Des combats qui me touchent

« Pourquoi avoir choisi ce domaine »

Entre ces murs, un chirurgien aux doigts d’or, son « papa Clavert » a redonné une seconde vie à mon petit frère en passant toute la nuit sur son corps qui n’avait pas encore 24h. Et où il est retourné cette fameuse période où une adorable Gisèle prenait soin de la grande soeur et qui pense à elle pour suivre son chemin finalement.

Une question qu’on entend souvent dans les entretiens d’embauche ou quand on cherche un stage. Quand les motivations sont liées à notre vécu, c’est parfois dur de formuler la réponse sans rien n’évoquer de personnel, du coup la réponse peut paraître bien plate à mes yeux, parce que je pense à des personnes qui ont croisé mon chemin au point de vouloir le changer au moins professionnellement à un moment de ma vie où j’ai voulu la quitter. Comment expliquer ça déjà ? Que j’ai voulu mourir de trop souffrir, que je me suis ratée et qu’il a fallu continuer. Je me suis inscrite à cette formation 3 mois après ce fameux jour. Pour me reconstruire de tout. Je me vois bien répondre « les anges n’ont pas voulu de moi, alors me voilà »… 

Et rajouter que j’ai rencontré une secrétaire formidable, à 13 ans. Mon petit frère était en réanimation, je n’avais pas le droit de passer la porte, j’étais dans la salle d’attente où il y avait aussi des casiers pour que les familles et les proches des personnes hospitalisées puissent mettre leurs affaires et revêtir leur blouse verte. Mon frère partageait sa « chambre » avec un jeune accidenté de la route qui était dans le coma, sa famille, ses amis, venaient le voir, ressortaient en pleurant. J’étais là à être assez grande pour comprendre la souffrance, mais pas à pouvoir foncer dedans physiquement. La leur. La notre. Il s’est réveillé pendant que j’étais là d’ailleurs. Fabien. C’est « marrant » de se rappeler de prénoms de personnes qu’on n’a jamais vues, mais avec lesquels on partage les drames à travers les proches dans cette salle qui m’accueillait. Et puis face à moi, il y avait un petit secrétariat avec Gisèle. Une adorable secrétaire médicale. Son sourire m’a maintenue, elle venait voir régulièrement si moi-même je n’avais besoin de rien. Je ne l’ai jamais oubliée. Elle a fait partie de ces personnes qui font dire « plus tard, je veux être là pour les autres ». A l’époque je voulais être infirmière en pédiatrie. Depuis que mon frère était né, c’était comme une évidence. La vie a pris un autre tournant, mais au fond de moi je suis restée la même, à vouloir être présente pour les autres. Même si j’ai été paradoxale, parce que mon mal-être plus tard m’a donné plutôt envie de me camoufler derrière un écran, face à des chiffres, loin des gens, d’où mon choix de la comptabilité pour tout mon parcours, du coup . Et j’essaie de pallier à ce rêve perdu de la meilleure façon possible. Avec mes moyens, mes limites, mais avec moi malgré tout. 

Et puis il y a ma propre expérience de l’autre côté. Certains rv ont été des angoisses parce que j’avais été mal accueillie et que je me disais (c’est con) « et ben… si le médecin est à la hauteur de la secrétaire, me voilà mal barrée, je suis tombée dans quel service… ». On est les premières bouilles que les patients voient, souvent (bon il y a eu des secrétaires sympas avec des médecins « compliqués » -j’essaie de rester polie…-, mais quand même, ça définit parfois tout un rv). Certaines secrétaires connaissent parfois aussi les patients au point de savoir à leur voix que quelque chose ne va pas, même si ce n’est pas dit clairement. Il m’est arrivé d’appeler et que le médecin dise « la secrétaire s’est rendu compte que ça n’allait pas ». Je répondais « ah bon ?? ». « Elles vous connaissent oui ». 

Des anecdotes qui peuvent paraître futile sans doute si on est forme, mais quand on est amenées à aller souvent à droite et à gauche côté médical, c’est important. 

