Des combats qui me touchent

Perte de sens, corps et âme

Entre la Terre et mon autre dimension… Source photo : pinterest

Bien trois semaines que je n’ai pas écrit ici. Dont 10 jours où je me suis volatilisée de la surface de la terre en ne parlant plus, en me rangeant dans un coin, seule dans ma tête et ailleurs finalement. Quand je réalise le nombre de jours où j’ai été autant coupée du monde et où personne ne sait si je suis toujours là et dans quel état, ça me fait mal et c’est encore autre chose à ressentir.

La douleur qui était très haute qu’il fallait gérer déjà avec les idées pas bien claires qui vont avec quand le seuil est celui de l’insupportable. Et il y a un retour de beaucoup de symptômes du trouble borderline et de la dépression qui me sont revenus en pleine tronche subitement, sans que j’aie eu le temps de ressentir grand chose. Tout s’est fait en silence pour les autres parce que personne ne savait rien mais très fort et violemment dans tous les sens du terme pour moi. Je ne me reconnaissais plus moi-même dans le miroir, les perceptions de mon corps et de mon visage qui me sont complètement différentes au point de ne plus savoir qui je suis, autant extérieurement qu’intérieurement. Mais, quand, même autour de soi devient étranger et que les dimensions sont étranges, ça aussi il faut pouvoir le gérer et ça provoque d’énormes angoisses dont je ne suis pas ressortie indemne. Et puis il y a cette fameuse réalité complètement bouleversée et à l’envers. Toutes les relations, tous les sentiments, tout le vécu, tout ce que j’ai vu et entendu avant de « disparaître », tout mouline inlassablement entre mes neurones, sauf que ça fait des noeuds et un labyrinthe. Je tourne autour sans arriver à défaire et ne trouve plus la sortie. Qu’est ce qui est vrai dans celle que je suis. Qu’est ce qui est faux. Qu’est ce qui est juste dans les mots des personnes qui me connaissent. Et si je me trompais. Où est la réalité. Pas en moi en tout cas dans ces moments là.

Et puis je quitte cette dimension disproportionnée à tous les niveaux, le brouillard devient moins épais et je brasse avec mes bras pour récupérer la surface. Je compte le nombre de jours d’absence et réalise le silence. Je ne demande jamais d’aide, déjà parce que je ne peux plus à ce stade là, c’est déjà trop tard, j’en perds de ma lucidité. Les moments où j’arrive à dire que je me sens mal sont les moments où ma tête est à la surface de l’eau mais que je sens que j’ai du mal à revenir. Comme quelqu’un qui se noie vraiment et qui agite les bras pour avoir le réflexe de dire « ouhou ça ne va pas du tout ». Mais ce coup-çi, 10 jours se sont écoulés avant que je puisse le faire et la suite n’est pas joyeuse, parce que je pense qu’il était un peu tard. Suis restée encore quelques jours entre deux eaux, c’est le cas de le dire. Et si j’étais morte durant ce temps. Si j’avais perdu ma lucidité au point de ne plus avoir cet instinct de survie qui m’habite régulièrement (souvent). Si on m’oubliait au point de ne pas savoir si je suis toujours bien en vie. L’abandon, l’oubli, le rejet, tout sur ce dont je me suis construite pour diverses raisons, sont eux aussi démultipliés et la tristesse m’envahit toujours. La question « qui je suis » qui revient inexorablement. Bref, c’est mon enfer sur lequel j’ai bien du mal à poser des mots dessus. Il rend très seule en tout cas. Ne valorise pas. N’est pas ce qu’il y a de plus « vivant ». 

Je suis un peu le mix de « Interstellar » et « Seul sur Mars » pour le coup, dans ces périodes que je ne peux pas redouter avant puisqu’elles ne sont pas ressenties. C’est juste un gouffre qui s’ouvre sous mes pieds. Par contre, le retour est tout autant rude, parce que c’est épuisant de se faire vivre et de continuer de donner un sens à ce qu’on est et qui on est. A nos yeux mais aussi aux yeux des autres. Pour le moment je me sens en carton dans tous les domaines. Amie, fille, soeur, tatie et apprentie secrétaire médicale en carton. Avec une valeur estimée à des notes inférieures à 0. A ne plus rien pouvoir apporter de bon. De tout faire sauf ce qu’il faut pour soi et pour les autres.

J’ai été mieux pendant quelques jours où j’ai pu respirer et sortir un peu et aujourd’hui, mon corps était tellement flingué par le temps que le moral n’était de nouveau plus au rv. Mais c’était lié à la douleur. J’espère du moins…

Prenez soin de vous. Ce sera toujours ma phrase de fin, parce qu’on est seuls à pouvoir vraiment le faire. Seuls en soi et face à soi. 

