Blablas de toutes sortes

Quand l’instant prĂ©sent est source d’angoisse

Vivre l’instant prĂ©sent, Carpe Diem, profiter de chaque moment pleinement et en toute conscience etc… Toutes ces phrases dont on nous serine les oreilles Ă  longueur de temps. Dans l’absolu je suis pour cette philosophie mĂŞme si parfois elle m’est difficile Ă  appliquer. C’est vrai que le passĂ© porte bien son nom, il est passĂ©. Le futur n’existe pas encore donc pourquoi se projeter sans qu’on ne le connaisse et se faire des cheveux blancs avant l’heure. Il ne reste plus que le moment prĂ©sent Ă  savourer effectivement. Il se peut que je l’aie mal appliquĂ©, mal compris Ă  certaines pĂ©riodes mais il a Ă©tĂ© et est encore parfois source d’angoisse de mon cĂ´tĂ©. Je n’arrive pas trop Ă  savoir si c’est le fait d’entendre parler de lui sans arrĂŞt pour notre bien-ĂŞtre mental un peu comme si en n’y arrivant pas forcĂ©ment, je n’arriverais jamais Ă  trouver une certaine sĂ©rĂ©nitĂ© ou si l’angoisse est plus profonde et rĂ©veille des craintes enfouies.

Ou alors j’ai rĂ©alisĂ© davantage l’importance du moment prĂ©sent Ă  vivre et j’en ai Ă©tĂ© remuĂ©e en ne sachant pas trop comment le gĂ©rer finalement, parce que c’Ă©tait « nouveau » que je tente autant de vivre l’instant prĂ©sent. Je me suis demandĂ©e si j’Ă©tais seule dans ce cas par contre, d’oĂą mon post. Qui arrive Ă  ĂŞtre dans le moment prĂ©sent rĂ©ellement ? Et constamment pour ne pas se laisser emporter par des pensĂ©es parasites oĂą le passĂ© ou le futur intervient ? Qui parvient Ă  ĂŞtre serein.e grâce Ă  cette philosophie de vie puisque je le perçois vraiment ainsi. Est-ce que je m’y prends mal, dans le sens oĂą je passe Ă  cĂ´tĂ© de la pratique de cette notion lĂ  ? Bref Carpe Diem est source de questionnement pour ma part.

La première fois que l’angoisse est montĂ©e, c’est quand j’ai appris le cancer de ma Happy. C’Ă©tait une Ă©preuve Ă  vivre de savoir qu’elle Ă©tait condamnĂ©e et que l’issue serait fatale, sans savoir quand. Elle pouvait rester avec moi encore 2 semaines si tout s’enflammait très vite ou plusieurs mois si l’Ă©volution se stabilisait. Et je me suis promis de profiter de chaque moment avec elle, comme si c’Ă©tait le dernier. Ce que j’ai fait bien sĂ»r, comme dans d’autres situations avec mes proches par exemple quand je suis en leur prĂ©sence. La certitude de savoir qu’il ne restait plus longtemps avec elle a provoquĂ© Ă  elle seule une grosse angoisse. Chaque soir je me couchais en me demandant si j’avais justement assez profitĂ© d’elle, si je l’avais assez câlinĂ©e, assez rĂ©pĂ©tĂ© que je l’aimais tellement, assez pris soin d’elle. Et je me disais « un jour de moins avec elle » et ça me dĂ©chirait le coeur… Et c’est lĂ  que le moment prĂ©sent a Ă©tĂ© source d’angoisse. J’avais la sensation de m’Ă©touffer Ă  vouloir arrĂŞter le temps et finalement je me demandais si j’en profitais rĂ©ellement de ce moment prĂ©sent puisque finalement j’Ă©tais dans le futur, j’entrevoyais ma vie sans elle. Mais c’est devenu une course, il m’arrivait de me relever la nuit juste pour ĂŞtre avec elle pour ne rien gâcher de mes moments avec elle et je sentais une oppression. Puis j’ai oubliĂ© Ă  un moment qu’elle avait ce cancer, parce qu’elle allait bien, rien ne se voyait, alors j’ai relâchĂ© un peu. Et c’est revenu plus fort, j’avais besoin de chaque minute avec elle et tout moment qui passait Ă©tait terrible Ă  gĂ©rer (je rĂ©alise Ă  quel point c’est difficile d’expliquer cette sensation, en Ă©crivant par contre). J’en voulais aux secondes de s’Ă©couler, aux minutes de la voir s’Ă©chapper de moi davantage et aux heures de filer si vite. Et chaque soir le mĂŞme constat. Est-ce que j’avais vraiment profiter du moment prĂ©sent avec elle et est-ce que je pouvais faire encore mieux le lendemain. Puis elle est partie, ma prĂ©cieuse minette… 1 mois est passĂ©. Mes parents sont venus en vacances dans notre rĂ©gion, je leur avais trouvĂ© un airbnb Ă  2 rues de chez nous, c’Ă©tait agrĂ©able de les voir arriver et repartir Ă  pieds. Et l’angoisse du moment prĂ©sent Ă  absolument savourer sans laisser de pensĂ©es parasites venant du passĂ© ou du futur intervenir est revenue. Chaque bout de balade qu’on faisait Ă©tait dĂ©jĂ  passĂ© dans ma tĂŞte alors que je tentais de vivre le moment prĂ©sent mais ça me retournait les boyaux de voir s’Ă©chapper les heures avec eux. C’est quelque chose qui m’a sĂ»rement permis de vraiment prendre tout le temps dont je disposais avec eux, d’un cĂ´tĂ© mais d’un autre cĂ´tĂ©, je me sentais Ă  bout de souffle et il se peut que je n’aie en plus pas Ă©coutĂ© mon corps qui lançait des signaux de dĂ©tresse tellement je tirais sur lui. Pour ne pas perdre une miette. Ils venaient manger chez nous le soir, Ă  chaque fois qu’ils repartaient, je leur faisais un signe par la fenĂŞtre, je voyais leurs grands sourires. Je ne ratais pas une seconde. Quand leurs tĂŞtes disparaissaient derrière le coin de notre rue, je regardais encore pour voir si je ne percevais pas encore un bout d’eux que j’aurais peut-ĂŞtre ratĂ© et donc gâchĂ©. A nouveau une course.

Puis c’est nous qui sommes partis une semaine dans mon Alsace natale. Nous avions louĂ© un airbnb et mes parents nous rejoignaient dans les sorties qu’on faisait. J’ai eu le malheur de ne pas ĂŞtre en Ă©tat d’en faire une, un jour. Je voyais s’effilocher le temps prĂ©cieux que j’aurais pu passer avec eux, l’opportunitĂ© de les avoir avec moi qui s’envolait. Au-delĂ  de la dĂ©ception, il y avait cette douleur de me dire « ce temps ne se rattrapera plus jamais ». Puis les autres sorties se sont toutes soldĂ©es ainsi. Avec une boule au ventre de me dire que je ne les aurai pas toujours avec moi, eux non plus et que toute seconde Ă©tait comptĂ©e. Et est-ce que j’avais rĂ©ellement bien profitĂ© de chaque moment avec eux. Est-ce que j’avais fait assez ? Est-ce que je n’aurais pas pu faire mieux encore pour mieux vivre ces moments-lĂ . Ca m’oppressait au point de ne plus vouloir les laisser repartir. Un soir, mon papa m’a serrĂ©e fort, on avait partagĂ© encore une super journĂ©e tous ensemble et il m’a dit « halala qu’est ce qu’on a bien ri, encore une belle journĂ©e » en ajoutant qu’il m’aimait et ça a augmentĂ© ma souffrance du moment prĂ©sent qui passe trop vite et qui ne revient plus justement… jusqu’au jour oĂą il n’y en aura plus de ces moments…

J’ai fini par rĂ©aliser que chaque moment prĂ©sent partagĂ© menait Ă  une fin. A la mort de ceux que j’aime. C’est le point commun. Et une angoisse de plus en plus prĂ©sente. Depuis le covid, depuis le 1er confinement, la peur de la mort de ceux que j’aime est devenue terrible Ă  gĂ©rer. Alors parfois j’ai besoin de me rappeler du passĂ© pour me dire qu’après les Carpe Diem, il y a une case « beaux souvenirs » dans notre cerveau qui prolonge les moments prĂ©sents qu’on vit. Ca m’aide Ă  gĂ©rer mes instants prĂ©sents, Ă©trangement. Sinon je ressens vite cette boule au creux du ventre. Penser Ă  la disparition un jour de mes proches comme ma Happy s’est envolĂ©e est dĂ©jĂ  le futur et j’ai espoir qu’un jour, cette pensĂ©e lĂ  s’efface pour ne pas venir perturber le moment prĂ©sent Ă  vouloir vivre absolument de façon viscĂ©rale et Ă©touffante.

