Des combats qui me touchent

Quand le vocabulaire fait mal.

La fameuse Une de la Provence

Je ne vais pas faire attention au mien, de vocabulaire, par contre pour une fois. Si vous êtes sensibles à la langue française et à la politesse, abstenez-vous de lire ce qui suit. Des noms d’oiseaux risquent de voler.

On ne peut pas dire que je respire la joie de vivre depuis 10 jours. Entre les douleurs à gérer, le fait que je me sois fait mal au dos par dessus m’a mise sur le carreau physiquement et moralement. Et dans ma tête, il y a une bulle qui s’est formée en même temps, j’ai senti que mes émotions et mes sentiments se cassaient la figure et que je ne pourrais pas les récupérer. Je suis incapable de dire où sont passés tous ces jours où j’ai lutté pour ne pas avaler tous mes médicaments histoire d’être débarrassée de moi en entier. Je ne tenais pas en place assise, debout c’était l’enfer et couchée c’était encore pire, alors qu’est ce qui reste… En parallèle, j’ai dû tenter de canaliser cette violence qui existe en moi, liée au trouble borderline qui a pu être très destructeur en moi déjà. Tout se mélange dans un tourbillon qui donne le vertige même quand on y est habituée, parce que chaque « crise » est malgré tout différente et ma crainte a toujours été de ne pas revenir parmi les vivants. Je vois le mal partout, ne supporte rien même pas le moindre petit bruit. Je suis plus violente dans mes propos et surtout il n’y a pas de filtre (en gros, je ne ferme pas ma gueule là où d’autres fois je la bouclerais pour ne pas faire d’esclandres). Depuis quelques années, soit j’ai la douleur et ses lourdes conséquences psychologiques et le côté dépression qui ressort davantage à m’occuper, soit j’ai le trouble qui se fait plus fort, mais peut-être que je souffre tellement mentalement que je minimise du coup le côté physique. Sauf qu’il y a parfois comme ces 10 derniers jours, les 2 de façon intense. Et ça m’embarque dans des contrées lointaines. Je n’ai parlé à personne c’est dire. Mes parents ont eu droit à des « oui… non… » et je n’ai pas répondu de suite aux 2 sms reçus. Je suis du genre à ne pas dire clairement que ça ne va plus du tout. Quand on s’en rend compte c’est que je suis déjà en train de calculer combien de comprimés pourraient bien me faire dormir pour l’éternité, en gros. 

Mon compte fb était désactivé pour que je ne sois pas tentée de me plaindre trop. Et on ne peut pas dire que je suis du genre à prendre le téléphone pour dire « hhééé ohhh je coule au secours ». Pourtant paradoxalement, j’aurais bien besoin de juste voir qu’on pense à moi malgré mon absence à travers des messages même si je ne suis pas capable d’y répondre tout de suite, je le fais quand je sens que les gros nuages noirs se dégagent et je les lis pendant ma « disparition » en m’y imprégnant. Parce que c’est sûrement des moments où je me sens vide à un point que je ne pourrai jamais dire avec des mots, tellement le gouffre est sidéral. Des instants où je peux me sentir bien seule face à toute cette souffrance accumulée dans mon corps et ma tête, mais que je tais parce que tout le monde a ses emmerdes et que la vie m’a bien fait réaliser aussi qu’être un boulet d’une façon ou d’une autre dans la vie de quelqu’un, n’était pas mon plus gros kiff… quitte à renforcer la sensation d’isolement, ce qui est encore plus mauvais, parce que je ne parle plus du coup. Et autant dire que pour parler positivisme ou chose gaie, il faudra repasser parce que je n’arrive plus pour l’instant, parce que je suis éreintée de tout et que la seule chose que je tente de faire, n’est même pas de vivre, mais juste survivre. Me lever le matin, me coucher le soir, en priant pour tenir le coup et ne pas faire ce que beaucoup jugent d’égoïste. C’est dire l’ambition qui m’habite. Mais je sens que ça se décante, que le gouffre est moins grand sous mes pieds. Sans savoir pourquoi je suis tombée au milieu des flots qui ressemblaient à une tornade que je ne maîtrisais plus et comment tout s’éclaire de nouveau. Je ne l’ai jamais su de toute façon. Je crois que j’essaie de faire du mieux que je peux quand ça arrive. L’endroit où je m’étais fait mal commence à aller mieux aussi et je pense que ça m’a aidée également.