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Des combats qui me touchent

Quand on ne sait plus qui on est…

!!!!!!!!!! 
 
Un post que je vais essayer de rendre le plus simple, le plus « doux » possible, mais j’y évoque des choses qui peuvent être difficiles à lire et à comprendre. Dans mon entourage, seuls les plus proches le savent, pour les autres, je mens, pour ne pas être jugée. Le cerveau est un énorme cafouillis dont on ne soupçonne pas 1% de ce qui peut s’y dérouler… Maintenant que vous êtes prévenus que ce n’est pas rose, je commence ma petite histoire…
 
« Je n’ai que mon âme », Natasha St-Pier
 
« Il était une fois une jeune fille d’une 20taine d’années, qui avait des problèmes pour manger, qui se terrait dans un mutisme pas possible, parce que dans son enfance, quelque chose avait provoqué le silence en elle et ne se plaignait jamais de rien et pourtant, elle en aurait eu des choses à raconter, à hurler, mais non, elle s’est réfugiée dans la quête de la perfection du corps et l’absence de nourriture dans son corps, pour contrôler ce qui entrait en elle, mais surtout pour avoir un contrôle sur sa vie qu’elle ne gérait plus du tout. On l’a souvent hospitalisée, enfermée en milieu psy en secteur fermé pour la protéger d’elle-même. Un jour, un démon est entré en elle. Elle sentait en elle une violence qu’elle n’avait jamais ressentie, particulière, comme si elle était vraiment possédée ». Un démon qui la mettait en danger, qui faisait qu’elle était double dans sa tête. Le blanc et le noir, 2 personnes en 1. Mr Hyde et Dr Jekill. Pour venir à bout de M. Hyde, le psy du service fermé a décidé de lui donner un médicament qu’on appelle neuroleptique qui allait lui rendre son unicité dans sa tête… Une camisole chimique qui la faisait marcher comme un zombie, qui ne pensait plus, qui ne savait plus comment elle s’appelait tellement elle était abrutie. Et en plus, ce médicament lui a fait perdre le contrôle sur la nourriture, il lui a provoqué sa 1ère période de boulimie. Chose mal vécue par l’anorexique qu’elle était du haut de ses 37kgs. Elle a choisi de ne plus prendre sa camisole chimique et de reprendre le contrôle… Et là, le démon abasourdi s’est échappé, un peu comme le génie de la lampe d’Aladin… 
 
Elle se souvient de la 1ère fois. Elle a quitté la table où elle mangeait avec sa famille, elle se sentait très mal, s’est dirigée vers sa chambre, est restée dans le noir, toutes les émotions mélangées, ne sachant plus si elle était triste, en colère. Plus d’émotions en elle, ou trop, on ne sait pas trop finalement. Ne sachant plus si elle était encore dans la réalité ou dans une autre dimension. Elle ne le faisait pas exprès, son cerveau lui dictait des choses qui la rendaient folle à lier. Elle avait une telle souffrance en elle, mentale, qu’il fallait trouver un moyen de la faire échapper de sa tête. Inconsciemment, sans penser, elle s’est « exorcisée »… Une telle rage et un tel dégoût d’elle-même sont sortis… Son poing a frappé son visage d’une force qu’on ne pourra jamais imaginer. Frapper, frapper, frapper, encore encore encore…. elle murmurait tout en frappant, sans douleur, « tu n’es qu’une merde, c’est tout ce que tu mérites, tu ne vaux rien, regarde ce que tu es. Rien ! Tu es une grosse merde va ! Tu sers à rien ». Frapper encore. Toujours sur elle, jamais sur les autres évidemment. Pour se soulager de ses maux intérieurs, ceux que personne ne savaient. Toujours murée dans son silence de merde, elle a fait ce qu’elle pouvait pour s’exprimer. Puis d’un coup, elle reprend conscience. Elle revient à la réalité, apaisée, soulagée. Douloureuse physiquement. Le synthol piqué en douce dans la pharmacie pour faire disparaître les bleus. Le lendemain, elle se réveillait, l’oeil au beurre noir, enflé, le corps abasourdi de tous ces coups qu’elle lui avait foutus.
 