Vous arrivez Ă  ĂŞtre complètement dans le moment prĂ©sent ? Sans que ça ne dĂ©vie de trop, parce que je me doute qu’il n’est pas constant cet Ă©tat d’esprit. Celui de rester ancrĂ©.e dans le prĂ©sent. Sans passĂ© et sans futur.

Blablas de toutes sortes

La différence

En dĂ©but d’annĂ©e dernière, est venue l’heure de faire un choix d’activitĂ© pour la rentrĂ©e. J’hĂ©sitais entre refaire du Qi Gong qui me passionne ou sortir de ma zone de confort en me lançant dans le théâtre. En oubliant certainement que cela faisait 1 an que j’Ă©tais lĂ , qu’aucune relation sociale n’avait pu se crĂ©er avec notre super covid qui colle Ă  nos basques, que je n’avais pas rĂ©ussi Ă  me rĂ©intĂ©grer professionnellement et que j’Ă©tais dans une ville pour laquelle on ne peut pas dire que j’ai un amour inconditionnel. Mes repères perdus en quittant Marseille Ă©taient bien suffisants Ă  gĂ©rer, je ne possĂ©dais pas de rĂ©el confort pour me sentir dĂ©jĂ  bien. Alors avec du recul, je me dis que sortir de quelque chose que je ne possĂ©dais dĂ©jĂ  pas, relevait d’un sacrĂ© dĂ©fi personnel. Mais au moment des inscriptions, sortir de ma zone de confort Ă©tait ma prioritĂ© pour me secouer les puces. L’intention Ă©tait de travailler sur ma timiditĂ©, mon manque de confiance, arriver Ă  poser dĂ©licatement ma voix qui me complexe et part en cacahuètes dès que je suis un peu stressĂ©e (autant dire très souvent quand je suis en prĂ©sence des gens et c’est encore pire depuis le 1er confinement puisque je vis le syndrome de la cabane).

La sensation que je sortais de quelque chose qui n’existait dĂ©jĂ  pas pour moi, ma pseudo zone de confort donc, Ă  vouloir casser malgrĂ© tout, est apparue après 3 cours de 2h de théâtre, oĂą je suis ressortie en larmes au dernier cours.

Le groupe Ă©tait sympa dans l’ensemble, je me sentais assez Ă  l’aise avec les 8 autres Ă©lèves et la prof, mais ce n’Ă©tait pas mon Ă©lĂ©ment. Cette impression de faire tache au milieu des autres. Cette angoisse de montrer celle que j’Ă©tais. Celle pas assez bien, celle qui se compare aux autres qui sont meilleurs en oubliant qu’ils avaient dĂ©jĂ  fait du théâtre, celle qui parle avec sa voix menue et Ă  qui on dit de parler plus fort alors qu’elle ne peut pas parce que ses cordes vocales sont ce qu’elles sont.

Et puis il y a eu ce texte Ă  travailler. A me souvenir, Ă  mĂ©moriser, Ă  mettre une intention que je ne pouvais pas mettre parce que le sujet me touchait trop mĂŞme si c’Ă©tait un pauvre canard qui se suicidait, les mots « Ă©goĂŻste », « il n’a pensĂ© qu’Ă  lui, il aurait pu penser Ă  nous », « je suis en colère contre lui, il nous a laissĂ© » etc… me renvoyait trop de choses dans la figure. A mes propres tentatives de suicide, loin d’ĂŞtre Ă©goĂŻste pourtant mais terriblement en souffrance. Aux suicides d’ami.e.s que je n’avais pas trouvĂ© Ă©goĂŻstes non plus. Bref, montrer qu’on est en colère contre quelqu’un alors qu’on a envie d’avoir de la compassion plutĂ´t, autant dire que l’exercice comptait double et surtout le sujet me retournait les tripes Ă  chaque cours. Je ne suis toujours pas au top de ma forme mentalement et durant ces 2 dernières annĂ©es, j’ai eu envie de m’Ă©teindre plus d’une fois. Alors le sujet est frais en moi. Et je ne me voyais pas parler de ça Ă  la prof. Le théâtre est sĂ»rement fait pour dĂ©passer ses limites, ses angoisses les plus profondes et faire taire les choses sensibles en nous quel que soit le sujet des textes abordĂ©s. J’Ă©tais lĂ  pour rire de mon cĂ´tĂ© plutĂ´t et je sais que sans en parler directement, on recherchait tous ce cĂ´tĂ© lĂ . Le rire. Pas cette chose glaciale qu’on pouvait ressentir Ă  travers les murs de notre salle parce que mĂŞme si formulĂ© avec des pauvres canards, le sujet Ă©tait lĂ  quand mĂŞme, je ne pouvais pas y faire abstraction et ne pouvais pas « jouer » avec. Les difficultĂ©s de concentration et de mĂ©morisation, ce thème qu’on allait aborder jusqu’aux vacances de NoĂ«l alors qu’on Ă©tait Ă  peine fin septembre, mon corps qui ne se mouvait pas au rythme qu’il aurait fallu pour suivre correctement, ont eu raison de moi. J’ai abandonnĂ©. Mais j’avais essayĂ© nĂ©anmoins, c’Ă©tait ma fiertĂ©.

J’ai juste prĂ©venu la responsable de l’association de théâtre par un mail. J’Ă©tais bien loin de me sentir assez proche de la prof pour lui en parler directement. Et un autre Ă©lève avait aussi abandonnĂ© Ă  la sĂ©ance prĂ©cĂ©dente sans lui donner de raison prĂ©cise. La prof en sachant mon abandon m’a envoyĂ© un long message en me disant qu’elle voudrait bien parler avec moi de mes difficultĂ©s, qu’elle Ă©tait sĂ»re qu’il me fallait des sĂ©ances de plus pour ne pas regretter. Qu’elle pouvait me rediriger vers un autre cours « plus adaptĂ© ». Elle se culpabilisait parce que j’Ă©tais la seconde Ă©lève Ă  partir de son cours. Alors j’ai rĂ©pondu brièvement que je lui expliquerais mes raisons, mais que ce n’Ă©tait pas forcĂ©ment sa façon de faire ses cours qui Ă©tait Ă  remettre en question (Ă  part le choix joyeux de ses textes pour dĂ©buter peut-ĂŞtre). Ce n’Ă©tait pas de sa faute, c’Ă©tait la mienne. Je comptais rĂ©ellement lui expliquer, sans forcĂ©ment rĂ©intĂ©grer le cours mais au moins pour qu’elle connaisse mes raisons. Et puis j’ai réécoutĂ© le message plusieurs fois. Et ce que j’ai entendu Ă  travers les lignes m’a mise encore plus mal Ă  l’aise. Le mot « diffĂ©rence » revenait très souvent sous diffĂ©rents aspects. Sur le moment je m’Ă©tais dit qu’effectivement nous Ă©tions tous diffĂ©rents, avec nos caractères, nos tempĂ©raments, nos histoires. Comme tout ĂŞtre vivant qui se respecte, en gros, Ă  mes yeux. Mais ses paroles racontaient une autre diffĂ©rence. Surtout quand elle a dit qu’elle avait relevĂ© quelque chose chez moi qui n’Ă©tait pas comme chez les autres Ă©lèves, mais je ressentais dans sa façon de le dire, que c’Ă©tait ce genre de diffĂ©rence qui fait rencontrer des difficultĂ©s. Je n’ai jamais su ce qu’elle avait relevĂ© chez moi en rĂ©alitĂ©. J’Ă©tais diffĂ©rente mais cela sonnait de manière pĂ©jorative. Mon corps n’est pas simple Ă  mouvoir comme je le souhaite, ma concentration est merdique, ma mĂ©moire rĂ©cente ressemble Ă  celle d’un poisson rouge, je suis timide et devient rouge crabe quand je parle au milieu d’autres personnes. C’est ça ma diffĂ©rence ? De façon aussi pĂ©jorative que je le ressentais Ă  travers son dĂ©bit sur mon rĂ©pondeur ? J’ai eu mal au coeur, sans savoir rĂ©ellement expliquer ce que je ressentais. Est-ce qu’en parallèle, on avait pu voir quelque chose de beau en moi aussi dans ce groupe ? Est-ce que j’aurais fait partie intĂ©grante de cette troupe malgrĂ© ma fameuse diffĂ©rence, pas si diffĂ©rente que tout un chacun, Ă  mes yeux ? Je ne le saurai jamais, je n’ai pas voulu expliquer mes raisons, j’ai laissĂ© tomber. Elle Ă©tait rassurĂ©e de savoir que ce n’Ă©tait pas de sa faute, c’Ă©tait ce qui comptait. Me concernant je savais très bien que je ne souhaitais pas reprendre. Je l’ai laissĂ©e avec son « j’ai l’habitude de travailler avec des personnes qui sont diffĂ©rentes ».