Bref, mon compte fb est réactivé pour essayer de me réintégrer de nouveau dans la vie et surtout MA vie. Au milieu du fil d’actualités, j’ai ces pages qui me permettent de rester connectées comme on dit maintenant. Et je suis tombée sur la Une de la Provence et j’en ai perdu le peu de calme que je possédais. « Comment la société les gère… les barjots, les schizos et les autres… »

Déjà, si on veut parler d’une pathologie dans un tel journal, on l’écrit en entier. Sauf si on ne sait pas si c’est un F ou PH peut-être, qui suit le O ? Vu le vocabulaire de cette superbe Une, on peut se poser la question. Qui est ce co**ard qui a pondu ça ? Qui peut se permettre de parler de cette façon d’un sujet aussi grave ? C’est à cause de ce genre de propos qu’on est sans arrêt mis dans des cases de déglingués, de fous, de dingues. Il est bien difficile de définir ce qu’est une maladie mentale et les degrés de gravité pour la personne ou pour son entourage. C’est lourd et blessant et ça renforce l’isolement dont je parle plus haut, parce que toutes ces choses psys qui peuvent pourrir une vie sont tellement mal vues et mal connues par la société et pire par les médias, parce qu’il ne peut pas en être autrement pour se taper un titre pareil. Ou alors on oublie trop facilement qu’on peut vite tomber dans un engrenage infernal au milieu des neurones qui ne sont plus bien connectés pour plein de raisons et que personne n’est à l’abri de dégringoler. 

J’ai compté tous ces mois passés en psychiatrie, dans des services pas toujours faciles dont certains fermés où on entend sans arrêt des clés qui ferment et ouvrent le service. Je n’ai pas oublié les personnes que j’y ai rencontrées. Les cas plus légers comme les plus graves. Grave au point que les infirmières ne pouvaient plus accéder à la chambre d’isolement capitonné parce que le patient était costaud, qu’il était en crise et qu’elles risquaient de se faire assommer. On était dans une salle à part pour ne pas être au milieu, on entendait D. hurler, frapper et toutes les équipes réunies pour le maintenir pour lui faire une pîqure qui d’un coup a rendu tout silencieux autour de nous, sauf dans nos esprits et nos coeurs en vrac de savoir qu’on pouvait être mal à ce point sans en avoir conscience. Quelques jours après, le patient revenait avec nous manger, regarder la télé commune. Il était malade… 

Je n’ai pas oublié cette chambre qui conservait bien en sécurité (pour elle comme pour nous) une patiente qui avait des pulsions de meurtre et qui ressortait pareil quelques jours après, aussi douce que je l’avais connue. Elle était malade…

Et évidemment, j’ai encore moins oublié ceux avec lesquels j’ai tissé des liens forts. Avec toutes les maladies que peut comporter la psychiatrie. Ces mêmes maladies qui les ont tués parce qu’elles étaient trop lourdes à porter. Ils sont morts et j’ai perdu des amis chers. L’un d’entre eux, ça a fait 12 ans fin août et il est toujours avec moi. Il était malade…

