantes qui aurait envie de me donner ma chance à temps partiel…  Je n’en parle pas, mais ça tient pas mal de place depuis un mois dans mon quotidien et là, confinement ou pas, c’est pareil comme programme.

Vendredi était l’anniversaire de mon chéri. Il y a eu manque encore plus grand de ne pas pouvoir sauter dans ses bras en criant « joyeux anniversaire ». On se rattrapera… 

J’ai accumulé les crises d’angoisse (le débarquement de 640 croisiéristes chez nous ne m’a pas arrangée). Ils m’ont fait penser à des poux dont on n’arriverait jamais à se débarrasser. Les savoir éparpillés dans des bus, des avions, à Marseille, m’a fait paniquer… surtout en découvrant le nombre de personnes positives. Comme une trainée de poudre je me suis sentie en danger pour la 1ère fois, dans le sens où depuis le début j’ai l’angoisse de perdre mes proches à cause de ça et que je passe en dernier. Ce qui ne m’empêche pas de me protéger évidemment. 

Et une question existentielle pour le coup m’est venue une fois de plus, mais là un peu plus forte. A quel moment j’allais pouvoir faire 4h30 de tgv pour voir mes proches et 6h30 pour aller voir mon chéri. L’inconnu m’a collé une boule au ventre. Et la pensée « je ne les reverrai peut-être jamais ! » m’a finie. De parler avec mes parents, mon chéri m’aura un peu apaisée. De parler d’autre chose aussi. 

Ce n’était pas 2 jours au top. Je reconnais une fois de plus que je m’estime chanceuse, mais il y a des paramètres à prendre en compte. Dire qu’il suffit d’être sur notre canapé en train de regarder une série, n’est pas aussi simple. Je me suis sentie devenir folle cette après-midi, parce que j’étais submergée par un tas d’émotions que je ne maîtrisais plus. Et puis ce n’est pas parce qu’on va se « plaindre » qu’on ne réalise pas qu’on n’est effectivement pas aux 1ères loges. De mon côté j’ai peur de sombrer dans la dépression parce que je me sais fragile. Et c’est un élément à prendre en compte à mes yeux. 

Demain je ferai une liste de ce que le confinement m’a apporté en une semaine, malgré tout. 

N’hésitez pas à me dire en commentaire comment vous vous sentez, comment vous allez ainsi que vos proches, comment vous gérez cette situation particulière et inédite. 

 

 

Carnet de bord d'une confinée hypersensible

Carnet de bord d’une confinée hypersensible – Jour 3

Jour 3 – Mercredi 18 mars 2020

Eviter les réseaux sociaux peut aussi faire du bien dans ce genre de moment, parce que c’est très anxiogène. Aujourd’hui ils ont dû utiliser un Airbus pour transporter des patients de ma région natale vers Toulon par manque de lits en réanimation. A quel moment on en est venu à utiliser un avion pour évacuer autant de malades en France… Ca donne une autre dimension encore à la pandémie. Tous ces gens déclarés positifs. Tous ces décès. Toutes ces personnes qui ne réalisent pas encore le sens du mot « confinement ». Je finis par fondre en larmes en ayant mon chéri au téléphone, parce que complètement angoissée. Est-ce qu’il a compris mes raisons, je n’en sais trop rien, ce n’est pas important. 

Ne pas savoir quand tout se terminera est anxiogène aussi. Une autre sorte d’attente que je vis déjà depuis mi-décembre dans notre situation, avec lui à Nantes et moi ici. Je deviens tellement dingue que je me dis que la vie et le destin n’a pas envie de nous rassembler. Que c’est un signe bien triste du destin pour l’avenir… 

En parallèle, je me rends compte que je ne connais toujours pas le mot « ennui » et que me retrouver face à moi ne me dérange pas. Au moins quelque chose qui n’est pas anxiogène. J’ai fait le maximum pour avoir l’esprit occupé cette après-midi. Merci toujours facebook et instagram où je retrouve l’envie de partager davantage. Essayer d’être là aussi pour les personnes que j’apprécie et qui ne vont pas bien pour différentes raisons, qui ont appris de mauvaises nouvelles. 