On sera tou.te.s diffĂ©rent.e.s pour les autres et heureusement. Le souci c’est que depuis, quand on me croise dans la rue, je perds un peu plus mes moyens devant les gens en me disant « ils la voient cette fameuse diffĂ©rence ?? » « qu’est ce qu’on peut penser de moi finalement quand on me voit dĂ©ambuler, quand on est plus ou moins en contact ». « Un ĂŞtre pas super Ă  l’aise qu’on retrouve peut-ĂŞtre dans ma posture, ma façon de me tenir et de m’exprimer ». Une femme diffĂ©rente comme tous les communs des mortels ou diffĂ©rente dans un sens un peu plus moche Ă  entendre et pas des plus valorisants ? J’ai perdu un peu plus confiance en celle que je suis.

Je suis moi dans tous les cas. Celle qui ramasse des pâquerettes dans le parc Ă  cĂ´tĂ© en s’asseyant dans l’herbe sur sa petite serviette et qu’on dĂ©visage en passant en se retournant encore après comme si j’Ă©tais une nana inadaptĂ©e. Mais je continuerai Ă  ĂŞtre ce genre de personne.

Je suis moi avec mon tempĂ©rament introvertie mais le coeur rempli d’amour pour les autres. Je suis moi avec mon passĂ© et ses souffrances. Je suis moi avec mon prĂ©sent Ă©galement avec ses douleurs et ses joies. Je suis moi tout court. Le jour oĂą on m’a regardĂ©e bizarrement dans le parc sans que je sache pourquoi, je me suis dit que je ne laisserais plus personne me couper l’envie de faire quelque chose si cela me procure du plaisir. Quitte Ă  ce qu’on perçoive de moi quelque chose de « diffĂ©rent ». Les gens aiment bien les Ă©tiquettes et se croient obligĂ©s de caser tout le monde dans l’une d’entre elles. De mon cĂ´tĂ©, je ne veux pas mettre d’Ă©tiquettes. Mon cĂ´tĂ© diffĂ©rent je l’emporte avec moi et on verra ce qu’on veut bien voir de moi quitte Ă  juger, trouver bizarre, paraĂ®tre louche ou autre.

Soyez vous-mĂŞmes, soyez heureux du mieux possible, connaissez des petits et grands bonheurs et ne faites pas comme moi, vous comparer aux autres. Cela fera partie d’un autre post peut-ĂŞtre un jour…

Combats qui me touchent

Les TCA en mode confinement

Dire ❤

J’espère que vous vous portez tou(te)s pour le mieux en cette pĂ©riode si sombre. Prenez soin de vous et restez bien chez vous… 

Je voulais Ă©crire ce post depuis un moment, mais j’avais besoin de recul et de voir sur la durĂ©e, comment je me comportais au niveau alimentaire. Quand j’ai su qu’on serait confinĂ©s, le stress du futur dĂ©mĂ©nagement, l’Ă©loignement d’avec mon chĂ©ri d’un cĂ´tĂ© de la France, ma famille Ă  l’opposĂ© et moi au milieu, je reconnais m’ĂŞtre posĂ©e beaucoup de questions sur la façon que je gĂ©rerais tout cela seule. Et la psychologue m’avait appelĂ©e au bout de 2 semaines de confinement et je lui avais avouĂ© avoir peur de retomber dans l’anorexie. C’Ă©tait d’ailleurs la première fois depuis la sortie complète des troubles alimentaires que j’avais peur Ă  nouveau. Elle m’avait rĂ©pondu que je devais tenir et ne pas mettre Ă  nĂ©ant tout ce combat. Qu’au moindre signal, je devais la prĂ©venir pour qu’on m’aide Ă  ne surtout pas rechuter (je ne pensais honnĂŞtement pas Ă©crire un jour ces mots Ă  nouveau…). Je me suis sentie très fragilisĂ©e Ă  tous les plans. Mon passĂ© est revenu me hanter, j’y pensais davantage Ă  tout cet enfer alimentaire. La peur de prendre du poids pendant le confinement n’a sĂ»rement pas aidĂ©. On peut accepter son corps tel qu’il est et tolĂ©rer de prendre du poids, cela n’enlève en rien la peur de trop grossir malgrĂ© tout. Je suis humaine, j’ai envie de me sentir bien dans ce corps qui me fait dĂ©jĂ  tant souffrir. Pour moi, pas pour les autres. Et les rĂ©seaux sociaux avec leurs fameux « comment rester mince durant le confinement », « les gestes Ă  ne pas faire », « faites du sport pour ne pas grossir », m’a rendue mal aussi. Pour moi comme pour les femmes qui ont du mal avec leur image. On est confinĂ©es et on nous serine encore qu’il faut rester mince, en gros. Il y a un problème. 

Mais comme on le sait, l’anorexie n’est pas forcĂ©ment la recherche de perdre du poids, elle est surtout symbole de contrĂ´le et c’est cette partie lĂ  qui a pu m’effrayer. Le mode de pensĂ©es « je contrĂ´le ce que je mange et me dĂ©foule pour Ă©liminer parce que je ne possède aucun contrĂ´le sur aucune situation ». J’ai commencĂ© Ă  bouger chez moi avec des exercices de gym, Ă  marcher en faisant du surplace avec « walk at home ». Et je me suis revue il y a 20 ans, en train de courir Ă  longueur de journĂ©e pour Ă©liminer les 500kcal que je m’autorisais Ă  avaler. J’ai mĂŞme commencĂ© Ă  Ă©couter le mĂŞme style de musique entraĂ®nante qu’Ă  l’Ă©poque. Et j’ai eu peur de ne pas m’arrĂŞter de bouger. C’Ă©tait comme un film que je rembobinais. Et il a fallu que je fasse le point sur ce que je risquais en gros. Comment je gĂ©rais la nourriture que j’ingĂ©rais, assez, pas assez, trop ? Comment je gĂ©rais l’activitĂ© compliquĂ©e Ă  mettre en place Ă©tant limitĂ©e malgrĂ© tout dans ce que je peux faire et ce qui ne me rappelais pas mon passĂ© d’hyperactive pour ne pas rĂ©veiller le vieux dĂ©mon que j’avais peur d’avoir au fond de moi encore. 

Je me suis rassurĂ©e en m’apercevant que je n’avalais rien de plus qu’Ă  l’ordinaire. Que je n’avais pas forcĂ©ment de compulsions ou l’envie de grignoter sans arrĂŞt. Et que mon mode de pensĂ©e anorexique s’Ă©tait Ă©teint pour de bon. Une fois que j’aie Ă©tĂ© sĂ»re que je bougeais uniquement pour ne pas me retrouver en dĂ©conditionnement physique par rapport Ă  la fibromyalgie, j’ai recommencĂ© mon petit rituel de « sport ». Que je fais avec plaisir parce que ça me donne une sensation d’accomplissement. Par rapport Ă  mes douleurs. 

Tout est dĂ©sactivĂ© en moi cĂ´tĂ© anorexie, boulimie non vomitive, compulsions. J’ai apparemment mis il y a 7 ans tous mes modes de pensĂ©e destructeurs sous clĂ© et je ne peux pas rĂ©ouvrir la boĂ®te Ă  pensĂ©es merdiques. Il me reste les souvenirs. La souffrance que j’ai faite autour de moi. La solitude dans laquelle j’Ă©tais enfermĂ©e aussi parce que je vivais ce cauchemar seule par choix et pour qu’on me foute la paix pour me dĂ©truire. Et le confinement, seule, Ă  rĂ©veiller toute cette partie de moi, ce qui a contribuĂ© au fait que je n’aie pas toujours un moral d’acier. 

Je me suis posĂ©e aussi la question de la boulimie en confinement. Comment j’aurais fait pour assouvir ce besoin de me remplir qui apparaissait bien trop souvent par pĂ©riodes. La rĂ©ponse a Ă©tĂ© bien claire. J’aurais Ă©tĂ© capable de ressortir, quitte Ă  avoir une amende, me mettre en danger cĂ´tĂ© virus, j’aurais Ă©tĂ© l’une de ses inconscientes qui allaient sans arrĂŞt acheter sa drogue alimentaire. Ou je me serais bourrĂ©e de trucs dĂ©gueulasses juste pour me remplir. J’ai Ă©tĂ© capable d’avaler des choses immondes, crues parce que je ne pouvais pas attendre leur cuisson. Capable aussi de mâcher n’importe quoi pour combler le vide que je pouvais ressentir en moi. 

Je n’ai aucun conseil Ă  donner si vous passez par lĂ  et que vous souffrez de tca qui ont pu s’accentuer durant le confinement et j’en suis bien triste parce que je sais que c’est une souffrance supplĂ©mentaire. J’ai Ă©tĂ© soulagĂ©e de constater que j’Ă©tais bien plus forte que tout ça, mais j’ai eu le temps malgrĂ© tout de douter de moi, de revivre ces 13 annĂ©es de cauchemar oĂą je n’avais pas de rĂ©pit. C’est se retrouver seule face Ă  soi-mĂŞme que de se retrouver en confinement. C’est difficile de mettre des mots sur ce que je ressens mais tenterai malgrĂ© tout de le faire. J’ai sans arrĂŞt un miroir en face de moi et c’est une lutte de se dire qu’on n’est pas si fragiles qu’on peut le penser. Qu’on tient debout par une force qu’on a tous en soi, parfois bien camouflĂ©e, c’est nĂ©cessaire de creuser pour aller la chercher encore plus au fond de nos entrailles, mais elle est lĂ , cette force. Je me rĂ©fugie beaucoup dans tout ce qui est mĂ©ditation, yoga, relaxation pour Ă©viter les crises d’angoisse dĂ©jĂ . Et ne faites pas la mĂŞme erreur que celle que j’ai pu faire Ă  certains moments, vous isolez. 