Ils et elles étaient malades. Et à l’heure actuelle, je m’aperçois qu’on ne fait plus la différence entre ceux qui se font passer pour des malades pour commettre des actes barbares et ceux qui le font pour espérer se tirer plus facilement de la prison et passer pour « fou » comme on dit maintenant. Ce que je ne tolère pas, ce n’est pas pour autant que je me permettrais un titre de merde de ce type. Par respect pour ceux qui sont réellement en détresse un peu plus chaque jour dans leur coin parce qu’à force de voir ces genres de titres et de propos, je me dis que personnellement, de moins en moins de personnes sauront ce qui se passe, à ma petite échelle. Je suppose que j’ai voulu toujours expliquer pour qu’on ne pense pas que ce soit mon caractère, mais quelque chose qui venait le troubler qui pouvait faire comprendre pourquoi mes réactions étaient celles qu’elles étaient parfois, sauf que les médias n’aident pas à modifier le regard des maladies psys de toutes sortes et que ça se véhicule dans la société comme une traînée de poudre. Et il faut reconnaître que plus j’en ai parlé autour de moi, plus ça m’est retombé sur la tronche, il faut dire.

Je n’ai pas oublié cet imbécile qui était face à moi lors d’un repas de Noël et qui en plein milieu d’une conversation a dit que les personnes qui étaient dans ces services psys devraient se faire exterminer. Sauf que je venais de sortir de 3 mois d’hospitalisation, que ma sensibilité était au maximum parce que je ne suis jamais ressortie indemne de tout ça, d’autant plus de voir justement toute cette souffrance mentale autour de moi que la mienne que je considérais comme moindre par rapport à certain(e)s. Et puis le suicide avait déjà fait des dégâts, je n’étais pas en mesure d’entendre ça et qu’il l’a su…

J’imagine, cher journal La Provence, qu’avec vos titres de merde et aussi c**s que ceux ou celles qui les dégottent, nous aurons de plus en plus de propos de ce style ? Merci du fond du coeur alors… enfin en réalité en bonne barjot que je suis moi-même à mes heures perdues et à mon niveau, je vous emmerde (en général, je m’adresse de la même façon que je me sens touchée par quelque chose. Avec le plus grand des respects, là en l’occurence -c’est ironique- évidemment… ) Valable pour ce journal, tous comme les 3/4 de leurs cons-frères journalistes du même style. Si jamais c’était un concours à celui qui souhaite provoquer le plus d’esclandres au niveau titres des articles, vous vous situez bien dans le top 3 depuis plusieurs semaines.

Des combats qui me touchent

Les coulisses d’un service de psychiatrie

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Je mets mes fameux !!! pour montrer qu’âme sensible s’abstenir Je vais parler positivement des personnes qu’on rencontre dans ce genre de service (le mot « psychiatrie » donne des frissons à beaucoup et si on rajoute le mot « service » devant, on perd du monde… et mon combat a souvent été de dénoncer certaines pratiques ou réalités, dans ces établissements mais c’est important d’évoquer aussi l’envers du décor, plus positif, autant qu’il peut l’être, vues les circonstances, on va dire). Mais j’aborde aussi quelque chose en rapport avec moi qui n’est pas forcément gai d’où les !!! malgré tout, du coup. Je ne me censure plus depuis longtemps mais préfère toujours prévenir…

* Ce couloir là est le 1er que j’ai traversé pendant plusieurs mois entre 2004 et 2006. Une clinique psy. Où il m’est arrivé ce qu’on sait si on me suit depuis un moment…

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* Puis à partir de 2006, c’est par là que j’ai aussi passé de nombreux mois. Un jour, j’ai pris tous mes bulletins d’hospitalisation, pour compter le nombre de mois que j’avais passé dans ces 2 endroits réunis. 27 mois sur 5 années environ. Pour moi une éternité… Au fond, les murs bétonnés sont en fait les couleurs qui mènent aux services comme des sortes de souterrains. On dirait une taupinière. Un service plus dur, je n’ai jamais su pourquoi, parce que j’y ai vu autant de souffrances. Des cas plus lourds, plus dangereux aussi, peut-être, je ne sais pas. Il y a une unité spéciale pour malades dangereux et j’avoue que même en la sachant fermée et protégée, certains patients sortent de ce service là quand ils ne sont plus en crise et du coup, ils sont mélangés avec nous, dans les unités « ouvertes ». Il y a peut-être plus d’angoisse aussi du coup… C’est là que je vais tous les 15 jours pour une consultation psy et je dépends de l’unité qui traite les psychoses débutantes. 