Je me sens vide depuis plusieurs jours, comme si tout s’était refermé en moi. Le seul moment où je ressens de la vie se propager en moi, c’est quand ma porte-fenêtre, ouverte sur mon balcon et sur les autres (certains voisins des immeubles en face, semblent avoir découvert qu’ils avaient des volets et des fenêtres qu’ils pouvaient ouvrir, alors que je croyais que c’était inhabité). C’est tellement paradoxal d’ailleurs. On se confine pour éviter la mort finalement et en même temps, les gens ouvrent en grand leurs fenêtres comme si tout le monde avait besoin de se remplir de la vie des autres confinés. 

Ce soir, RV à 20h pour applaudir pour montrer notre soutien aux soignants et aux personnes qui sont là pour nous, qui prennent des risques. Je ne me faisais pas forcément beaucoup d’illusions, hier soir j’étais seule sur mon balcon à ne pas oser frapper dans mes mains, discrète comme je suis. Et ce soir, j’entends le couple qui habite juste à côté de chez moi taper dans leurs mains, du coup je m’y suis mise aussi et d’un coup on a vu toutes des petites têtes dépassées des fenêtres, à applaudir, chanter, crier. J’ai senti une vague de chaleur remplir mon corps et mon coeur. Une énergie disparue qui est subitement montée tout le long de mon corps et qui m’a donné les larmes aux yeux et ça m’a fait du bien. Nous étions solidaires, reliés par nos mains qui applaudissaient et j’ai été plus apaisée toute la soirée. Je me suis dit que l’être humain pouvait être surprenant… décevoir et émerveiller en quelques heures. 

A demain, 20h pour dégager le maximum d’énergie. On en a besoin. Tous. Ceux qui sont en 1ère ligne et nous. Ensemble on avance plus vite.

Et on continue à appliquer le #jerestechezmoi Pour stopper l’évolution de ce virus qui se balade un peu trop librement à mon goût… Et on continue de respecter les consignes. Plus on le fait, plus le confinement se réduira. Chacun(e) est responsable de l’autre. 

Carnet de bord d'une confinée hypersensible

Carnet de bord d’une confinée hypersensible – Jour 2

Jour 2 – Mardi 17 mars 2020

Je me réveille remplie d’angoisses. Toutes les questions, craintes, pensées se bousculent au portillon de mon ciboulot. 

Mes parents, mon frère et sa tribu qui se retrouvent dans la région où le virus a fait le plus de dégâts. J’aurais aimé les mettre sous cloche pour les protéger. On ne savait pas encore quelles seraient les décisions prises côté travail. J’ai demandé du soutien sur facebook parce que je me fais peur parfois, il faut bien le dire. La crainte du décompensation psychologique se coince entre 2 neurones me fait paniquer encore davantage. Tous mes symptômes de dépression et d’anxiété généralisée me sont renvoyées en pleine gueule et sont remontées tellement vite que je ne sais pas comment gérer ça. Un comprimé de valium pour m’aider à faire descendre l’angoisse qui me ronge et j’arrive enfin à m’assoupir dans l’après-midi. 

Comment ça se passe à ce moment là dans ma tête d’hypersensible ? C’est faire l’éponge et prendre tout le malheur du monde sur ses épaules et colmater chaque cellule du cerveau avec des angoisses qui ne m’appartiennent pas, mais que j’absorbe malgré tout. Tous ces décès en Italie, nous confinés qui risquons d’avoir le même avenir. Je me suis sentie prisonnière, j’ai pleuré une bonne partie de la journée. Pas pour moi. Pour les autres. Ceux que j’aime. Mais aussi pour tous ces inconnus déclarés positifs. C’est s’en prendre plein la gueule une nouvelle fois. La difficulté étant que les nuits sont courtes, donc pas de possibilité de récupérer moralement et le corps, n’en parlons pas. 

Ce confinement me renvoie à des sales périodes du passé. Je me suis retrouvée en déconditionnement physique au début de la fibromyalgie. Je ne pouvais plus marcher du tout, il avait fallu des mois de rééducation. La peur de revivre ce moment commence à naître du coup je tourne en rond chez moi parce que je n’ose pas sortir même sans personne autour de moi et malgré l’attestation de sortie qu’on doit avoir sur nous à chaque sortie. Mon corps commence à souffrir davantage, je ne sais pas comment le gérer lui non plus. Il faudra que je trouve des exercices pour que mes muscles ne lâchent pas déjà au bout de 2 jours. 

