Des combats qui me touchent

Vouloir faire comme avant…

Palais de la glisse, Marseille

Il y a 5 ans, j’ai eu les premières perfusions de kétamine. J’étais tombée avec des patientes avec lesquelles je parlais et riais, au bout de 3 jours à porter la fameuse petite pompe, mon corps commençait à s’endormir doucement et je profitais de ce soulagement qu’elle me procurait (j’étais descendue à 3 de douleur à la fin de la semaine, alors que j’étais au maximum au début de l’hospitalisation, c’est dire…) Je me demande si j’ai été aussi bien depuis ces 5 dernières années d’ailleurs. Il y avait une paix en moi, une sérénité que je ne connaissais plus et c’était bon à un point… et en bonne drogue qu’elle est, on rit aussi plus facilement et quand on rit, elle fait encore plus d’effet, on sent qu’elle s’active. Le problème, c’est aussi que si on n’est pas super bien moralement, elle peut avoir l’effet contraire, ce qui s’est passé ce coup-çi d’ailleurs. J’ai eu la sensation d’être en mode « bad trip » les 3/4 de la semaine, avec des angoisses démultipliées, un sentiment de perte de la réalité, des petites hallucinations qu’il fallait maîtriser en me disant que c’était juste le produit. Bref… Je reparlerai de cette semaine dans un prochain post de toute façon, il y a beaucoup de choses à dire…

Mais du coup, j’ai beaucoup pensé à cette 1ère fois durant ce séjour là, avec nostalgie, il y a de quoi… J’étais tellement bien à ma sortie (la kétamine utilisée de cette façon, continue d’anesthésier un peu la zone douleur même une fois qu’on nous débranche et on peut avoir des moments de répit d’un mois, voire plus selon les personnes). De mon côté, je n’ai jamais autant profité que durant les 3 semaines qui ont suivi ma sortie. J’avais même recommencé à envoyer mon cv un peu partout, prête à retravailler. Que demander de plus, çà faisait quelques mois que j’étais sortie de l’anorexie, j’avais plus d’énergie, beaucoup moins mal du coup grâce à la kétamine qui avait très bien fonctionnée. J’en étais arrivée à n’avoir plus peur de rien, physiquement, comme si je me sentais pousser des ailes avec mon corps tout neuf :/ J’ai recommencé le roller. Chaque vendredi soir, on se retrouvait en groupe dans un skate park. J’accompagnais seulement, regardais tout le monde faire des exploits à l’intérieur. La frustration de ne pas avoir profité avant de cet endroit qui me faisait de l’oeil depuis que je le connaissais, l’envie d’être comme toutes les autres jeunes femmes du groupe, le besoin de me sentir entière et vivante pleinement, besoin de sentir l’adrénaline monter, besoin de pousser les limites de ce corps qui était tellement moins douloureux. Et on m’a retrouvée derrière les barrières, un jour… Fini de prendre des photos et de faire des vidéos des autres, j’étais de l’autre côté de la barrière à mon tour.

Sur la photo, les pentes semblent inoffensives, petites, mais quand c’est la 1ère fois qu’on est dedans, elles sont impressionnantes sur les roulettes… je me suis un peu amusée doucement et puis j’ai voulu aller plus loin, en enchaînant 2 pentes. Cà demande le contrôle de la vitesse, l’attention qu’on porte aussi aux autres qui peuvent surgir n’importe comment, la concentration des mouvements. Je l’ai fait une 1ère fois, les doigts dans le nez bizarrement (malheureusement…). Pour une 1ère fois dans ce foutu skate park c’était bien. Alors j’ai recommencé mon enchaînement une 2nde fois. Sauf que je ressentais la fatigue, que j’étais moins sûre sur mes rollers, en descendant la 1ère pente tout allait bien encore, mais en arrivant en bas, j’ai eu l’impression que quelqu’un me fonçait dessus, du coup, mon réflexe a été de regarder de côté pour surveiller si le type voyait bien que j’allais monter la 2nde pente. J’ai eu le temps d’avoir peur, de me déconcentrer, de perdre le contrôle de la fameuse vitesse et j’ai mal appréhendé la 2nde pente. Enfin, surtout la descente :/ Un petit vol plané avec la vitesse que j’avais prise, pas pu me retrouver sur mes jambes et j’ai atterri lourdement sur mon dos, en ayant le temps d’avoir le réflexe de vouloir protéger ma tête, malgré le casque. Résultat de la soirée, je suis restée un moment allongée à ne plus sentir mes jambes, à ne plus avoir de sensations. J’avais très mal à la tête, en ayant voulu la retenir, je sentais mes cervicales en miettes. On a attendu que je retrouve mes esprits, j’étais complètement sonnée, on m’a donné un anti-douleurs. J’étais à peine debout de nouveau accrochée aux bras de 2 amis, que j’ai vu un voile noir devant mon oeil gauche, je n’ai rien dit, il me tardait de rentrer chez moi, de me coucher et ne voulais surtout pas aller aux urgences. Quelques pas plus loin, sous le coup de la douleur tellement violente et du choc, j’ai perdu connaissance. Cà m’a valu une nuit aux urgences, à surveiller si je n’avais pas un trauma crânien et voir l’état de ma colonne. Je ressentais mal mes jambes et paniquais de me retrouver paralysée, me souviens que discrètement j’avais essayé de descendre du brancard pour voir si je pouvais encore poser les pieds par terre. Heureusement que j’avais le casque, j’aurais pu me fracasser la tête contre le sol. En 2mns, j’ai gâché tous les bienfaits de la kétamine et d’autres choses que je tairai… Tout çà pour me sentir comme avant, comme tous ces autres que j’enviais tant depuis des semaines… Le tarif a été chaud de vouloir être moi-même à nouveau, en gros… A me sentir prisonnière d’un corps qui ne semblait plus m’appartenir jusque là. A force de n’être qu’un amas de douleurs, on oublie ce qu’on est au fond de soi par moments. Et c’est ce qui a dû arriver aussi. J’étais juste libre sur mes rollers.