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C’est le genre d’endroits qui marque. Chez moi c’est gravé au fer rouge, parce que j’ai perdu du monde dans ces combats, mais j’ai aussi rencontré des personnes que je n’ai jamais oubliées et on y vit tout plus intensément aussi bizarrement. La souffrance évidemment mais les moments où on arrive à dépasser la maladie et à se retrouver nous-mêmes, en tant qu’individu. Comme dit, quelque soit le degré de gravité et la maladie dont on souffre, on reste des êtres humains avant tout.

– T. une jeune ado qui venait toujours près de moi, elle était en recherche d’affection et me voyait un peu comme la grande soeur à qui on pouvait se confier. Elle venait se jeter dans mes bras ou posait sa ptite tête contre moi quand j’étais installée dans la salle commune sur un fauteuil le soir quand on s’y retrouvait tous. Elle a fait tourner les médecins en bourrique lol un jour, on l’a cherchée partout pensant qu’elle avait fuguée et en fait elle était restée dans son placard et est réapparue comme une fleur le soir. Et puis un jour, elle est venue dans ma chambre en me demandant si je ne trouvais pas qu’elle avait pris du ventre. Je lui ai répondu que oui, un peu, mais c’est parfois l’effet des neuroleptiques. Je la voyais dormir plus souvent, son ventre s’arrondir un peu trop. Puis je ne l’ai pas vue pendant plusieurs jours, quand elle est revenue, elle a repris ses habitudes près de moi et pendant qu’on mangeait, elle s’est confiée à moi (j’étais toujours la dernière à table à cette époque mouais), m’a dit qu’on l’avait forcée à perdre son bébé… Son ventre arrondi n’était pas dû aux neuroleptiques, elle avait été violée et à 16 ans s’apprêtait à être maman… Les soignants la voyant toujours collée à moi ont jugé que ce n’était pas bon qu’elle s’attache de trop à moi, parce que le jour où elle partirait ou que moi je quitterais le service, elle risquait d’aller plus mal. Elle me regardait de loin les larmes aux yeux, tenant sa distance. De mon côté, je n’ai jamais regretté de lui avoir donné ce que j’avais pu. Il y a 1 an, j’ai eu un sms d’elle, 3 ans après elle ne m’avait pas oubliée et çà m’a touchée. D’autant plus quand elle m’a dit qu’elle avait rencontré quelqu’un, qu’elle était heureuse et qu’elle était maman 🙂 Puis elle m’a envoyé des photos de son ptit bout de chou qui avait 1 an. 

– Les personnes qu’on y trouve sont souvent démunies autant affectivement que financièrement et du coup, le moindre geste prend une ampleur qu’on ne rencontre pas forcément à l’extérieur. Quand je vois les gens mécontents de ce qu’ils ont pu avoir comme cadeau, je me souviens au plaisir que j’ai eu d’offrir un carnet de dessin, 1 crayon de papier, 1 gomme et 1 taille crayon, à D. un patient sdf. « Tout çà pour moi ??? » avec un grand sourire édenté. Il était heureux… 

– Il y a ces liens qu’on tisse parce qu’on se comprend, parce qu’on est aussi 24h/24 ensemble. Ces soirées où on se rassemblait tous. J’entends souvent le rire de B. qui riait en lisant « Ensemble c’est tout », je n’ai jamais oublié l’affection portée aux personnes qui en avaient besoin, me moquant bien si je faisais mal ou bien. Certains sont morts à l’heure actuelle, je regrette encore moins de ne pas avoir fait attention. C’est là aussi que j’ai rencontré J-F qui m’a aidée à emménager dans mon 1er appart, le seul ami que j’avais quand je suis arrivée à Marseille pour emménager ce coup-çi et non pas pour être hospitalisée. On allait rendre visite à M-P qui avait été transférée à la timone pour faire des électrochocs (qui l’ont sortie de sa mélancolie). On pleurait, on riait, toutes les émotions étaient mélangées. C’était mon ancienne compagne de chambre à l’époque de la clinique, elle me voyait laver mon linge à la main (je n’avais aucune famille ici et ne connaissais personne à Marseille, du coup, je lavais mes jeans, mes pulls dans la douche), quand elle pleurait et que j’allais m’installer près d’elle pour lui parler, elle me disait « tu sens toujours bon, tu prends soin de toi, tu changes d’habits souvent, alors que tu laves tout à la main, tu es toute jolie toujours » Je lui ai expliqué que c’était important de garder çà, même si c’était parfois dur. Elle a été prendre une douche, se changer, des gestes qui pour elle, dans son état, étaient compliqués. Et quand elle est ressortie, elle avait un grand sourire en me disant « tu as raison, çà fait du bien ». J’étais heureuse de cette mini victoire pour elle.