J’ai l’habitude de passer plusieurs jours d’affilée seule chez moi, à ne voir personne, à ne pas pouvoir sortir parce que pas en état. Je me suis toujours occupée, ce n’est pas le problème. Et puis il n’est pas question de vie et de mort non plus d’habitude. 

Je découvre dans l’après-midi à quel point je suis contente de voir des visages à travers les stories instagram. Je vois bouger, des expressions de visages derrière mon écran et me sens d’un coup moins seule. Le #happyconfinement est lancé parce qu’il faudra voir le positif de chaque jour du confinement pour nous aider. Mon pessimisme est mon pire ennemi dans l’histoire si je le trimbale jusqu’au bout du confinement, donc il faut le rompre le plus vite possible. Chose faite grâce aux amies sur facebook qui me connaissent bien et les copinettes instagram. 

Et c’est fou à quel point le silence fait du bien. Déjà le matin, les klaxons ne sont pas au RV, les oiseaux chantent. Je prends plaisir à ouvrir mes volets et ma fenêtre, à me remettre sous ma couette et sentir l’air frôler juste mon visage et écouter le silence (oui il s’écoute, mais on ne prend pas le temps de le faire parce qu’il est parasité d’habitude et surtout on ne prend pas le temps, la vie va trop vite…). La nature se réveille et prend le dessus et c’est bon. J’ai le réflexe de me dire que la planète va au moins respirer de nos confinements. Un point positif pas négligeable. Et il ne faudra sûrement voir que ça si on veut avancer : le positif.

Je dis plus haut être habituée à l’isolement. Mais il y a toujours une sorte de culpabilité et je m’interdis de faire certaines choses, parce que je devrais être en train de travailler. Là je me rends compte que les choses se font aussi plus spontanément, plus librement, sans culpabilité et je réalise que finalement je suis plus productive dans la journée. Parce qu’on réinvente aussi notre quotidien, dans une vie confinée mais dans laquelle on ne doit pas rester enfermée pourtant pour ne pas s’y noyer. Garder le contact, arrêter de se dire que je n’apporte rien et partager celle que je suis avec ce que j’aime. On fait toutes comme on peut et c’est tout ce qu’on garde en soi. Avec des difficultés différentes. 

Je me dis que m’ouvrir aux autres sera peut-être à faire davantage dans les jours à venir. Mais en allant vers des personnes qui arriveront à me tirer vers le positif même en ayant des coups de mou elles-mêmes. (Oui on peut être des personnes positives et se sentir moins bien par moyens, on appelle ce phénomène, l’humanité) Et entre tout ce que j’ai vu les jours précédents et de ce que je vois de la vie en général, j’ai perdu foi en l’humanité et je ne le souhaite pas, surtout pas dans des circonstances pareilles. On a besoin d’avancer ensemble. De faire une entité. 

 

Carnet de bord d'une confinée hypersensible

Carnet de bord d’une confinée hypersensible – Jour 1

Un peu de liberté…

Jour 1 – Lundi 16 mars 2020

Pourquoi ai-je tenu à rajouter le « hypersensible » ? Parce que cela prendra tout son sens durant tout le long du confinement, étant donné que c’est un trait de caractère qui m’est propre qui, je le sais, me desservira dans ma gestion des émotions durant cette période. Chaque jour, j’écrirai comment j’ai vécu la journée, ce que j’ai fait, ce qui a pu se passer dans ma tête, dans mon corps aussi, dans mon corps. Je sais que tout sera changé après cette pandémie. Ma façon de voir les choses, des priorités qui changeront sûrement. Je l’ai ressenti dès le début, qu’on en ressortirait tou(te)s différent(e)s. 