J’ai retrouvé les douleurs que j’avais initialement, mais elles se sont encore amplifiées après cette chute. Et l’autre jour après une séance d’ostéopathie, il s’est avéré que j’avais des restes. 5 ans après, mon corps ne s’est pas remis de cette chute idiote, mes cervicales et mes lombaires se souviennent qu’il y a eu un choc physique et comme tout est imbriqué dans notre joli corps, ces douleurs là peuvent en entraîner d’autres et ainsi de suite. Si çà se trouve je me serais sentie mieux après cette 1ère dose de kétamine, si j’avais été moins co**e… Avec des si, on referait tout un monde et si ce soir là, je me suis retrouvée sur mes rollers à cet endroit, c’est que j’avais mes raisons et surtout besoin… Si çà se trouve je serais dans le même état côté fibro, si j’avais été sage comme une image, en plus… Ne faites pas des prouesses avec votre corps, on n’en a qu’un et c’est quelque chose que j’ai souvent regretté depuis tout ce temps d’avoir été si cinglée. Les vertèbres s’étaient un peu tassées entre le sacrum et ma dernière lombaire et depuis 1 an, çà s’est transformé en une petite hernie qui me pose souvent problème, debout ou assise, parce que je suis gênée par le nerf sciatique du coup. Le mois qui a suivi j’avais chouette allure, j’étais très sexy en plein été avec ma minerve, l’orthèse à la main droite qui avait pris un petit coup en tombant dessus et une ceinture lombaire pour rassembler mes vieux os tassés :p

Autant vous dire que les seules fois où je suis remontée sur mes rollers, j’étais beaucoup moins sûre qu’avant, que j’ai perdu mon âme de cascadeuse du dimanche humhum… J’attrape des sueurs froides dès que j’aperçois un skate park depuis et j’ai fini par ranger mes roulettes, le jour où j’ai réalisé que j’étais déjà bien contente de pouvoir marcher tout simplement, ce qui parfois me pose bien des problèmes, il faut le dire…

On ne se rend pas forcément compte de la chance qu’on a d’être sur nos jambes, jusqu’au jour où il arrive quelque chose qui nous cloue dans un fauteuil… c’est kiffe kiffe avec tous les autres endroits de notre corps d’ailleurs… Notre corps n’est pas un terrain de jeu, il se souvient de tout ce qu’il subit et imprime tout. 

Moralité, quand on vit déjà dans un corps d’une femme de 90 ans (c’est l’âge que je me donne corporellement parlant oui oui…), mais que la tête ne suit pas forcément cet âge là et qu’il y a un décalage entre les deux, il vaut mieux malgré tout écouter le corps, parce que c’est lui qui subit les folies de la tête… Prenez soin de vous, mieux que je ne le fais avec moi… Et sortez couverts… de protections, d’un casque, de tout ce qui est nécessaire pour limiter les dégâts si l’activité que vous faites peut comporter ce genre de risques ❤

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8 commentaires sur “Vouloir faire comme avant…

  1. Comme je comprends ton envie de liberté à ce moment là… Les conséquences ont été importantes cette fois là mais un peu moins de raison parfois, ne fait pas de mal.
    Je t’embrasse

    1. oui j’aurais pu prendre ma liberté un peu plus en douceur pour le coup là ^^ c’était tellement agréable d’être bien que j’ai dû ranger ma raison dans un coin pour de bon 🙂 des bisous ❤

  2. ‘est bien humain ma jolie Delphine! Tu as eu une envie, tu as assouvi un besoin. Pas facile d’accepter son corps diminué. Tu y arrives, pas toujours.
    Ecouter son corps c’est essentiel et on ne le fait pas toujours, pensant « tant que ça tient ». Mais son corps aussi il faut en prendre soin. Une sage leçon.
    Je t’embrasse fort.
    ps – L’escargot est revenu et on a reprit la lecture de notre petite histoire du soir. Un moment où on t’envoie des baisers qui volent…

    1. je pense que c’est humain oui, à l’époque on m’a fait la morale pendant des lustres, mais personne n’était dans mon corps et ne pouvait réaliser le bien que çà me faisait. Bon le plaisir a été de courte durée il faut bien le dire, je n’ai pas eu le temps de dire beaucoup ouf ^^ le pire c’est que je suis ni casse-cou ni téméraire à ce point. C’est comme un lion en cage, quand il sort attention à ne pas se trouver sur son chemin :/ J’espère que çà s’est bien passé pour ptit escargot ? fais lui un grand câlin pour moi ❤ je vous envoie de gs bisous ensoleillés à tous les 2

  3. je me rappelle ma delph qd tu en avais parlé! mais qui n’aurais pas essayé cette cascade en se sentant mieux ds son corps hein?! bon ok tu en as les ramassis maintenant mais ne regrette pas! tu t’étais fais plaisir à ce moment là! j’espère que tu as le moral ma delph aujourdhui? comment te sens tu? gros bisous ma puce

    1. je me souviens oui que j’avais mis des photos avec un grand sourire jusqu’aux oreilles, les bras bien ouverts… et 3 semaines après il y avait une photo qui traînait sur fb avec tout mon attirail. Dingo à mes heures…
      Petit moral j’avoue… çà va remonter. J’espérais tellement vous voir en plus arf.. gs bisous ma Lili, à toi et toute la ptite famille ❤

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