Je me suis jurée que la dépression ne m’emmènerait jamais aussi bas. Moi j’étais là pour anorexie, la dépression était là mais pas au point de maintenant. Ces derniers temps j’y pense beaucoup à elle, quand le matin, je n’arrive pas à me lever, que je me force à me préparer mais que çà demande un effort qu’on ne soupçonne pas si on n’a jamais connu cet état. Me doucher parfois est pareil, une corvée, mais je tiens ma promesse, je ne laisse pas mon corps à la dépression, même si çà me coûte cher… surtout qu’il y a aussi les douleurs qui empêchent certains mouvements.

– j’y ai rencontrée quelqu’un qui m’a beaucoup aidée côté soignant. Il m’a appris à parler, à retrouver ma féminité par des exercices qui remuaient mais que je ne regrettai jamais d’avoir faits. Je n’oublierai jamais ses mots non plus qui m’ont aidée à aller de l’avant. Je n’avais jamais pleuré devant personne à 27 ans. J’aurais pu être gênée vis à vis de lui, il avait à peine 2 ans de plus que moi et son regard était tellement expressif que je savais ce qu’il pensait. Un jour, il m’a demandé comment je gérais les séances et comment je me sentais après. En rigolant, je lui ai dit que souvent je rasais les murs pour remonter dans ma chambre dès la sortie de la salle d’ergothérapie parce que c’était beaucoup d’émotions à gérer et que souvent j’évacuais sans avoir le temps d’être dans ma chambre. Mais je ne voulais que personne ne voie mes larmes, d’où le rasage de murs. En sortant de la salle, j’étais en vrac comme d’habitude, il a eu le malheur de m’appeler… j’étais en pleurs, je lui en ai voulu sur le moment, parce que je venais de lui dire que je ne supportais pas qu’on me voie comme çà, il n’avait rien compris…. ! Si… Je me retourne donc… pitoyable avec mes yeux rouges, mon nez de la même couleur… « A demain Delphine, 14h… », avec un sourire, l’air de dire « ce n’est pas grave, vous avez le droit de pleurer devant moi » (rien que de me rappeler de çà j’ai les larmes aux yeux, on vient de me perdre…). Je le voyais tous les jours, il m’avait dit que c’était la 1ère fois qu’il travaillait autant avec une patiente, du coup c’était pas compliqué de savoir les jours et les heures, c’était la peine de me rappeler pour çà, le vilain. Et effectivement, les fois suivantes, j’ouvrais les vannes, assise par terre avec lui, il avait ouvert une porte ce jour là… il attendait que çà passe en me donnant le droit de me laisser aller, à mes côtés. Je ne me suis jamais sentie seule un instant avec lui en tant que soignant, contrairement à beaucoup d’autres. Il m’a appris à mettre des mots sur ma souffrance, il a su me montrer qui j’étais. 