Petit retour en arrière avant le confinement officiel. J’étais malade près de 10 jours la semaine qui a précédé. Un état grippal qui me rendait k.o et qui m’a clouée au lit. Vendredi, j’ai dû faire quelques courses, frigo et placards criant famine puisque j’avais pris la décision de ne pas prendre le risque de partir à Nantes où je devais rejoindre mon chéri. La peur de transporter cette merde et que mes défenses immunitaires laborieuses n’arriveraient pas à me tirer d’un tel virus si jamais je l’attrapais, donc mon billet, je l’ai annulé à contrecoeur, mais avec conscience de ce qui était déjà en train de se passer contrairement à d’autres. Samedi matin, je suis partie marcher dans le parc à côté de chez moi en faisant déjà attention à ne m’approcher de personne. Samedi soir, il a été décidé que les restaurants, bars fermeraient leurs portes. Encore une étape qui m’a convaincue de m’auto-confinée dès le dimanche. Pour protéger les autres et moi. 

Le jour 1 sera lundi pour moi. Ce jour où par mesure de sécurité et en devinant que lors de son allocution du soir, E. Macron annoncerait les conditions de confinement. Il faut dire que les inconscients du w-e en allant s’agglutiner dans les parcs n’ont pas arrangé les décisions qu’il fallait prendre en urgence. La journée a passée avec beaucoup de colère, je bouillonnais de l’intérieur, me suis retenue de dire merde et leurs 4 vérités à certaines personnes. Ma colère s’est transformée en angoisse profonde, celle qui crée une énorme boule au niveau du plexus et de l’estomac et qui empêche de respirer. La nuit est terrible dans ces moments là. On ne peut pas dormir parce que le bouton off n’a toujours pas été créé pour stopper les pensées dans notre ciboulot et ce dernier crée des pensées qui n’ont ni queue ni tête. On en vient à penser à tout et n’importe quoi et à être incapables de se raisonner et être objectives. Bref j’ai perdu la boule. Le lundi, il a fallu compléter mes courses pour être sûre de ne pas devoir ressortir trop souvent. Le but étant de ne pas se balader sans arrêt. On n’oublie pas que le virus contre lequel on lutte à échelle mondiale ne bouge pas, c’est nous qui le bougeons. Donc stopper nos mouvements devient le seul moyen pour éviter qu’il se propage.

N’allant pas très vite pour marcher, on peut dire que j’ai filé droit aussi vite que je pouvais malgré tout, jusqu’au 1er petit supermarché près de chez moi. Une file d’attente à l’extérieur m’attendait. Mais les gens étaient responsables, on s’est tous mis à distance les uns des autres automatiquement. Et on est entrés par 5 dans le magasin. A part les fruits et légumes (promis les miens ne m’ont toujours pas attaquée, n’hésitez pas à en acheter, ils vont se sentir délaissés au milieu des paquets de riz et de pâtes dévalisés par 15 paquets par certains). J’y ai vu tout l’égoïsme qu’un être humain peut posséder mais ce n’est pas nouveau. La nature humaine se montre sous son vrai jour dans de telles circonstances et ce n’est pas beau à voir. Sans compter le fameux papier wc, volatilisé des rayons. Apparemment les gens ne savaient pas que le Covid 19 n’entraînait pas de diarrhées…. ou alors ils avaient prévu le coup pour utiliser les rouleaux vides pour faire des activités créatives avec leurs enfants. On ne saura jamais ce qui se cachait derrière le mystère du papier wc kidnappé. 

C’est en rentrant chez moi que j’ai réalisé dans quoi on était embarqués… J’étais contente de ne pas être partie finalement parce que j’aurais eu des soucis pour revenir, mais le manque d’amour de mon chéri a été pesant pendant cette journée. 

A la fin de chaque post, j’aurai un mot pour le personnel soignant, les personnes qui travaillent dans les supermarchés et qui permettent qu’on puisse s’alimenter, les personnes qui n’ont pas pu faire de télétravail et qui sont sur leurs postes de travail. Des personnes exposées quotidiennement face au virus. #restezchezvous étant la seule façon d’aider pour ne pas propager davantage cette saloperie. Mais cette impuissance est terrible. Une pensée également pour les personnes qui sont à risque, aux personnes sdf oubliées. Et j’en oublierai sûrement, mais le coeur y’est.

 

Projets des copinettes

Souvenirs d’enfance #2 – La colline

J’avais déjà la fâcheuse manie de tirer la langue sur les photos…

Tous les mercredis, Julie nous propose de raconter l’un de nos souvenirs d’enfance. Je suis en retard cette semaine, mais voilà ma petite participation de la semaine malgré tout.