Si jamais l’anorexie ou la boulimie Ă©tait dans les parages, dans les mĂ©andres de votre esprit, n’oubliez jamais que vous n’ĂŞtes pas que ça. Que la maladie ne vous dĂ©finit pas. Et le confinement est peut-ĂŞtre lĂ  pour fouiner dans d’autres parties de vous-mĂŞmes aussi, pour rĂ©vĂ©ler celles que vous ĂŞtes rĂ©ellement et qui se cache derrière ces saloperies qui donnent souvent l’impression qu’on n’est plus que ça. Bien loin des modes de pensĂ©es biaisĂ©es qu’elles entraĂ®nent, il y a votre personnalitĂ© avec ce que vous aimez, ce que vous n’aimez pas, de l’amour, des passions. On ne peut rien contrĂ´ler de ce qui se passe, Ă  part faire attention, attendre, vivre au mieux le moment prĂ©sent pour ne pas anticiper le futur et ne pas ressasser le passĂ©. Les deux sont nos pires ennemis… Seul le prĂ©sent est notre alliĂ©. D’autant plus en cette pĂ©riode. Plus que jamais. 

C’est tout ce que je peux en dire. Et que je pense Ă  vous. Je n’oublie rien de ce que j’ai vĂ©cu, mais la vie me prouve depuis 1 mois et demi et me confirme que c’est derrière moi tout ça malgrĂ© mes craintes d’un temps que tout me revienne en pleine tronche. Et si tout s’est verrouillĂ© en moi de ce cĂ´tĂ© lĂ , il n’y a pas de raisons pour que ne soit pas pareil pour vous. On renaĂ®t de tout cela mĂŞme quand on n’y croit plus, qu’on est Ă  bout. Mon disque dur a Ă©tĂ© rempli de pensĂ©es plus justes et mon cerveau a finalement bien acceptĂ© cette nouvelle version de celle que je suis. 

 

Gestion du Covid

Angoisses et dĂ©pression durant le confinement

Avec la fibromyalgie, la dĂ©pression et les angoisses sont mes gros points faibles et pas des moindres durant cette pĂ©riode de confinement. J’en suis arrivĂ©e Ă  faire une liste avec ce qui m’Ă©tait recommandĂ© de faire et ce qu’il valait mieux Ă©viter. Au bout de 3 semaines il y a matière Ă  savoir ce qui nous fait du bien et ce qui nous fait plus de mal. Je ne vais sĂ»rement rien apprendre de plus mais voilĂ  ma petite liste pour tenir le coup moralement (mĂŞme si j’ai de gros coups de moins bien comme ces jours-çi, après avoir appris 3 dĂ©cès, je me sens abattue. Ma liste est une très bonne copine de confinement donc. Celle-çi est Ă©videmment personnelle, avec des activitĂ©s que j’apprĂ©cie, mais j’espère que vous pourrez vous y retrouver si comme moi ce n’est pas simple Ă  gĂ©rer en Ă©tant bloquĂ©e chez soi. Seule de surcroĂ®t. Beaucoup d’Ă©lĂ©ments ne sont pas si diffĂ©rents de ma vie habituelle en Ă©tant chez moi d’ailleurs.

Les choses Ă  faire :

* prendre soin de nos proches même à distance, parce que si eux vont bien physiquement/moralement, nous on ira bien aussi. 

* prendre soin de soi en continuant Ă  se doucher, s’habiller, s’hydrater, se chouchouter. C’est quelque chose qui peut paraĂ®tre absurde mais qui a son importance Ă  mes yeux. J’en ai lu plusieurs qui s’en moquaient de leur apparence durant le confinement « puisque personne ne nous voit pas ». Mais c’est pour soi qu’il faut le faire, pas pour les autres. En gros, certains se lavent juste parce qu’ils sont en contact d’autres gens et sinon ils zappent. Quant au pyjama, il donne un rythme Ă  la journĂ©e. Je suis contente de me dĂ©shabiller et de retrouver le mien le soir pour diffĂ©rencier la journĂ©e de la nuit.

* faire son lit, nettoyer son petit chez soi, ranger au fur et Ă  mesure ce que je dĂ©place. Après se sentir bien avec son corps dont on prend soin, c’est tout aussi important de se sentir bien chez soi et je pense qu’on aurait tendance Ă  se laisser aller Ă  mettre nos affaires partout si on multiplie les activitĂ©s. Sauf qu’Ă  un moment donnĂ© on se retrouve avec un bazar qui nous en fait perdre nos bras et on laisse tomber au moment du grand rangement de printemps. La pagaille s’accumule et on ne s’y sent pas bien. On voit nos murs 24h/24, ce n’est pas le moment de le dĂ©laisser, sinon c’est comme si on se laissait aller nous-mĂŞmes. Faire des activitĂ©s dans un endroit rangĂ© permet de prendre davantage de plaisir Ă  faire, Ă  mes yeux aussi, donc on a envie de faire davantage de choses, ce qui peut Ă©viter le fameux ennui.

* avoir des activitĂ©s. J’ai fait la liste de ce que j’aimais faire, un peu comme une boĂ®te Ă  outils que je sors quand je ne me sens pas au top. Je fouine dans ma liste pour savoir ce qui est le mieux adaptĂ© Ă  mon ressenti du moment. Cela Ă©vite de cogiter sur ce qu’on aime faire au moment oĂą l’angoisse est trop prĂ©sente et qu’elle sature les autres pensĂ©es. LĂ  c’est Ă©crit, il suffit de dire « oui », « non » en lisant la petite liste. On peut y trouver lire, Ă©crire, faire de la peinture, du dessin, cuisiner et chercher de nouvelles recettes (faire du pain aura Ă©tĂ© ma plus grande passion durant cette pĂ©riode), apprendre Ă  coudre, fouiner des infos sur ce qui me passionne, faire du tri (en vue du dĂ©mĂ©nagement il m’en reste Ă  faire), regarder un film/une sĂ©rie, faire du yoga, de la mĂ©ditation, une activitĂ© physique (oui on peut bouger en restant chez soi, j’en reparlerai dans le post en lien avec la fibromyalgie) ce qui fait du bien autant physiquement que moralement, trier des photos ce qui permet de se replonger dans des souvenirs, Ă©couter de la musique et se faire des playlists ou dĂ©couvrir de nouveaux artistes, faire du jardinage mĂŞme si c’est dans 3 petites jardinières comme les miennes, ça me fait du bien de voir mes fleurs, de toucher la terre et d’en prendre soin. Regarder des vidĂ©os sur youtube pour apprendre Ă  faire de nouvelles choses et fouiner sur pinterest pour trouver toutes sortes d’idĂ©es de DIY, quitte Ă  se dĂ©couvrir de nouvelles passions par la mĂŞme occasion. Jouer, de mon cĂ´tĂ© ça va ĂŞtre des jeux sur mon portable comme candy crush, les Ă©checs, le scrabble, mario kart.. des jeux qui permettent de fixer son attention sur autre chose et de se changer les idĂ©es. 

* continuer les projets professionnels. Il y a 1 mois et demi environ j’ai dĂ©cidĂ© de me rafraĂ®chir la mĂ©moire cĂ´tĂ© comptabilitĂ© et informatique pour augmenter mes chances de retrouver un emploi Ă  temps partiel et depuis la maison quand je serai sur Nantes. Je m’Ă©tais achetĂ©e 2 livres de compta dans lesquels je me replonge. Et je fais des exercices qu’on trouve sur diffĂ©rents sites concernant word et excel. Ma mĂ©moire et ma concentration Ă©tant ce qu’elles sont, j’en profite pour les faire travailler. J’avais fait une formation en secrĂ©tariat mĂ©dical aussi, c’est pareil je revois surtout le vocabulaire mĂ©dical. Cela me prend 2-3h par jour selon comme je suis

* un truc très bĂŞte mais qui me fait peur quand je vois et lis certaines choses. Continuer de manger normalement. Je sais que le fait d’ĂŞtre confinĂ©e risque de nous faire prendre du poids, mais diminuer ses rations pour Ă©viter de grossir peut aussi ĂŞtre source d’humeur en vrac et c’est lĂ  qu’on risque de se jeter sur tout et n’importe quoi si on ne mange pas suffisamment durant les repas, ce qui n’arrange pas le moral, de se voir grignoter Ă  longueur de temps. De mon cĂ´tĂ© je ne me vois pas me priver de nourriture maintenant. Je mange sainement, fais des choses que j’aime (j’en reparlerai dans un post oĂą je parlerai anorexie, boulimie, compulsions durant le confinement, parce que j’y ai beaucoup pensĂ© aussi. Et je dirai ce qui peut me faire peur par rapport Ă  tout que j’ai vĂ©cu par rapport Ă  ce cauchemar lĂ ).