Elle partait régulièrement dans son monde, frappait de plus en plus fort, se coupait pour faire sortir son sang, pour faire partir ce démon de sa tête. Personne ne pouvait rentrer en contact avec elle, tant qu’elle était dans son monde à elle. Elle n’entendait rien de toute façon, les autres n’existaient pas, il y avait juste elle, et ce besoin de se soulager. Les mots ne sortant plus du tout de sa bouche, à part pour se dire des insultes. A chaque fois qu’elle revenait dans le réel, elle pleurait, rentrait dans une autre bulle, celle de l’incompréhension de ses gestes si violents. 
 
Comment expliquer son visage tuméfié à tous les endroits… Le reste du corps, personne ne pouvait se douter qu’il était tout aussi marbré de bleus, avec sa force diabolique, exacerbée. Et les coupures sur les poignets… Combien de fois, elle s’est sentie frustrée d’avoir trop chaud et de devoir découvrir ses poignets… Combien de fois, elle a menti en disant qu’elle s’était cognée…
 
Son trouble s’est accéléré, il a fallu la remettre sous camisole chimique et la garder plus longtemps, enfermée. Sa famille complètement démunie. Elle se souvient de certains mots de sa maman des années plus tard « j’ai cru qu’on t’avait fait quelque chose, que tu ne nous aimais plus » mon Dieu… la jeune fille a pleuré en disant « mais non, je vous aimais plus que tout, même si je ne sais plus le prouver comme je le voudrais, ni le montrer parce que je n’ai plus le mode d’emploi, mon cerveau marche autrement qu’avant, je ne comprends rien à tout çà, mais je ne le fais pas exprès et je vous aime… ».
 
Les années ont passées, les coups toujours aussi violents. Elle frappait si fort qu’elle s’est retrouvée plusieurs fois aux urgences, parce qu’elle s’évanouissait de frapper toujours plus fort. Elle se souvient de cette fois où un infirmier l’a retrouvé inanimée dans la salle de bain, parce qu’elle s’était trop violentée, son monde l’avait aspiré à tel point que son démon l’avait ravagé, elle gisait là, inconsciente. Le service n’était pas médicalisé, ils ont appelé les pompiers, les médecins l’ont gardé en observation toute la nuit, venant voir toutes les heures, si les constantes ne changeaient pas et vérifier si elle n’avait pas envie de vomir, parce qu’ils suspectaient un trauma crânien. La jeune fille se demandait comment elle avait pu atterrir là, à ce point… Comment elle pourrait un jour arrêter et commencer à parler avec sa bouche plutôt qu’avec ses poings et son corps…. Le lendemain, on lui avait donné un médicament qu’elle n’a pas supporté. Au moment où les ambulanciers sont arrivés pour la reconduire dans le service où elle était hospitalisée, elle a couru aux wc pour vomir. Le médecin qu’elle avait vu la veille, qui savait que c’était elle qui s’était infligé ce massacre a été appelé en urgence parce qu’ils pensaient que ce fameux trauma crânien, elle se l’était fait. Elle a eu tellement peur qu’il la juge… Elle a dit au médecin que c’était à cause du médicament qu’on lui avait donné, qu’elle ne le supportait pas… Il l’a regardé avec un air si compatissant et si malheureux qu’elle a eu envie de lui dire « allez voir les patients qui le méritent, je n’ai que ce que je mérite, c’est moi qui ai fait tout çà… moi…s ou mon autre moi plutôt… » il lui a dit « courage, faites attention à vous » en lui mettant sa main sur son épaule. Elle en a eu les larmes aux yeux de ne pas être jugée pour une fois… 
 
La jeune fille est devenue jeune femme… elle est guérie de l’anorexie, mais elle a encore son monde et sa bulle à elle, dans lesquels personne ne rentre. Le meilleur ami la voit parfois dans cet état, il lui parle, elle ne répond pas, il est là, impuissant face à sa souffrance « parle moi Delph, dis moi au moins quelque chose » elle entend à travers un épais brouillard, mais quelque part elle est déjà en train de se dire qu’il faudra qu’elle se soulage… »
 