J’ai habité en Alsace, dans le même quartier pendant 22 ans. Il était constitué de 4 immeubles où j’avais toutes mes amies. Et quand j’étais enfant, on avait la chance d’avoir une grande colline qui jouxtait la résidence. On avait aussi de la neige encore à cette époque et tous les moyens étaient bons pour glisser du haut de la colline, avec tout ce qu’on pouvait trouver. J’avais pourtant une luge en bois, mais une année, on avait trouvé des bouts de polystyrène (j’aurai toujours des soucis à écrire ce mot décidément, merci google) et on descendait plus vite que nos ombres. J’étais toute rouge à cause du froid et puis je courais comme une dingue, aussitôt arrivée en bas, je remontais à toute allure, il ne fallait pas perdre une minute de ces moments là. Et au bout de plusieurs allers-retours, mon visage était assorti à ma combinaison comme vous pourrez le constater sur la photo que je mettrai. Mon père venait nous retrouver pour voir ce qu’on faisait après son travail et quand il nous a vu nous éclater autant avec nos luges improvisées, il en a pris un morceau et nous a rejoint. Il était aussi dingue que nous à s’amuser et descendre la colline. Un souvenir dont il parle parfois. La colline a disparu peu de temps après pour faire des maisons mais nos souvenirs avec, été comme hiver, restent bien au chaud toujours aux mêmes endroits. Le coeur et le tiroir à souvenirs dans ma petite tête. 

A mercredi prochain, à l’heure cette fois-çi j’espère. Prenez soin de vous. 

Projets des copinettes

Souvenirs d’enfance #1 – Les patins à roulettes

Je quittais mes patins malgré tout parfois, la preuve en image !

Je reviens sur mon blog après plus de 6 mois d’absence, avec le RV du mercredi, « Souvenirs d’enfance », lancé par Julie et auquel je participerai tous les mercredis (si une chose n’a pas changé depuis le mois de juin, c’est bien ma mémoire de poisson rouge, donc il se peut que j’oublie parfois, sinon ce ne serait plus moi). Mon enfance étant ce que j’ai de plus précieux, c’est compliqué de passer à côté de cette participation qui me fera du bien par contre, donc me voilà.

J’avais 8-9 ans quand ma grand-mère maternelle m’a offert une paire de patins à roulettes, pour Pâques. Ceux qu’on avait la chance d’avoir dans les années 80, ceux qu’on mettait avec nos baskets et dont les roulettes étaient parallèles. Je me vois encore devant sa maison, qui est celle de mes parents maintenant, en train de faire des allers-retours, jusqu’à la tombée de la nuit. Je faisais un de ces bruits en déboulant comme une dingue sur la barrière métallique. Oui parce que je rencontrais les mêmes difficultés qui m’ont suivies ensuite avec des rollers : ne pas être douée en freinage… Donc je me laissais tomber sur la barrière, dans un vacarme qui devait plaire à l’entourage, avec une telle discrétion… Il fallait m’appeler plusieurs fois pour me faire rentrer et si j’avais pu, je suis sûre que j’aurais été me coucher avec mes patins. Aussitôt levée et habillée, je partais rouler et m’étaler sur la fameuse barrière dans ce vacarme dont j’avais le secret. Un genre de « schttonnggg » qui faisait tout vibrer (ce qui expliquerait peut-être mes neurones un peu cahotiques, maintenant que j’y pense). Le goût de patiner ne m’a jamais quitté depuis ce jour là. On a une photo, où on est avec mon frère, lui dans sa poussette et moi avec mes patins, jusque là rien d’anormal. Sauf qu’il y avait de la neige ! Je les aimais tellement mes patins rouges vifs que même l’hiver je grimpais dessus. J’étais jeune et inconsciente, qu’est ce que vous voulez halala. Merci petits patins à roulettes de m’avoir autant donné de plaisir, je ne vous oublierai jamais. Merci mamie pour ce cadeau précieux et pardon de t’avoir fait peur, j’entends encore tes « mais elle va se faire mal ! Elle va tomber ! Vas pas si vite !! » 

A mercredi prochain ! Prenez soin de vous. 