* avoir l’impression qu’en se couchant, on a tout de mĂŞme fait quelque chose de la journĂ©e et qu’on peut se coucher satisfaite de ce qu’on a rĂ©ussi Ă  faire malgrĂ© le confinement. S’endormir enrichie de quelque chose, quelle que soit la source de cet enrichissement.

* rire… il y a des jours oĂą c’est très compliquĂ©. Mais youtube est encore mon copain pour regarder des humoristes qui vont m’aider Ă  me forcer Ă  rire un peu. 

* applaudir Ă  20h pour les soignants et toutes les personnes qui aident Ă  notre confinement d’une façon ou d’une autre. C’est gĂ©nĂ©rer de l’Ă©nergie pour nous aussi que de se retrouver au milieu de cette vague d’applaudissements pour montrer notre solidaritĂ©. 

* profiter du calme… je vis dans une route très passante avec beaucoup de klaxons Ă  longueur d’annĂ©es et je me suis aperçue Ă  quel point ce bruit quotidien et en permanence pouvait nuire Ă  mon bien-ĂŞtre aussi. J’en ai pris conscience en entendant les oiseaux qui chantent Ă  tue-tĂŞte et j’ai dĂ©couvert que les clochers sonnaient… c’est le point le plus positif que je trouve au confinement d’ailleurs. 

* la Terre respire sans nous… et c’est aussi bon de le prendre comme du positif et y penser pour voir le confinement sous un autre angle. 

* noter tous les petits bonheurs du quotidien. Les fameux petits soleils comme je les appelais sur ma page facebook il y a un temps. Ils ne prendront jamais davantage sens que dans cette pĂ©riode aussi anxiogène et perturbante qu’en ce moment. Si on est capables de les Ă©crire Ă  l’heure actuelle, le jour oĂą on retrouve le courant de notre vie, ils seront encore plus simples Ă  remarquer, ces petits bonheurs auxquels s’accrocher. 

 

Les choses à éviter

* passer trop de temps Ă  regarder les actualitĂ©s et Ă  ĂŞtre sur les rĂ©seaux sociaux. On y voit tout et n’importe quoi et c’est anxiogène surtout si comme moi l’insomnie guette chaque nuit, c’est le meilleur moment pour lire toutes sortes de trucs qui vont ĂŞtre gĂ©rĂ©s de façon encore plus compliquĂ©e dans l’obscuritĂ© et le silence de la nuit . Mais ne pas s’isoler non plus comme je suis en train de le faire au moment oĂą j’Ă©cris ce post. C’est nĂ©cessaire de trouver un Ă©quilibre.

* s’ennuyer. Je crois que c’est le pire durant le confinement. Je ne connais pas forcĂ©ment ce sentiment, j’ai peu de moments oĂą je m’ennuie, je m’estime chanceuse du coup, mais je sais que c’est le cas de beaucoup. C’est sĂ»r qu’au bout d’un moment, ce sont toujours les mĂŞmes activitĂ©s qui reviennent au cours des journĂ©es, mais elles donnent un rythme malgrĂ© tout aux jours qui passent.

* compter les jours passĂ©s et les jours restants… c’est le meilleur moment de ne pas en voir le bout. Et c’est le meilleur moment pour apprendre Ă  vivre l’instant prĂ©sent. A chaque jour suffit sa peine comme on dit. C’est une expression qui peut compter double dans de telles circonstances. Il peut y avoir beaucoup de dĂ©cès Ă  gĂ©rer d’un seul coup aussi vue l’hĂ©catombe et de la peine il y en a et il y en aura. De près ou de loin, les Ă©motions peuvent ĂŞtre dĂ©cuplĂ©es. On avance un jour après l’autre en voyant ce qui arrive au fur et Ă  mesure.

* le passĂ© peut ressurgir. Des Ă©preuves qu’on croyait ensevelies ou pire guĂ©ries, en route vers la rĂ©silience depuis longtemps, qui refont bizarrement surface. Personnellement, vus mes souvenirs, je sais que c’est liĂ© Ă  des personnes que j’ai connues et qui viennent de mourir. Tout est en lien avec la mort en tout cas et la peur que j’en ai depuis que je suis enfant. Pour m’Ă©viter de m’Ă©touffer dans la merde du passĂ© qui s’associe au prĂ©sent, j’Ă©cris ce que je sens remonter dans le but de m’en dĂ©barrasser au moins au niveau de mes pensĂ©es. Je libère mon cerveau de tout ce qui pourrait le polluer (ce qui n’empĂŞche pas que j’arrive Ă  ne plus y penser, ce serait trop simple, mais tout ce que je dĂ©couvre, arrive Ă  analyser, je prĂ©fère que ça ne tourne pas trop dans ma tĂŞte). Je conserve une trace pour pouvoir Ă©voquer ces choses qui ne sont peut-ĂŞtre pas bien colmatĂ©es et que j’aurai besoin de travailler encore quand je pourrai reprendre le suivi psy, surtout quand je rĂ©alise que ce sont des schĂ©mas qui se rĂ©pètent ou des modes de pensĂ©es inadaptĂ©s qui reviennent dans chaque relation et chaque situation et qui pourront perturber mon avenir. 

*  se culpabiliser de ne pas se sentir bien… le nombre de fois oĂą j’ai lu et entendu « vous n’avez qu’Ă  poser vos fesses sur votre canapĂ© avec netflix, c’est pas compliquĂ© ». Ce n’est pas simple pour autant parce qu’on a tous des ressentis qu’il faut gĂ©rer et on fait comme on peut. Ce genre de phrase ne se dit pas. C’est sĂ»r que mon confinement est plus simple que le combat d’une infirmière qui part affronter la mort, mais ma santĂ© mentale en prend un coup et je n’oublie pas ce que j’ai dĂ©jĂ  traversĂ© en matière de dĂ©pression avec les consĂ©quences qu’elle a pu avoir. Cela peut ĂŞtre lĂ©gitime que je m’inquiète de me retrouver coincĂ©e seule. 

Le confinement peut entraĂ®ner des dĂ©compensations psychiques, d’oĂą ce post parce que je suis toujours sur un fil et j’ai senti que je pouvais glisser Ă  nouveau dans une dĂ©pression et je dois gĂ©rer des crises d’angoisse plus fortes qu’Ă  l’accoutumĂ©e comme Ă  une certaine pĂ©riode de ma vie et je ne veux pas revivre tout ce bordel, alors je tente de prĂ©venir plutĂ´t qu’Ă  devoir Ă  guĂ©rir Ă  la sortie du confinement. Je m’aperçois qu’il a des effets destructeurs sur moi, un peu comme un dĂ©mon qui tourne en rond en disant « tu croyais t’ĂŞtre sortie de certaines choses, ben non, regarde c’est toujours lĂ , tu l’avais juste enfoui et je profite que tu sois bien face Ă  toi-mĂŞme, bien confinĂ©e pour tout te rejeter Ă  la gueule ! » Je n’avais jamais connu un tel phĂ©nomène pour ĂŞtre honnĂŞte, pourtant je pensais avoir fait le tour de mon cerveau brouillĂ© par des pensĂ©es erronĂ©es depuis des lustres, mais lĂ  il fait fort… Le but Ă©tant de ne pas faire pĂ©nĂ©trer complètement le dĂ©mon en soi… J’ai Ă©crit les grosses lignes mais je me rends compte qu’il y a des Ă©lĂ©ments Ă  dĂ©velopper, ce que j’essaierai de faire et surtout comme pour tout ce qui est Ă©crit sur mon blog, tout ce que j’ai Ă©voquĂ© me concerne. Comme d’habitude je partage ce que je ressens et les moyens que j’ai de gĂ©rer les conditions de vie actuelles.

Prenez soin de vous. Restez chez vous. Et on n’oublie pas que ce n’est pas le virus qui bouge, c’est nous. Plus on respecte le confinement, plus on contribue au dĂ©confinement progressif. De toute cette pĂ©riode, de toutes ces angoisses, il en ressortira quelque chose de positif. 

 

Gestion du Covid

Carnet de bord d’une confinĂ©e hypersensible – Jour 4 et 5

Jour 4 et 5 – Jeudi 19 et vendredi 20 mars 2020

Les jours risquent de vite se ressembler donc je rassemble un peu les journĂ©es pour ne pas avoir l’impression de me rĂ©pĂ©ter. 