Ce sont peut-être bien ces pensées là qui me font tenir en stage aussi, alors que je sens mon corps s’épuise, que le moral n’est pas là vraiment et que c’est un peu compliqué de trouver sa place pour différentes raisons. Mais même s’il fallait prendre un autre chemin, personne ne m’enlèvera les raisons qui font que j’ai fait ce choix.

« Quelles sont vos motivations pour travailler dans ce domaine et pourquoi ? »

« J’essaie de vivre pour mes projets parce que je sens la vie pas bien solide en moi. Et les personnes qui m’ont donné envie d’être là font partie de mon passé dans des moments pas roses, de mon présent d’un côté du bureau, mais je veux faire partie de mon futur de l’autre côté du bureau. » Humhum… je trouverai sans doute un moyen de dire ça autrement hein, je vous rassure… 

Aucune rencontre n’est anodine. Certains visages restent même figés dans les mémoires pour se faire avancer au maximum… Des épreuves qui se transforment en projets. Parfois on a envie de cracher tout ça aux tronches qui mettent des bâtons dans les roues.

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Mes petits et grands bonheurs

J’ai une maman qui… – « 53 billets en 2015 »

C’est moi là, à 1 an et presque pas un cheveu sur le caillou ^^ et ma maman ❤
Comme c’est aussi un hommage à mon ptit frère cet article, me voilà avec lui, il devait avoir 3 mois environ et c’était la 1ère balade en forêt qu’on avait pu faire avec lui 🙂 C’est une photo qui est chez mes parents sur un meuble et ma ptite nénette la regarde souvent, elle a d mal à comprendre et réaliser, surtout, que c’est sa tatie et son papa sur cette photo évidemment lol ❤ 

Il avait 2 mois et c’est quelques heures après qu’il ait été débranché de tout ce qui lui permettait de vivre jusque là. La 1ère fois que je le voyais, que je sentais la chaleur de son ptit corps contre moi, que je lui avais donné son biberon et puis il y avait Snoopy pas très loin, une petite peluche que je lui avais achetée et elle avait été stérilisée, elle ne l’a jamais quittée, c’était ma façon d’être auprès de lui tout ce temps ❤ Cette photo est toujours dans mon portefeuille je l’avais scannée pour garder l’original intact. C’est une photo tellement remplie de sentiments…. 

 

 

 

 

 

 

 

C’est la semaine de la fête des mamans, ma santé ne m’a pas permis de remonter pour passer ce jour avec elle, ni avec mon frère qui a fêté ses 29 ans, hier. Du coup, le thème des « 53 billets 2015 » de Agoaye tombe bien, pour lui rendre hommage et parce que je sais que le 27 mai est un jour très heureux évidemment, parce que c’est le jour de mon frère, mais aussi source de traces indélébiles pour le coeur d’une maman (et celui d’un papa et d’une grande soeur) et je sais qu’on y pense tous, sans forcément le dire.

A 13h ce jour là, mon ptit frère a montré le bout de son nez, j’ai été la petite fille la plus heureuse du monde entier (si si au moins tout çà ^^), je suis partie à l’école avec mon papa qui a annoncé la bonne nouvelle aux mamans de mes copines et moi j’ai passé l’après-midi sur un petit nuage, en attendant impatiemment d’aller voir ma maman et mon ptit frère à la maternité. A la sortie de l’école, il y avait mon papa, droit comme un « i », le visage fermé, j’ai couru vers lui en lui disant « on va voir maman et Sébastien hein ?? » Et là, tout s’est effondré comme un chateau de cartes. Il m’a expliqué que je ne pouvais pas le voir, que quand il est né, il était bleu et ne respirait pas seul, mais que les médecins ne savaient pas ce qu’il avait encore à ce moment là. Après c’est flou, je me souviens juste avoir dit en pleurant « il va mourir ?? » Mon papa m’a dit qu’il ne savait pas… Mon papa a rejoint ma maman à l’hôpital et moi je suis rentrée chez nous, où il y avait ma grand-mère, qui était venue pour me garder quelques jours. Mon papa est rentré énervé, il s’était fâché avec les médecins qui faisaient traîner les choses et à minuit, il y a eu un appel téléphonique, mon frère allait être transféré en hélicoptère à Strasbourg, à 2h de chez nous, où il serait vu par un chirurgien renommé (son papa Clavert comme on l’aime l’appeler encore maintenant). Mon papa devait partir signer tous les papiers pour donner l’autorisation de le transférer et de l’opérer. Ma maman, elle, était seule dans sa chambre d’hôpital, à ruminer, à ne pas savoir où en était son bébé, à supporter les cris des autres nouveaux-nés. Je l’ai souvent imaginée, seule, dans l’obscurité en train de pleurer. Qu’est ce que j’aurais aimé être plus âgée pour l’accompagner pendant que mon père était avec mon frère. Qu’est-ce qu’elle a dû vivre pendant toutes ces heures… 

