Gestion du Covid

Carnet de bord d’une confinée hypersensible – Jour 2

Jour 2 – Mardi 17 mars 2020

Je me réveille remplie d’angoisses. Toutes les questions, craintes, pensées se bousculent au portillon de mon ciboulot. 

Mes parents, mon frère et sa tribu qui se retrouvent dans la région où le virus a fait le plus de dégâts. J’aurais aimé les mettre sous cloche pour les protéger. On ne savait pas encore quelles seraient les décisions prises côté travail. J’ai demandé du soutien sur facebook parce que je me fais peur parfois, il faut bien le dire. La crainte du décompensation psychologique se coince entre 2 neurones me fait paniquer encore davantage. Tous mes symptômes de dépression et d’anxiété généralisée me sont renvoyées en pleine gueule et sont remontées tellement vite que je ne sais pas comment gérer ça. Un comprimé de valium pour m’aider à faire descendre l’angoisse qui me ronge et j’arrive enfin à m’assoupir dans l’après-midi. 

Comment ça se passe à ce moment là dans ma tête d’hypersensible ? C’est faire l’éponge et prendre tout le malheur du monde sur ses épaules et colmater chaque cellule du cerveau avec des angoisses qui ne m’appartiennent pas, mais que j’absorbe malgré tout. Tous ces décès en Italie, nous confinés qui risquons d’avoir le même avenir. Je me suis sentie prisonnière, j’ai pleuré une bonne partie de la journée. Pas pour moi. Pour les autres. Ceux que j’aime. Mais aussi pour tous ces inconnus déclarés positifs. C’est s’en prendre plein la gueule une nouvelle fois. La difficulté étant que les nuits sont courtes, donc pas de possibilité de récupérer moralement et le corps, n’en parlons pas. 

Ce confinement me renvoie à des sales périodes du passé. Je me suis retrouvée en déconditionnement physique au début de la fibromyalgie. Je ne pouvais plus marcher du tout, il avait fallu des mois de rééducation. La peur de revivre ce moment commence à naître du coup je tourne en rond chez moi parce que je n’ose pas sortir même sans personne autour de moi et malgré l’attestation de sortie qu’on doit avoir sur nous à chaque sortie. Mon corps commence à souffrir davantage, je ne sais pas comment le gérer lui non plus. Il faudra que je trouve des exercices pour que mes muscles ne lâchent pas déjà au bout de 2 jours. 

J’ai l’habitude de passer plusieurs jours d’affilée seule chez moi, à ne voir personne, à ne pas pouvoir sortir parce que pas en état. Je me suis toujours occupée, ce n’est pas le problème. Et puis il n’est pas question de vie et de mort non plus d’habitude. 

Je découvre dans l’après-midi à quel point je suis contente de voir des visages à travers les stories instagram. Je vois bouger, des expressions de visages derrière mon écran et me sens d’un coup moins seule. Le #happyconfinement est lancé parce qu’il faudra voir le positif de chaque jour du confinement pour nous aider. Mon pessimisme est mon pire ennemi dans l’histoire si je le trimbale jusqu’au bout du confinement, donc il faut le rompre le plus vite possible. Chose faite grâce aux amies sur facebook qui me connaissent bien et les copinettes instagram. 

Et c’est fou à quel point le silence fait du bien. Déjà le matin, les klaxons ne sont pas au RV, les oiseaux chantent. Je prends plaisir à ouvrir mes volets et ma fenêtre, à me remettre sous ma couette et sentir l’air frôler juste mon visage et écouter le silence (oui il s’écoute, mais on ne prend pas le temps de le faire parce qu’il est parasité d’habitude et surtout on ne prend pas le temps, la vie va trop vite…). La nature se réveille et prend le dessus et c’est bon. J’ai le réflexe de me dire que la planète va au moins respirer de nos confinements. Un point positif pas négligeable. Et il ne faudra sûrement voir que ça si on veut avancer : le positif.

Je dis plus haut être habituée à l’isolement. Mais il y a toujours une sorte de culpabilité et je m’interdis de faire certaines choses, parce que je devrais être en train de travailler. Là je me rends compte que les choses se font aussi plus spontanément, plus librement, sans culpabilité et je réalise que finalement je suis plus productive dans la journée. Parce qu’on réinvente aussi notre quotidien, dans une vie confinée mais dans laquelle on ne doit pas rester enfermée pourtant pour ne pas s’y noyer. Garder le contact, arrêter de se dire que je n’apporte rien et partager celle que je suis avec ce que j’aime. On fait toutes comme on peut et c’est tout ce qu’on garde en soi. Avec des difficultés différentes. 

Je me dis que m’ouvrir aux autres sera peut-être à faire davantage dans les jours à venir. Mais en allant vers des personnes qui arriveront à me tirer vers le positif même en ayant des coups de mou elles-mêmes. (Oui on peut être des personnes positives et se sentir moins bien par moyens, on appelle ce phénomène, l’humanité) Et entre tout ce que j’ai vu les jours précédents et de ce que je vois de la vie en général, j’ai perdu foi en l’humanité et je ne le souhaite pas, surtout pas dans des circonstances pareilles. On a besoin d’avancer ensemble. De faire une entité. 

 

2 réflexions au sujet de “Carnet de bord d’une confinée hypersensible – Jour 2”

  1. Bonjour Ptitedelph,
    Je t’envoie plein plein de réconfort … il me reste le jour 3 à lire mais je voulais te dire merci pour tes mots. Tu penses aux »aides à domicile » aux aide-soignants », on les oublie souvent mais ces personnes-là sont là pour aider les handicapés ou les autistes qui malheureusement avec ce confinement (qui est normal et juste) risquent de perdre leurs repères et de tomber dans un mal-être important. Aider quel joli mot
    J’espère que cette situation inédite va vite se stopper grâce aux scientifiques qui trouveront le remède,et ils le trouveront je le sais !
    Je t’envoie plein de bisous et je me dis que les réseaux sociaux ont vraiment une belle utilité en ces moments
    Cécile C

    1. J’ai oublié beaucoup de monde ce soir là en plus :/ dont les personnes des pompes funèbres… 😦 C’est carrément une perte de repères oui, c’est compliqué d’en instaurer de nouveaux aussi rapidement, voire impossible à mes yeux… je ne sais pas comment on gère cette situation là par contre. A mon niveau, je ressens que mes soucis psy peuvent remonter à toute vitesse si je ne fais pas attention. Me mettre dans ma bulle, ne plus parler du tout, être rongée par l’angoisse jusqu’à la moelle, voir le retour de la dépression… l’autre jour je me suis faite très peur, j’ai senti les effets d’une décompensation dans la nuit et ça m’a effrayée. C’était « juste » un gros coup de mou, mais je veille à ne pas m’isoler comme je suis capable de le faire bien souvent… Vive les réseaux sociaux c’est clair et vivement la fin de tout ça. La 1ère chose que je ferai c’est me jeter sur une plage et la squatter toute la journée. Gs bisous ❤

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