Les gens ont encore du mal Ă  comprendre que le confinement n’est pas un truc inventĂ© comme un jeu. A se demander combien il faudra de dĂ©cès pour faire rĂ©agir que rester chez soi, autant qu’on peut, est le seul moyen d’endiguer le virus. Mais non postillonner deviendrait presque un sport national quand on surprend certains comportements. Je me suis transformĂ©e en mĂ©gère qui regarde dehors accoudĂ©e Ă  son balcon, on dirait que je guette ce que font les gens, mais je m’alimente juste un peu des autres et de la vie que je perçois.

Mon corps commence Ă  hurler de douleur, j’ai sorti un tapis de yoga jamais utilisĂ© en 8 ans que j’habite dans ce studio lĂ . Il aura fallu que je ne puisse plus faire travailler mes gambettes dehors pour que je le ressorte. Que j’aie envie de me mettre au yoga (pour mon corps mais aussi pour apaiser le flux mental beaucoup trop en forme pour mes deux neurones accrochĂ©s tant bien que mal Ă  mon cerveau). Etre assidue aussi au Qi Gong que j’aime tant pour mettre en mouvement mon corps en marche doucement. 

Je ne m’ennuie toujours pas, aujourd’hui, vendredi donc, j’ai fait du pain de mie (chose que je n’avais pas faite depuis des lustres pour des raisons physiques, mais lĂ  j’allais manquer de pain et je ne veux pas sortir pour une raison qui me paraĂ®t idiote s’il y a juste Ă  acheter, donc allez les biscottos, sans machine, juste mon mixer et ses fouets. Il n’a pas trop mauvaise bouille, ça va. J’espère que certains dentistes travaillent encore, si jamais je me cassais une dent dessus par contre. 

Je m’Ă©tais inscrite Ă  des MOOCS concernant la comptabilitĂ© pour me remettre un peu dedans. Au moment de l’inscription je me disais que les cours risquaient de tomber dans la pĂ©riode oĂą je serais sĂ»rement dans les cartons et comment dire… je suis très loin d’eux, donc si si j’ai le temps de bien approfondir en long, en large et en travers. Excel et Word y passent aussi pour maximiser mes chances auprès d’un potentiel employeur Ă  Nantes qui aurait envie de me donner ma chance Ă  temps partiel…  Je n’en parle pas, mais ça tient pas mal de place depuis un mois dans mon quotidien et lĂ , confinement ou pas, c’est pareil comme programme.

Vendredi Ă©tait l’anniversaire de mon chĂ©ri. Il y a eu manque encore plus grand de ne pas pouvoir sauter dans ses bras en criant « joyeux anniversaire ». On se rattrapera… 

J’ai accumulĂ© les crises d’angoisse (le dĂ©barquement de 640 croisiĂ©ristes chez nous ne m’a pas arrangĂ©e). Ils m’ont fait penser Ă  des poux dont on n’arriverait jamais Ă  se dĂ©barrasser. Les savoir Ă©parpillĂ©s dans des bus, des avions, Ă  Marseille, m’a fait paniquer… surtout en dĂ©couvrant le nombre de personnes positives. Comme une trainĂ©e de poudre je me suis sentie en danger pour la 1ère fois, dans le sens oĂą depuis le dĂ©but j’ai l’angoisse de perdre mes proches Ă  cause de ça et que je passe en dernier. Ce qui ne m’empĂŞche pas de me protĂ©ger Ă©videmment. 

Et une question existentielle pour le coup m’est venue une fois de plus, mais lĂ  un peu plus forte. A quel moment j’allais pouvoir faire 4h30 de tgv pour voir mes proches et 6h30 pour aller voir mon chĂ©ri. L’inconnu m’a collĂ© une boule au ventre. Et la pensĂ©e « je ne les reverrai peut-ĂŞtre jamais ! » m’a finie. De parler avec mes parents, mon chĂ©ri m’aura un peu apaisĂ©e. De parler d’autre chose aussi. 

Ce n’Ă©tait pas 2 jours au top. Je reconnais une fois de plus que je m’estime chanceuse, mais il y a des paramètres Ă  prendre en compte. Dire qu’il suffit d’ĂŞtre sur notre canapĂ© en train de regarder une sĂ©rie, n’est pas aussi simple. Je me suis sentie devenir folle cette après-midi, parce que j’Ă©tais submergĂ©e par un tas d’Ă©motions que je ne maĂ®trisais plus. Et puis ce n’est pas parce qu’on va se « plaindre » qu’on ne rĂ©alise pas qu’on n’est effectivement pas aux 1ères loges. De mon cĂ´tĂ© j’ai peur de sombrer dans la dĂ©pression parce que je me sais fragile. Et c’est un Ă©lĂ©ment Ă  prendre en compte Ă  mes yeux. 

Demain je ferai une liste de ce que le confinement m’a apportĂ© en une semaine, malgrĂ© tout. 

N’hĂ©sitez pas Ă  me dire en commentaire comment vous vous sentez, comment vous allez ainsi que vos proches, comment vous gĂ©rez cette situation particulière et inĂ©dite. 

 

 

Gestion du Covid

Carnet de bord d’une confinĂ©e hypersensible – Jour 3

Jour 3 – Mercredi 18 mars 2020

Eviter les rĂ©seaux sociaux peut aussi faire du bien dans ce genre de moment, parce que c’est très anxiogène. Aujourd’hui ils ont dĂ» utiliser un Airbus pour transporter des patients de ma rĂ©gion natale vers Toulon par manque de lits en rĂ©animation. A quel moment on en est venu Ă  utiliser un avion pour Ă©vacuer autant de malades en France… Ca donne une autre dimension encore Ă  la pandĂ©mie. Tous ces gens dĂ©clarĂ©s positifs. Tous ces dĂ©cès. Toutes ces personnes qui ne rĂ©alisent pas encore le sens du mot « confinement ». Je finis par fondre en larmes en ayant mon chĂ©ri au tĂ©lĂ©phone, parce que complètement angoissĂ©e. Est-ce qu’il a compris mes raisons, je n’en sais trop rien, ce n’est pas important. 

Ne pas savoir quand tout se terminera est anxiogène aussi. Une autre sorte d’attente que je vis dĂ©jĂ  depuis mi-dĂ©cembre dans notre situation, avec lui Ă  Nantes et moi ici. Je deviens tellement dingue que je me dis que la vie et le destin n’a pas envie de nous rassembler. Que c’est un signe bien triste du destin pour l’avenir… 

En parallèle, je me rends compte que je ne connais toujours pas le mot « ennui » et que me retrouver face Ă  moi ne me dĂ©range pas. Au moins quelque chose qui n’est pas anxiogène. J’ai fait le maximum pour avoir l’esprit occupĂ© cette après-midi. Merci toujours facebook et instagram oĂą je retrouve l’envie de partager davantage. Essayer d’ĂŞtre lĂ  aussi pour les personnes que j’apprĂ©cie et qui ne vont pas bien pour diffĂ©rentes raisons, qui ont appris de mauvaises nouvelles. 

Je me sens vide depuis plusieurs jours, comme si tout s’Ă©tait refermĂ© en moi. Le seul moment oĂą je ressens de la vie se propager en moi, c’est quand ma porte-fenĂŞtre, ouverte sur mon balcon et sur les autres (certains voisins des immeubles en face, semblent avoir dĂ©couvert qu’ils avaient des volets et des fenĂŞtres qu’ils pouvaient ouvrir, alors que je croyais que c’Ă©tait inhabitĂ©). C’est tellement paradoxal d’ailleurs. On se confine pour Ă©viter la mort finalement et en mĂŞme temps, les gens ouvrent en grand leurs fenĂŞtres comme si tout le monde avait besoin de se remplir de la vie des autres confinĂ©s. 

Ce soir, RV Ă  20h pour applaudir pour montrer notre soutien aux soignants et aux personnes qui sont lĂ  pour nous, qui prennent des risques. Je ne me faisais pas forcĂ©ment beaucoup d’illusions, hier soir j’Ă©tais seule sur mon balcon Ă  ne pas oser frapper dans mes mains, discrète comme je suis. Et ce soir, j’entends le couple qui habite juste Ă  cĂ´tĂ© de chez moi taper dans leurs mains, du coup je m’y suis mise aussi et d’un coup on a vu toutes des petites tĂŞtes dĂ©passĂ©es des fenĂŞtres, Ă  applaudir, chanter, crier. J’ai senti une vague de chaleur remplir mon corps et mon coeur. Une Ă©nergie disparue qui est subitement montĂ©e tout le long de mon corps et qui m’a donnĂ© les larmes aux yeux et ça m’a fait du bien. Nous Ă©tions solidaires, reliĂ©s par nos mains qui applaudissaient et j’ai Ă©tĂ© plus apaisĂ©e toute la soirĂ©e. Je me suis dit que l’ĂŞtre humain pouvait ĂŞtre surprenant… dĂ©cevoir et Ă©merveiller en quelques heures. 

A demain, 20h pour dĂ©gager le maximum d’Ă©nergie. On en a besoin. Tous. Ceux qui sont en 1ère ligne et nous. Ensemble on avance plus vite.