Cette jeune femme, c’est évidemment moi. Ptite Delph… au visage si doux, si apaisé. Si douce tout court dans ce qu’elle dit et fait, on lui reconnait son empathie pour les autres, son écoute, son calme (en apparence). Au-delà de tout çà, je peux me transformer en monstre, depuis que j’ai appris à parler, les mots viennent dans tous les sens. Je ne sais toujours pas distinguer si je suis triste, malheureuse, en colère, déçue… un grand mystère… elle ne se frappe plus, parce qu’elle ne peut plus… mes poignets ont gardé des traces. Je sais l’origine de chacune des traces. Où et quand, elles ont été faites. Pourquoi est un grand mystère… Les raisons, idem… Dr Jekyll efface certaines parties de mon cerveau quand Dr Jekyll est passé par là. Je me promène entre la réalité et une autre dimension. Je suis psychotique et j’ai appris à vivre avec finalement… ce n’est pas toujours simple dans mes relations avec les autres. Parfois je ne crois pas ce qu’on me dit, le démon parle et fausse la vérité, alors j’essaie de remettre les choses en ordre, mais je n’y arrive pas, alors çà part dans tous les sens. Dans un état second, je vais vers les couteaux et coupe jusqu’à ce que j’arrive à trouver l’apaisement, jusqu’à le monde réel revienne devant mes yeux. Parfois je reste des heures inerte. Je pense que si on me voit de l’extérieur, je ressemble à quelqu’un qui est dans la lune, qui ne parle plus, qui entend ce qu’on dit mais qui ne comprend plus forcément ce qui se passe. Je suis dans ma bulle, prête à me défoncer la gueule et à m’arracher la peau des poignets pour les rendre en sang. Mais je lutte… un combat que je gagne parfois, un combat que je perds parfois
 
Depuis que j’ai la fibro, tout s’est réduit, parce que mon manque de mobilité me sauve de moi-même quelque part… Je ne serai plus jamais comme avant, çà c’est certain. J’apprends à me connaître et à ressentir les 1ers effets du monde parallèle. J’apprends à gérer autrement quand je peux. Je parle. Je crie, hurle, pleure. Cette bulle, parfois il m’arrive d’y rester des jours. Je disparais de la réalité pour tout le monde, ne réponds pas au téléphone, ne veux voir personne. J’ai des angoisses très fortes que je matérialise. Du coup, en période de grosses angoisses, je vis au milieu d’hallucinations, des personnages qui rôdent autour de moi. Visuelles seulement. Pareil, j’essaie de me raisonner, « mais non, arrête, ce sont les angoisses qui font çà, il n’y a personne, rien, c’est ton cerveau qui te joue des tours, arrête donc », mais dans la bulle, il n’y a pas de raisonnement logique qui tienne, très longtemps. J’ai de la visite comme je dis… et j’attends que çà passe… Je n’en parle à aucun de mes proches, sauf le meilleur ami. Cà ferait peur aux autres je pense. Il est le seul à savoir qu’en ce moment, je suis envahie par des hallucinations et que çà me provoque des insomnies terribles. Il m’arrive d’avoir des moments de dépersonnalisation, où je me regarde dans le miroir mais je ne me reconnais pas, on dirait que l’âme et le corps sont séparés et que ce que je vois ne correspond pas à ce qui est dans ma tête. C’est déstabilisant et affolant de se demander qui c’est qu’on voit comme reflet…
 
Je devrais prendre un neuroleptique, mais je ne le fais pas et n’accepte plus d’en prendre pour 2 raisons. La 1ère, c’est que c’est difficile tout simplement à ne pas s’endormir tout partout où on passe, parce que pour moi c’est une immense camisole chimique. Quand je le prends, on dirait qu’on m’a mise dans un coma artificiel, les yeux vides de sens, dénuée de sentiments. Une machine qui a le réflexe d’aller faire pipi, parce que le cerveau indique aux sphincters malgré tout, mais autrement, il ne reste plus rien de ce qui fait que je suis « moi ». Je sombre dans un sommeil très agité, à cause des effets secondaires qui sont nombreux. Ce genre de médicaments, je les appelle « les voleurs d’âmes ». La 2ème raison, est qu’on a abusée de moi à l’hôpital pendant que j’étais sédatée justement et qu’on a profité de cette faiblesse, du manque de contrôle que je ne possédais plus, ni la lucidité, pour faire n’importe quoi avec moi. 
 
Je suis « moi » et cette bulle fait partie de moi. Elle me fait beaucoup souffrir par périodes, je fais souffrir aussi mon entourage parce que je peux être violente verbalement et dire des choses que je ne dirais pas si j’étais dans la réalité, mais je refuse qu’on m’abasourdisse pour autant… J’ai besoin de vivre… même avec les émotions cassées ingérables. Peut-être que je me trompe et que je me sentirais mieux, assommée, mais est-ce que je serais encore moi-même… Je suis borderline ou état-limite à tendance bipolaire sans phase maniaque, je n’ai que les bas (qui eux aussi peuvent m’emmener loin…. au-delà de la vie…) et me maintiens à la « normalité » les autres moments. 
 
« Je n’ai que mon âme pour te parler de moi……. » et je me bats au quotidien surtout, pour être une jeune femme hors de sa bulle le plus souvent possible…