Mon frère a été opéré en urgence, une opération qui à l’époque avait peu de chances de réussir, sur un aussi petit être. Les hernies du diaphragme s’opèrent in utero maintenant, parce que les échographies sont capables de voir si le diaphragme n’est pas fermé correctement et agir en conséquence pour le consolider. Chez lui, tout était ouvert et les viscères étaient remontés dans la cage thoracique, il a fallu tout replacer, recoller chaque cm de ces minuscules artères, veines et tout ce qui permettait d’irriguer son coeur et ses poumons mal en point. Toute la nuit, il est resté dans ce ptit corps, notre papa Clavert… sans être sûr qu’il allait vivre pour autant. Il savait déjà qu’il n’avait pas réussi à sauver son poumon gauche et qu’il ne se développerait jamais, mais le reste…

Ma maman avait été recousue, on avait peur qu’elle fasse une hémorragie en la transportant, alors elle a attendue de pouvoir être avec son ptit bout de chou, le temps de bien ciactriser (une éternité dans ce genre de situation). Les semaines qui ont suivies ont été compliquées, il était toujours branché. La semaine, elle restait avec lui, dans une maison qui accueille les parents qui ont des enfants hospitalisés. Je l’ai souvent imaginé seule, le soir, dans cette chambre et la journée, au chevet de mon frère, sans savoir ce qu’il deviendrait. Je vivais son angoisse au-delà des kms, en me disant que je ne verrais jamais mon frère vivant… j’y allais le w-e avec mon papa, mais la réanimation était interdite pour les moins de 15 ans, j’étais loin du compte… alors j’attendais dans une salle d’attente et puis je profitais de ma maman comme je pouvais. Au bout de 2 mois, ils ont tenté de le débrancher, il était dans une chambre stérile, on m’avait affublée d’une grande blouse verte et j’avais été prévenue qu’on viendrait me chercher seulement s’il pouvait respirer seul. En attendant, j’avais bien compris que si on ne me disait pas de rentrer, c’est que çà n’avait pas fonctionné et qu’il fallait le laisser partir rejoindre les anges…, mes parents étaient avec les médecins et les infirmières et le respirateur s’est éteint… pour laisser la place au coeur de mon ptit frère de fonctionner seul 🙂 « Il respire seul ! Tu peux entrer ! »… ce sont les plus beaux mots que je n’ai jamais entendus… Et j’ai souvent imaginé le silence qu’il y avait dû avoir dans cet espace, le temps que la vie reprenne ses droits. L’angoisse de mes parents au milieu des fils pour avoir le bonheur de porter leur fils. 

10 mois après, il a dû retourner à l’hôpital et on attendait de savoir s’il faudrait le réopérer une seconde fois. J’étais chez une copine, c’était plus simple pour tout le monde, tous les soirs, j’avais mon papa qui m’appelait et puis ma maman, qui était près de lui et un soir, elle m’a dit en pleurant qu’il fallait le réopérer… la machine était de nouveau en train de se casser pour elle, pour mon papa, pour moi et c’était encore pire finalement, parce qu’on avait vécu avec lui pendant 8 mois, le temps qu’il rentre à la maison et là, on avait l’impression qu’il était de nouveau sur le fil entre la vie et la mort de nouveau. Je l’avais tellement aimé pendant ces 8 mois, toujours collée à lui, à avoir peur d’aller à l’école parce que j’avais peur qu’il meure pendant mon absence. Tout s’est fini enfin et on s’est retrouvés, plus soudés que jamais. 