Et on continue Ă  appliquer le #jerestechezmoi Pour stopper l’Ă©volution de ce virus qui se balade un peu trop librement Ă  mon goĂ»t… Et on continue de respecter les consignes. Plus on le fait, plus le confinement se rĂ©duira. Chacun(e) est responsable de l’autre. 

Gestion du Covid

Carnet de bord d’une confinĂ©e hypersensible – Jour 2

Jour 2 – Mardi 17 mars 2020

Je me rĂ©veille remplie d’angoisses. Toutes les questions, craintes, pensĂ©es se bousculent au portillon de mon ciboulot. 

Mes parents, mon frère et sa tribu qui se retrouvent dans la rĂ©gion oĂą le virus a fait le plus de dĂ©gâts. J’aurais aimĂ© les mettre sous cloche pour les protĂ©ger. On ne savait pas encore quelles seraient les dĂ©cisions prises cĂ´tĂ© travail. J’ai demandĂ© du soutien sur facebook parce que je me fais peur parfois, il faut bien le dire. La crainte du dĂ©compensation psychologique se coince entre 2 neurones me fait paniquer encore davantage. Tous mes symptĂ´mes de dĂ©pression et d’anxiĂ©tĂ© gĂ©nĂ©ralisĂ©e me sont renvoyĂ©es en pleine gueule et sont remontĂ©es tellement vite que je ne sais pas comment gĂ©rer ça. Un comprimĂ© de valium pour m’aider Ă  faire descendre l’angoisse qui me ronge et j’arrive enfin Ă  m’assoupir dans l’après-midi. 

Comment ça se passe Ă  ce moment lĂ  dans ma tĂŞte d’hypersensible ? C’est faire l’Ă©ponge et prendre tout le malheur du monde sur ses Ă©paules et colmater chaque cellule du cerveau avec des angoisses qui ne m’appartiennent pas, mais que j’absorbe malgrĂ© tout. Tous ces dĂ©cès en Italie, nous confinĂ©s qui risquons d’avoir le mĂŞme avenir. Je me suis sentie prisonnière, j’ai pleurĂ© une bonne partie de la journĂ©e. Pas pour moi. Pour les autres. Ceux que j’aime. Mais aussi pour tous ces inconnus dĂ©clarĂ©s positifs. C’est s’en prendre plein la gueule une nouvelle fois. La difficultĂ© Ă©tant que les nuits sont courtes, donc pas de possibilitĂ© de rĂ©cupĂ©rer moralement et le corps, n’en parlons pas. 

Ce confinement me renvoie Ă  des sales pĂ©riodes du passĂ©. Je me suis retrouvĂ©e en dĂ©conditionnement physique au dĂ©but de la fibromyalgie. Je ne pouvais plus marcher du tout, il avait fallu des mois de rééducation. La peur de revivre ce moment commence Ă  naĂ®tre du coup je tourne en rond chez moi parce que je n’ose pas sortir mĂŞme sans personne autour de moi et malgrĂ© l’attestation de sortie qu’on doit avoir sur nous Ă  chaque sortie. Mon corps commence Ă  souffrir davantage, je ne sais pas comment le gĂ©rer lui non plus. Il faudra que je trouve des exercices pour que mes muscles ne lâchent pas dĂ©jĂ  au bout de 2 jours. 

J’ai l’habitude de passer plusieurs jours d’affilĂ©e seule chez moi, Ă  ne voir personne, Ă  ne pas pouvoir sortir parce que pas en Ă©tat. Je me suis toujours occupĂ©e, ce n’est pas le problème. Et puis il n’est pas question de vie et de mort non plus d’habitude. 

Je dĂ©couvre dans l’après-midi Ă  quel point je suis contente de voir des visages Ă  travers les stories instagram. Je vois bouger, des expressions de visages derrière mon Ă©cran et me sens d’un coup moins seule. Le #happyconfinement est lancĂ© parce qu’il faudra voir le positif de chaque jour du confinement pour nous aider. Mon pessimisme est mon pire ennemi dans l’histoire si je le trimbale jusqu’au bout du confinement, donc il faut le rompre le plus vite possible. Chose faite grâce aux amies sur facebook qui me connaissent bien et les copinettes instagram. 

Et c’est fou Ă  quel point le silence fait du bien. DĂ©jĂ  le matin, les klaxons ne sont pas au RV, les oiseaux chantent. Je prends plaisir Ă  ouvrir mes volets et ma fenĂŞtre, Ă  me remettre sous ma couette et sentir l’air frĂ´ler juste mon visage et Ă©couter le silence (oui il s’Ă©coute, mais on ne prend pas le temps de le faire parce qu’il est parasitĂ© d’habitude et surtout on ne prend pas le temps, la vie va trop vite…). La nature se rĂ©veille et prend le dessus et c’est bon. J’ai le rĂ©flexe de me dire que la planète va au moins respirer de nos confinements. Un point positif pas nĂ©gligeable. Et il ne faudra sĂ»rement voir que ça si on veut avancer : le positif.

Je dis plus haut ĂŞtre habituĂ©e Ă  l’isolement. Mais il y a toujours une sorte de culpabilitĂ© et je m’interdis de faire certaines choses, parce que je devrais ĂŞtre en train de travailler. LĂ  je me rends compte que les choses se font aussi plus spontanĂ©ment, plus librement, sans culpabilitĂ© et je rĂ©alise que finalement je suis plus productive dans la journĂ©e. Parce qu’on rĂ©invente aussi notre quotidien, dans une vie confinĂ©e mais dans laquelle on ne doit pas rester enfermĂ©e pourtant pour ne pas s’y noyer. Garder le contact, arrĂŞter de se dire que je n’apporte rien et partager celle que je suis avec ce que j’aime. On fait toutes comme on peut et c’est tout ce qu’on garde en soi. Avec des difficultĂ©s diffĂ©rentes. 

Je me dis que m’ouvrir aux autres sera peut-ĂŞtre Ă  faire davantage dans les jours Ă  venir. Mais en allant vers des personnes qui arriveront Ă  me tirer vers le positif mĂŞme en ayant des coups de mou elles-mĂŞmes. (Oui on peut ĂŞtre des personnes positives et se sentir moins bien par moyens, on appelle ce phĂ©nomène, l’humanitĂ©) Et entre tout ce que j’ai vu les jours prĂ©cĂ©dents et de ce que je vois de la vie en gĂ©nĂ©ral, j’ai perdu foi en l’humanitĂ© et je ne le souhaite pas, surtout pas dans des circonstances pareilles. On a besoin d’avancer ensemble. De faire une entitĂ©. 

 

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Carnet de bord d’une confinĂ©e hypersensible – Jour 1

Un peu de libertĂ©…

Jour 1 – Lundi 16 mars 2020

Pourquoi ai-je tenu Ă  rajouter le « hypersensible » ? Parce que cela prendra tout son sens durant tout le long du confinement, Ă©tant donnĂ© que c’est un trait de caractère qui m’est propre qui, je le sais, me desservira dans ma gestion des Ă©motions durant cette pĂ©riode. Chaque jour, j’Ă©crirai comment j’ai vĂ©cu la journĂ©e, ce que j’ai fait, ce qui a pu se passer dans ma tĂŞte, dans mon corps aussi, dans mon corps. Je sais que tout sera changĂ© après cette pandĂ©mie. Ma façon de voir les choses, des prioritĂ©s qui changeront sĂ»rement. Je l’ai ressenti dès le dĂ©but, qu’on en ressortirait tou(te)s diffĂ©rent(e)s. 

Petit retour en arrière avant le confinement officiel. J’Ă©tais malade près de 10 jours la semaine qui a prĂ©cĂ©dĂ©. Un Ă©tat grippal qui me rendait k.o et qui m’a clouĂ©e au lit. Vendredi, j’ai dĂ» faire quelques courses, frigo et placards criant famine puisque j’avais pris la dĂ©cision de ne pas prendre le risque de partir Ă  Nantes oĂą je devais rejoindre mon chĂ©ri. La peur de transporter cette merde et que mes dĂ©fenses immunitaires laborieuses n’arriveraient pas Ă  me tirer d’un tel virus si jamais je l’attrapais, donc mon billet, je l’ai annulĂ© Ă  contrecoeur, mais avec conscience de ce qui Ă©tait dĂ©jĂ  en train de se passer contrairement Ă  d’autres. Samedi matin, je suis partie marcher dans le parc Ă  cĂ´tĂ© de chez moi en faisant dĂ©jĂ  attention Ă  ne m’approcher de personne. Samedi soir, il a Ă©tĂ© dĂ©cidĂ© que les restaurants, bars fermeraient leurs portes. Encore une Ă©tape qui m’a convaincue de m’auto-confinĂ©e dès le dimanche. Pour protĂ©ger les autres et moi. 