– il y a eu F. qui a beaucoup compté, le confident, le double au masculin. Il était capitaine dans l’armée de terre, avait fait une dépression et une ts. Avec lui, j’ai appris le dépassement de soi. « Le mental permet beaucoup de choses » et il m’a aidée à m’en convaincre et m’a convaincue… du haut de mes 37kgs de l’époque, aucun appareil de la salle de kiné n’a été épargnée, je fixais les collines que j’avais en face de moi et je pensais à ses mots « pense à ton mental, il est capable de prendre le pas sur le corps » Il a cru en moi aussi. Il m’a montré des exercices de Qi Qong, lui qui était adepte. On passait nos journées ensemble, le soir j’avais une perfusion d’un anxiolytique, il restait à mes côtés le temps qu’elle coule. C’était là en général qu’il me parlait de lui, qu’il se confiait. Il est sorti au bout de 3 semaines, chaque w-e pendant mes permissions de sortie, il venait me chercher malgré la fatigue de sa semaine, il faisait 2h30 de route aller/retour pour que je passe le dimanche avec lui et sa ptite famille. Pareil, je ne les ai jamais oubliés, ils font partie de mon combat et ont contribué à ce que je me tire de mon enfer. 

Mon post part dans tous les sens, j’en suis désolée :/ Ils m’ont mis de la vie en moi tous ces petits anges rencontrés au détour de couloirs d’hôpitaux. Et mieux, ils m’ont prouvé que je pouvais en mettre en eux aussi. 

Pourquoi je raconte çà, pourquoi j’y pense un peu plus en ce moment… Je ris sous vos articles, je parle, je me rends vivante au maximum pour qu’on ne voit pas ce côté obscur sans arrêt chez moi, mais au fond de moi, je me sens complètement éteinte et vide. C’est une galère pour me faire sortir, prendre soin de moi. J’ai renoncé à tous les traitements pour la fibro parce que je n’ai plus espoir. Cà fait 3 mois environ que je suis retombée dans une dépression avec idées plus que noires. Mon absence il y a 3 semaines, quand j’avais programmé mes articles, était due à une surdose de médicaments, elle était programmée tout autant que mes articles, mais je ne voulais pas faire la même erreur qu’il y a 1 an et demi, quand sous le coup des médicaments justement, j’avais mis un message d’adieu par ici. Cà m’a valu de dormir discrètement pendant 2 jours et de revenir lentement. Je ne sais malheureusement pas mentir, j’ai voulu le cacher, mais je ne peux pas, parce que c’est trop lourd à porter. Deux amis le savent mais on n’en parle pas et ma famille ne sait pas. Mes parents entendent au téléphone les soirs où je ne peux pas masquer les choses et où je n’ai pas forcément envie de parler non plus que je ne suis pas au top de ma forme, mais j’ai voulu les protéger encore. 

La souffrance physique et psychologique… je ne le vois pas comme une ts, je crois que j’avais juste besoin de me mettre un peu en veille… oublier mon cerveau qui n’arrête jamais de fonctionner quoique je fasse. Il ne tait aucune pensée et je m’épuise… le corps lui souffre du froid et de l’humidité, il a à peine le temps de se remettre qu’il fait de nouveau mauvais et çà recommence inlassablement… et au delà de çà, il y a ce sentiment de solitude qu’on peut ressentir parfois en soi, ce vide intérieur comme je l’ai parfois appelé dans d’autres posts. 

Je pense à ma famille, c’est la seule chose qui me permet d’avoir encore un repère, un moyen de garder les pieds sur terre, dans tous les sens du terme… même quand parfois j’ai la main trop lourde sur certains médicaments… Je les aime plus que tout au monde… mais en parallèle j’ai cette souffrance qui ne s’éteint jamais elle, contrairement à moi qui ne peut plus vraiment m’allumer de l’intérieur depuis un moment. J’ai souvent dit que derrière un écran, on ne pouvait pas savoir comment était la personne… 

Je vais m’arrêter là, j’ai mon corps qui tiraille dans tous les sens, il n’a pas apprécié le temps passé à raconter tout çà malheureusement. Prenez soin de vous, je me dis de plus en plus que tout est en nous, qu’on a la clé quelque part et qu’on est seuls face à soi-même. Pour combler ce vide qui bousille tout… Pour aimer la vie à temps complet et pas vouloir la quitter tous les 36 du mois ou parfois l’éviter un temps au moins…