Ma maman est donc cette femme, qui n’a jamais rien lâché de ce combat pour lui montrer son amour au quotidien, sa présence à ses côtés malgré l’épuisement durant tout ce temps. Lui insuffler sa force pour qu’il continue à tout prix de respirer. Les angoisses à gérer seule, parce qu’elle était loin de nous. 

Ma maman est aussi celle qui m’a soutenue pendant mon combat contre l’anorexie, avec mon papa et mon frère, avec l’impuissance dont elle parlait souvent, mais elle ne m’a jamais rejetée pour autant, jamais montré qu’elle m’en voulait d’être celle que j’étais, pourtant je n’étais pas toujours tendre avec elle. L’estomac vide, on devient vite agressives, même avec les personnes qu’on aime.

Ma maman est quelqu’un qui se couperait en 1000 morceaux pour faire plaisir, elle a toujours des petites attentions qui font chaud au coeur. Elle m’a envoyé 2 brins de muguet pour le 1er mai, qu’elle avait mis dans une pochette plastique, avec un joli noeud rouge pour assembler les brins. Je n’ai pas pu les jeter, même si çà fait triste à voir j’avoue lol Mais ils viennent d’elle, de sa pensée à elle et je n’ai pas envie de le jeter.

Ma maman est celle qui doute beaucoup de celle qu’elle est, à toujours se demander si elle fait bien les choses, du style à dire « tu crois que çà va lui plaire ?? »

Ma maman est celle qui s’inquiète pour tout le quartier, qui est là, même quand çà ne va pas bien fort de son côté. Elle a de l’herpès et une inflammation de l’iris dans un oeil, depuis Noël. Le traitement n’est pas simple à gérer, parce qu’il est contraignant dans la journée, elle a été aussi plus fatiguée du coup, mais quand elle m’a au téléphone, elle trouve toujours le moyen de me demander des nouvelles de quelqu’un. 

Ma maman est de celle qui ne m’a jamais dit verbalement « je t’aime ». Je le savais, mais çà ne fait pas si longtemps que çà, qu’elle me dit d’un air discret, l’air de rien aussi « je t’aime tu sais » ou quand c’est un peu plus dur et elle le sort quand elle peut, même si c’est en plein milieu d’une phrase qui n’a rien à voir, mais on dirait qu’elle profite du moment où elle se sent de le dire, pour le faire et j’ai droit au téléphone à un « je t’aime bien tu sais, j’aimerais tellement faire plus pour toi ».

Des mots qu’ont aussi mon papa, mon frère, ma belle-soeur. Je leur réponds qu’ils sont là et que c’est précieux… Ils ne savent pas que sans eux, je ne suis plus rien finalement, que c’est ce que j’ai de plus solide sur cette terre et que ce sont eux qui me tiennent réveiller quand j’ai envie de m’endormir pour toujours… 

Voilà ce que représente ma ptite maman. Du courage, de la sensibilité, de l’altruisme, de l’empathie. Parfois elle me fait grincer des dents avec certaines paroles lol ou son manque d’attention à ce que je dis ce qui a le don de m’énerver ^^. Il y a des choses que j’ai dû pardonner aussi, mais le jour où je l’ai fait, je me suis délivrée d’un poids qui inconsciemment pesait bien trop lourd sur mes ptites épaules et personne n’est parfait, même pas les parents, mêmes pas les enfants ou les frères et soeurs. 

Tu ne lis pas mon blog ptite maman (et heureusement, çà évite de savoir toute la souffrance que j’emmagasine et ne dis pas pour protéger, mais que je sors ici), mais tu le sais, je t’aime très fort et suis fière de celle que tu es. 

J’ai un peu dérapé entre mon frère et ma maman, mais l’un ne va pas sans l’autre quand il s’agit de parler de l’un des deux, je me rends compte et cette épreuve là, fait partie d’elle aussi, de ce qu’elle est, de son histoire et de la notre en général.