Carnet de bord d'une confinée hypersensible

Carnet de bord d’une confinée hypersensible – Jour 3

Jour 3 – Mercredi 18 mars 2020

Eviter les réseaux sociaux peut aussi faire du bien dans ce genre de moment, parce que c’est très anxiogène. Aujourd’hui ils ont dû utiliser un Airbus pour transporter des patients de ma région natale vers Toulon par manque de lits en réanimation. A quel moment on en est venu à utiliser un avion pour évacuer autant de malades en France… Ca donne une autre dimension encore à la pandémie. Tous ces gens déclarés positifs. Tous ces décès. Toutes ces personnes qui ne réalisent pas encore le sens du mot « confinement ». Je finis par fondre en larmes en ayant mon chéri au téléphone, parce que complètement angoissée. Est-ce qu’il a compris mes raisons, je n’en sais trop rien, ce n’est pas important. 

Ne pas savoir quand tout se terminera est anxiogène aussi. Une autre sorte d’attente que je vis déjà depuis mi-décembre dans notre situation, avec lui à Nantes et moi ici. Je deviens tellement dingue que je me dis que la vie et le destin n’a pas envie de nous rassembler. Que c’est un signe bien triste du destin pour l’avenir… 

En parallèle, je me rends compte que je ne connais toujours pas le mot « ennui » et que me retrouver face à moi ne me dérange pas. Au moins quelque chose qui n’est pas anxiogène. J’ai fait le maximum pour avoir l’esprit occupé cette après-midi. Merci toujours facebook et instagram où je retrouve l’envie de partager davantage. Essayer d’être là aussi pour les personnes que j’apprécie et qui ne vont pas bien pour différentes raisons, qui ont appris de mauvaises nouvelles. 

Je me sens vide depuis plusieurs jours, comme si tout s’était refermé en moi. Le seul moment où je ressens de la vie se propager en moi, c’est quand ma porte-fenêtre, ouverte sur mon balcon et sur les autres (certains voisins des immeubles en face, semblent avoir découvert qu’ils avaient des volets et des fenêtres qu’ils pouvaient ouvrir, alors que je croyais que c’était inhabité). C’est tellement paradoxal d’ailleurs. On se confine pour éviter la mort finalement et en même temps, les gens ouvrent en grand leurs fenêtres comme si tout le monde avait besoin de se remplir de la vie des autres confinés. 

Ce soir, RV à 20h pour applaudir pour montrer notre soutien aux soignants et aux personnes qui sont là pour nous, qui prennent des risques. Je ne me faisais pas forcément beaucoup d’illusions, hier soir j’étais seule sur mon balcon à ne pas oser frapper dans mes mains, discrète comme je suis. Et ce soir, j’entends le couple qui habite juste à côté de chez moi taper dans leurs mains, du coup je m’y suis mise aussi et d’un coup on a vu toutes des petites têtes dépassées des fenêtres, à applaudir, chanter, crier. J’ai senti une vague de chaleur remplir mon corps et mon coeur. Une énergie disparue qui est subitement montée tout le long de mon corps et qui m’a donné les larmes aux yeux et ça m’a fait du bien. Nous étions solidaires, reliés par nos mains qui applaudissaient et j’ai été plus apaisée toute la soirée. Je me suis dit que l’être humain pouvait être surprenant… décevoir et émerveiller en quelques heures. 

A demain, 20h pour dégager le maximum d’énergie. On en a besoin. Tous. Ceux qui sont en 1ère ligne et nous. Ensemble on avance plus vite.

Et on continue à appliquer le #jerestechezmoi Pour stopper l’évolution de ce virus qui se balade un peu trop librement à mon goût… Et on continue de respecter les consignes. Plus on le fait, plus le confinement se réduira. Chacun(e) est responsable de l’autre.