Le jour 1 sera lundi pour moi. Ce jour oĂą par mesure de sĂ©curitĂ© et en devinant que lors de son allocution du soir, E. Macron annoncerait les conditions de confinement. Il faut dire que les inconscients du w-e en allant s’agglutiner dans les parcs n’ont pas arrangĂ© les dĂ©cisions qu’il fallait prendre en urgence. La journĂ©e a passĂ©e avec beaucoup de colère, je bouillonnais de l’intĂ©rieur, me suis retenue de dire merde et leurs 4 vĂ©ritĂ©s Ă  certaines personnes. Ma colère s’est transformĂ©e en angoisse profonde, celle qui crĂ©e une Ă©norme boule au niveau du plexus et de l’estomac et qui empĂŞche de respirer. La nuit est terrible dans ces moments lĂ . On ne peut pas dormir parce que le bouton off n’a toujours pas Ă©tĂ© créé pour stopper les pensĂ©es dans notre ciboulot et ce dernier crĂ©e des pensĂ©es qui n’ont ni queue ni tĂŞte. On en vient Ă  penser Ă  tout et n’importe quoi et Ă  ĂŞtre incapables de se raisonner et ĂŞtre objectives. Bref j’ai perdu la boule. Le lundi, il a fallu complĂ©ter mes courses pour ĂŞtre sĂ»re de ne pas devoir ressortir trop souvent. Le but Ă©tant de ne pas se balader sans arrĂŞt. On n’oublie pas que le virus contre lequel on lutte Ă  Ă©chelle mondiale ne bouge pas, c’est nous qui le bougeons. Donc stopper nos mouvements devient le seul moyen pour Ă©viter qu’il se propage.

N’allant pas très vite pour marcher, on peut dire que j’ai filĂ© droit aussi vite que je pouvais malgrĂ© tout, jusqu’au 1er petit supermarchĂ© près de chez moi. Une file d’attente Ă  l’extĂ©rieur m’attendait. Mais les gens Ă©taient responsables, on s’est tous mis Ă  distance les uns des autres automatiquement. Et on est entrĂ©s par 5 dans le magasin. A part les fruits et lĂ©gumes (promis les miens ne m’ont toujours pas attaquĂ©e, n’hĂ©sitez pas Ă  en acheter, ils vont se sentir dĂ©laissĂ©s au milieu des paquets de riz et de pâtes dĂ©valisĂ©s par 15 paquets par certains). J’y ai vu tout l’Ă©goĂŻsme qu’un ĂŞtre humain peut possĂ©der mais ce n’est pas nouveau. La nature humaine se montre sous son vrai jour dans de telles circonstances et ce n’est pas beau Ă  voir. Sans compter le fameux papier wc, volatilisĂ© des rayons. Apparemment les gens ne savaient pas que le Covid 19 n’entraĂ®nait pas de diarrhĂ©es…. ou alors ils avaient prĂ©vu le coup pour utiliser les rouleaux vides pour faire des activitĂ©s crĂ©atives avec leurs enfants. On ne saura jamais ce qui se cachait derrière le mystère du papier wc kidnappĂ©. 

C’est en rentrant chez moi que j’ai rĂ©alisĂ© dans quoi on Ă©tait embarquĂ©s… J’Ă©tais contente de ne pas ĂŞtre partie finalement parce que j’aurais eu des soucis pour revenir, mais le manque d’amour de mon chĂ©ri a Ă©tĂ© pesant pendant cette journĂ©e. 

A la fin de chaque post, j’aurai un mot pour le personnel soignant, les personnes qui travaillent dans les supermarchĂ©s et qui permettent qu’on puisse s’alimenter, les personnes qui n’ont pas pu faire de tĂ©lĂ©travail et qui sont sur leurs postes de travail. Des personnes exposĂ©es quotidiennement face au virus. #restezchezvous Ă©tant la seule façon d’aider pour ne pas propager davantage cette saloperie. Mais cette impuissance est terrible. Une pensĂ©e Ă©galement pour les personnes qui sont Ă  risque, aux personnes sdf oubliĂ©es. Et j’en oublierai sĂ»rement, mais le coeur y’est.

 

Projets des copinettes

Souvenirs d’enfance #2 – La colline

J’avais dĂ©jĂ  la fâcheuse manie de tirer la langue sur les photos…

Tous les mercredis, Julie nous propose de raconter l’un de nos souvenirs d’enfance. Je suis en retard cette semaine, mais voilĂ  ma petite participation de la semaine malgrĂ© tout.

J’ai habitĂ© en Alsace, dans le mĂŞme quartier pendant 22 ans. Il Ă©tait constituĂ© de 4 immeubles oĂą j’avais toutes mes amies. Et quand j’Ă©tais enfant, on avait la chance d’avoir une grande colline qui jouxtait la rĂ©sidence. On avait aussi de la neige encore Ă  cette Ă©poque et tous les moyens Ă©taient bons pour glisser du haut de la colline, avec tout ce qu’on pouvait trouver. J’avais pourtant une luge en bois, mais une annĂ©e, on avait trouvĂ© des bouts de polystyrène (j’aurai toujours des soucis Ă  Ă©crire ce mot dĂ©cidĂ©ment, merci google) et on descendait plus vite que nos ombres. J’Ă©tais toute rouge Ă  cause du froid et puis je courais comme une dingue, aussitĂ´t arrivĂ©e en bas, je remontais Ă  toute allure, il ne fallait pas perdre une minute de ces moments lĂ . Et au bout de plusieurs allers-retours, mon visage Ă©tait assorti Ă  ma combinaison comme vous pourrez le constater sur la photo que je mettrai. Mon père venait nous retrouver pour voir ce qu’on faisait après son travail et quand il nous a vu nous Ă©clater autant avec nos luges improvisĂ©es, il en a pris un morceau et nous a rejoint. Il Ă©tait aussi dingue que nous Ă  s’amuser et descendre la colline. Un souvenir dont il parle parfois. La colline a disparu peu de temps après pour faire des maisons mais nos souvenirs avec, Ă©tĂ© comme hiver, restent bien au chaud toujours aux mĂŞmes endroits. Le coeur et le tiroir Ă  souvenirs dans ma petite tĂŞte. 

A mercredi prochain, Ă  l’heure cette fois-çi j’espère. Prenez soin de vous. 

Projets des copinettes

Souvenirs d’enfance #1 – Les patins Ă  roulettes

Je quittais mes patins malgré tout parfois, la preuve en image !

Je reviens sur mon blog après plus de 6 mois d’absence, avec le RV du mercredi, « Souvenirs d’enfance », lancĂ© par Julie et auquel je participerai tous les mercredis (si une chose n’a pas changĂ© depuis le mois de juin, c’est bien ma mĂ©moire de poisson rouge, donc il se peut que j’oublie parfois, sinon ce ne serait plus moi). Mon enfance Ă©tant ce que j’ai de plus prĂ©cieux, c’est compliquĂ© de passer Ă  cĂ´tĂ© de cette participation qui me fera du bien par contre, donc me voilĂ .

J’avais 8-9 ans quand ma grand-mère maternelle m’a offert une paire de patins Ă  roulettes, pour Pâques. Ceux qu’on avait la chance d’avoir dans les annĂ©es 80, ceux qu’on mettait avec nos baskets et dont les roulettes Ă©taient parallèles. Je me vois encore devant sa maison, qui est celle de mes parents maintenant, en train de faire des allers-retours, jusqu’Ă  la tombĂ©e de la nuit. Je faisais un de ces bruits en dĂ©boulant comme une dingue sur la barrière mĂ©tallique. Oui parce que je rencontrais les mĂŞmes difficultĂ©s qui m’ont suivies ensuite avec des rollers : ne pas ĂŞtre douĂ©e en freinage… Donc je me laissais tomber sur la barrière, dans un vacarme qui devait plaire Ă  l’entourage, avec une telle discrĂ©tion… Il fallait m’appeler plusieurs fois pour me faire rentrer et si j’avais pu, je suis sĂ»re que j’aurais Ă©tĂ© me coucher avec mes patins. AussitĂ´t levĂ©e et habillĂ©e, je partais rouler et m’Ă©taler sur la fameuse barrière dans ce vacarme dont j’avais le secret. Un genre de « schttonnggg » qui faisait tout vibrer (ce qui expliquerait peut-ĂŞtre mes neurones un peu cahotiques, maintenant que j’y pense). Le goĂ»t de patiner ne m’a jamais quittĂ© depuis ce jour lĂ . On a une photo, oĂą on est avec mon frère, lui dans sa poussette et moi avec mes patins, jusque lĂ  rien d’anormal. Sauf qu’il y avait de la neige ! Je les aimais tellement mes patins rouges vifs que mĂŞme l’hiver je grimpais dessus. J’Ă©tais jeune et inconsciente, qu’est ce que vous voulez halala. Merci petits patins Ă  roulettes de m’avoir autant donnĂ© de plaisir, je ne vous oublierai jamais. Merci mamie pour ce cadeau prĂ©cieux et pardon de t’avoir fait peur, j’entends encore tes « mais elle va se faire mal ! Elle va tomber ! Vas pas si vite !! »Â 

A mercredi prochain ! Prenez soin de vous.Â