Des combats qui me touchent

Je mens et j’assume…

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Parfois on le fait pour se protéger un peu. Ne pas dire le fond de notre pensée pour se préserver du regard qu’on nous portera. La majorité de mes mensonges sont relatifs à la question que beaucoup posent par politesse, sans vraiment se soucier de la réponse. Comme une bonne action. Si on décortiquait la conversation qui pourrait en découler, on pourrait avoir « j’ai demandé à une telle si elle allait bien » « ah et qu’est ce qu’elle a répondu, comment elle va ? » « ah ben j’en sais rien, je n’ai pas entendu (ni attendu) la réponse, c’est pas important si ?? l’essentiel est que je lui ai posé la question, j’ai été poli non ?? » Mouais…

Machinalement, en sachant que la majorité des gens s’en tape de savoir le fond de la vérité, je réponds « çà va » avec un grand sourire. Beaucoup s’en contentent, ils n’écoutent même pas et passent à autre chose. Dire que çà ne va pas dérange, installe une gêne entre les deux personnes et je préfère épargner. La personne est débarrassée et de mon côté, je me range dans un coin en me disant que purée, on est toujours bien seule dans ce monde quand même. En train de chercher la main qui me donnera le droit de craquer en disant que ben non, çà ne va pas si fort que çà. 

Parfois je me fais prendre aussi. A force de répondre systématiquement ces mots, rares sont ceux qui vont creuser. Un infirmier l’a fait. Il était de nuit. Adorable, avec un superbe accent d’un pays de l’Est, il m’a demandé comment je me sentais, en regardant ma tension, ma T° et la position du cathéter pour voir s’il restait bien en place. Il a demandé à combien je jugeais la douleur. 9 (c’était le 1er soir, c’était logique) et c’est là qu’il est revenu sur ma réponse type. « Mais pourquoi vous êtes là si çà va ? » avec un rire qui voulait dire qu’il me taquinait et que j’avais surtout le droit de lui dire, à lui, que non, je n’allais pas bien du tout. Il a dû me donner le droit de le faire pour que les soirs suivants, je puisse lui parler des difficultés de la journée. Entendre « si vous avez quoique se soit dans la nuit, n’hésitez pas à sonner ». Mieux m’installer dans mon lit pour essayer de calmer certaines douleurs. Ce côté humain, cette volonté réelle de savoir comment vont les personnes qui sont dans ces lits durant une semaine et qui reviendront pour les mêmes raisons. Ne pas être un n° de chambre, un n° de dossier. « ah oui la 508 nous a dit qu’elle avait eu mal cette nuit, on a surveillé la tension parce qu’elle atteignait les 16 ». Mais ils ne savent rien de moi au final. Qui je suis, les médicaments que je prends, pour quelle raison. Ils n’ont pas mon histoire installée dans un coin de logiciel. 

A 1h de partir vendredi, j’ai vu le médecin une dernière fois avant de partir, elle regardait mes mains devenir bleues foncées, mes pieds pareils. Elle me dit qu’elle va appeler le cardiologue pour voir si on peut me passer encore un écho doppler des vaisseaux. Il lui a répondu qu’ils ne faisaient plus cet examen. Par contre, il m’a prescrit un vasodilatateur, sans me voir, sans savoir mes antécédents, sans savoir à quoi je ressemblais, sans auscultation, sans ECG où il aurait vu que je fais de l’arythmie et que je suis tachycarde à mes heures perdues. J’ai trouvé çà moyen… mais j’ai dit « çà va ». 

Comme je l’ai fait toute la semaine et çà m’a épuisée moralement… Je ne voulais pas être rabat joie dans les ateliers qu’on nous proposait et puis on est toutes sur le même bateau à souffrir, alors à quoi bon le dire, il vaut mieux essayer de penser à ce qu’on est en train de faire pour détourner l’esprit. Rire, parler, sourire. Et aussitôt entrer dans ma chambre, me sentir me décomposer, éclater en sanglots de ce vide en moi, de cette solitude que je ressens au fond de moi. 