Blablas de toutes sortes

Etre une pièce rapportée dans une famille

Crédit photo : Pinterest

Je vais avoir des difficultés encore à parler de famille recomposée. Pour moi-même qui ne suis pas à l’aise avec ce terme très large et par respect pour les filles de J. qui n’aiment pas ce terme quand j’y suis inclus, ce qui est normal. 

J’ai rencontré J. en septembre 2017 grâce à la technologie, les flèches de Cupidon 2.0 ont fait péter nos écrans respectifs, mais lente comme je suis, on est ensemble depuis janvier 2018. 1 an et demi donc à ce jour, ce qui me permet d’avoir un certain recul face à la situation, même si on n’habite pas encore sous le même toit et que mon point de vue peut donc être faussé parce que je ne suis pas présente 24h/24 dans leurs vies. 

Je l’ai su tout de suite qu’il avait deux filles, j’aurais pu couper court à notre conversation, mais hormis la question « où est la maman ? » que je n’osais pas encore demander alors que je savais qu’il avait la garde complète et que je sais qu’il faut un motif solide pour qu’on n’octroie pas la garde à la mère, je me suis posée des questions, et puis j’ai fini par demander. Il a raconté ce que j’avais à savoir. La peur étant que ses deux filles ne m’acceptent pas du tout.  Je ne suis pas fille de parents divorcés qui auraient pu refaire leurs vies aussi et je ne connaissais pas cette sensation de « pièce rapportée » dans une famille déjà bien constituée et dont le noyau, leur papa, est déjà bien solide. Je me suis toujours sentie mise en valeur par lui vis à vis d’elles. Et tout c’est toujours fait naturellement, j’ai essayé de me frayer un chemin dans leur vie, puis dans leur tête, pour atteindre leur coeur au fil des mois. J’adore leurs sourires quand elles me voient arriver, nos rires pendant les séances de chatouilles, les petits chagrins à essuyer, la confiance à mettre en celle que je suis, sans trop prendre de place, parce que le but n’est pas que je donne la sensation de vouloir remplacer leur maman. Ce ne sera jamais mon intention. Je suis juste là pour les accompagner du mieux que je peux, leur apporter mon affection avec ma féminité, ma douceur, mon écoute. 

J’aurai toujours peur de faire mal les choses. Je n’arrête pas de dire à J. « Si tu me vois faire ou dire quelque chose qui te paraît inadéquat, tu me le dis, pour que je me corrige » Je n’ai pas envie de provoquer de dégâts alors que j’essaie d’être présente pour elles. Je ne veux pas casser ce qu’elles ont construit avec leur père en imposant ma présence non plus. Le but c’est que chacun(e) trouve son équilibre dans ce nouveau quatuor où je n’ai pas tout à fait ma place, vu le côté intérim de la vie à 4 puisque je viens le samedi et repars le lundi matin.

Le plus dur et ce qui arrivera un jour, l’adolescence approchant doucement… elles me diront que je n’ai rien à dire et à tout moment, j’entends leurs petites voix qui me disent « t’es pas notre mère t’as rien à nous dire ». Je crois que mon coeur s’effriterait en 1000 petits bouts. C’est pourtant la réalité, mais je serais blessée de l’investissement, de l’énergie, du temps que je mets à créer un climat de confiance entre nous et j’aurais la sensation d’avoir échoué. Alors j’échouerai évidemment, je me suis déjà ratée sur certaines occasions et paf, je l’ai bien eu dans la tronche, mais j’essaie de prendre du recul. Je me rappelle à quel point ma présence est naturelle et à quel point aussi la plus petite surtout a été déçue le jour où on a dit que mon état ne me permettrait plus de faire certaines choses dans le quotidien avec elles. On a expliqué que dans l’appartement qui serait le nôtre le jour où on aménagera ensemble, toutes les affaires seront à ma portée de main sans que je sois obligée de faire des acrobaties pour attraper des choses en hauteur, mais la chronicité du problème a marqué la fin d’une sorte d’innocence qu’elles avaient avec moi. Elles espéraient sûrement bien plus et bien mieux avec une femme dans leur foyer. Je me rappelle que la plus petite avait dit que quand on serait ensemble, on pourrait inviter des copines à la maison. Elle a sûrement cru que c’était foutu comme idée, alors que je me donnerai toujours à fond pour qu’elles soient les plus épanouies possibles. 