J’en suis ressortie menteuse, pour avoir la paix, pour qu’on n’ait pas une image négative de moi, pour protéger les personnes qui comme moi, font éponge des vécus de chacun, alors je me suis arrangée pour dire le plus soft aux médecins pour avoir la paix finalement. Je suis partie en les laissant tous penser que çà allait mieux, alors que mon moral est en train de tomber en chute libre depuis mon retour (d’où mon absence d’ailleurs), parce que j’ai mis trop d’espoir en la kétamine et que je m’aperçois que je me ratatine encore une fois et que je manque d’énergie pour me relever et faire digérer le produit qui normalement est encore actif en moi. Mais çà va… C’est plus simple d’abréger. Qu’est ce qu’on peut y faire de toute façon. 

Je mens donc à cette fameuse formule de politesse toute faite, mais j’assume mes mensonges à répétition. Quand je la pose moi-même cette question, c’est que la réponse m’intéresse réellement, par contre, sinon je ne dis rien. Elle ne sortira jamais de ma bouche, dans le seul but d’être polie et de m’en contre fiche au point de rendre la personne en face de moi, encore plus seule face à elle-même, si jamais ce n’était pas le cas et qu’elle n’aille pas bien. 

Je n’arrive plus à suivre les être humains, tout me paraît trop compliqué, je ne comprends plus leur logique, leur façon d’être et de faire et la remise en questions est immense ces derniers temps. J’ai sans arrêt envie de crier que je ne suis pas un pantin, qu’on ne devrait pas jouer autant avec mon amitié, parce que je suis sur le point de la reprendre à beaucoup. Elle est précieuse à la hauteur du temps que je mets à accorder ma confiance… Et si je constate qu’on fait n’importe quoi avec moi, c’est le meilleur moyen de me perdre. Mais on s’en contrefiche tout autant que la question à laquelle je ne réponds plus du tout depuis mon retour « çà va ? » Avant de répondre, je suis capable d’écrire « tu veux la vraie version ou la version édulcorée ?? »

Je vous laisse, j’avais besoin de cracher certaines choses, mais c’est autant en vrac que mes articulations et mes muscles. Accrochez vous aux personnes qui s’en préoccupent vraiment de tout çà. Qui lisent derrière vos sourires. Qui voient vos yeux briller. Qui ressentent votre voix tremblotante. Ce sont des personnes qui ont vraiment envie de savoir comment vous allez derrière l’image de façade. Et du côté médical, attachez davantage d’importance aux personnes qui savent votre nom, plutôt que votre n° de chambre. Qui voient vos difficultés sans que vous soyez obligée d’en parler pour la Xième fois.

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2 commentaires sur “Je mens et j’assume…

  1. parfois aussi quand tu dis aux gens que tu vas mal, ils ne t’écoutent pas et en profitent pour dire aussi qu’ils ne vont pas bien, et quand tu écoutes leurs problèmes, c’est soit tout ou rien : les gens qui se noient dans un verre d’eau, soit ceux qui ont de réels problèmes et là, tu te sens encore plus mal… moi aussi je mens, j’ai appris à mes dépends que personne n’écoute quand on pose cette question 😦 Bisous delph’

    1. j’aime autant quand on me dit la vérité parce que je le prends comme une marque de confiance, jamais sûre de pouvoir aider, mais au moins apporter cette écoute qui peut manquer autre part. Certains en profitent du coup et trouvent bizarre le jour où je ne suis plus là pour diverses raisons (en général il m’en faut une dose ou qu’on m’a prise pour la bonne poire de service quand même) Il est dur ce « çà va »… et il rend souvent seule quand il y a un silence qui le suit. Le réflexe est de vouloir dire « ben pourquoi tu demandes si tu t’en fous ?? »
      Bisous ma belle et prends soin de toi ❤

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