Mais je me rends compte que c’est comme une course où j’ai des points à marquer. Cartonner à Mario Kart pour leur montrer de quel bois se chauffe l’amie de leur papa ^^, rater le moins possible à manger et encore moins les gâteaux parce que c’est bien plus sacrilège que les haricots verts dont elles ne raffolent pas. Dans 10 jours on fait l’anniversaire de la plus petite qui aura 9 ans, chez J. Il y aura 3 copines. Au fond de moi, mon but est qu’elle se souvienne de cette journée et égoïstement, ce serait un point de marqué si les copines disaient que j’étais vraiment sympa comme amie de leur papa (ben quoi on a droit de rêver et de faire des souhaits même quand ce n’est pas notre anniversaire !) Bon je rigole, quoique… j’aurais le coeur gonflé de confiance en moi si ça pouvait arriver. Je ne dois pas me rater en tout cas. Les enfants se rappellent de tout… 

Je me demande très souvent si je serai à la hauteur, mon chéri me rassure très souvent et sans son soutien, j’aurais peut-être fui la situation dès le début aussi. Si elles avaient été plus petites aussi, la peur m’aurait sûrement fait réfléchir à deux fois si je voulais vraiment entrer dans ce foyer tout fait et tenter de me percer un petit passage pour le rejoindre. 

Le sujet restant le plus sensible est le côté affectif/éducation. J’ai beaucoup d’affection pour elles, mais je trouve que c’est difficile de savoir ce qu’on a droit de faire, pas faire, dire, pas dire pour ne pas casser le schéma familial malgré tout. Je n’oublie pas que je ne suis rien pour elles et je trouve déplacé donc de leur dire que je les aime, même si je leur faire comprendre différemment, mais sais que ce n’est pas pareil. On en a parlé une fois où J. me disait que si j’avais moi-même des enfants, il ne saurait pas forcément comment se comporter face à eux. Que je ne représente pas une autorité dont elles ont l’habitude encore, même si quand quelque chose ne va pas, je ne laisse pas passer pour me faire respecter, mais j’essaie de ma calquer à l’éducation que leur donne J. pour qu’on soit sur la même longueur d’ondes. Ce qui est positif, c’est qu’on a la même façon de voir les choses donc je ne suis pas en désaccord avec lui. Je le suis plus facilement que si je n’étais pas d’accord avec sa façon de faire. En même temps, qu’est ce qu’on a droit de dire quand les enfants ont déjà déjà 9 et 10 ans et demi pour ne pas les déstabiliser entre un papa qui continue son éducation et l’amie de celui-çi qui dit autre chose, voire l’inverse. Ce n’est jamais arrivé pour le moment mais ce n’est pas toujours évident de prendre sa place. 

J’y tiens à ce quatuor qu’on forme peu à peu. On avance jour après jour, comme on peut avec ce qu’on a, les outils que la vie nous donne. La communication aussi, primordiale pour ne pas laisser les choses qui pourraient poser problème, s’envenimer. Valable pour notre couple et pour le côté « famille recomposée ». Et puis il faut que je me sépare de cette phrase « tu ne peux pas comprendre, tu n’a pas d’enfants », parce que ça ne m’aide pas à me sécuriser par rapport à ces deux brunettes. Bien sûr que je sais sans doute moins me conduire comme il faudrait du fait que je ne suis pas mère et n’ai donc aucune expérience avec les enfants, mais mon coeur est bien ouvert lui, j’ai un minimum de logique aussi et je dois apporter quelque chose à toute cette petite famille, sinon je n’y serais pas présente, je suppose. C’est que malgré l’imperfection, on arrive à construire quelque chose ensemble. Rome ne s’étant pas construite en un jour… 

A partir de quand on peut parler de famille recomposée d’ailleurs, parce que c’est un terme qui m’est encore étranger. Je ne sais pas si c’est le fait de ne pas habiter avec eux encore ou si je ressens que c’est trop tôt pour l’employer. 

 Avez-vous constitué vous-mêmes une famille recomposée ? Votre intégration a été facile ? Vos témoignages sont les bienvenus 🙂 

Ptite Delph imparfaite mais qui se donne du mal par amour pour son chéri et ses filles…