Des combats qui me touchent

Avoir peur de déranger ou comment avoir si peu d’estime en soi…

Source pinterest

Suite à l’aventure d’Heidi dans le magasin bio, je me suis posée plein de questions, en essayant de chercher pourquoi certains points écrits n’étaient finalement pas si exagérés. Le nombre de fois où j’ai eu peur de déranger et ne pas me sentir à ma place à un endroit se compte 10 puissance 1000 et des poussières au moins. Je suppose que tout est combiné. Ce manque de confiance en soi, cette capacité à se dévaloriser aussi vite que tire Lucky Luke, cette sensation que tout ce qui pourra sortir de ma bouche ne sera ni intéressant, ni utile. Bref, j’ai une haute estime de celle que je suis. Non je rigole.

Je suis de celle qui pourrait se retenir de respirer. Ce n’est pas de l’exagération, je me suis rendu compte que tout se bloquait et j’en oublie la célèbre respiration abdominale qui me ferait tant de bien pourtant au milieu de monde et dans des lieux publics. Faudrait pas prendre trop de place et en plus voler trop d’oxygène aux autres, en gros. Je fais partie de celles qu’on entend à peine. Bon c’est vrai, j’ai une très petite voix déjà à la base, qui se casse rapidement, mais parfois j’ai peur de parler trop fort et que ça dérange (pourtant il en faudrait une sacrée dose, mais c’est comme si je n’avais pas conscience de mon corps, de ma voix, de ma présence tout simplement). Cette sensation d’être là sans être là, aussi, tout en se sentant vide de l’intérieur. J’ai toujours été introvertie, timide, à faire le moins de bruit possible pour ne pas se faire remarquer. Ma voisine de l’autre côté de la cloison n’avait même pas vu que j’étais partie 10 jours, la dernière fois que je suis remontée chez mes parents. Pourtant j’entre, je sors, suis sur mon balcon, j’écoute de la musique en permanence, je ne vis pas dans l’obscurité. Ce qui pourrait me faire paraître passer pour une voisine idéale pour le coup si on aime les gens discrets, fait de moi quelqu’un qui n’existe pas, qui se dit en permanence « mais en fait si je n’étais pas là, ce serait pareil, si ça se trouve il y a un voile sur moi qui me rend le pouvoir d’invisibilité ! ». Et autant je me disais « oh ben au moins ça veut dire qu’on ne m’entend pas beaucoup ça va, je ne dérange pas »… En parallèle est arrivée la sensation d’être encore plus morte que je me sens parfois… D’être dans une autre dimension qui ne me permet plus de me connecter avec les gens. Je ne dérange pas, au point de se demander si j’existe à côté derrière un mur. Un peu comme dans Interstellar quand il voit sa fille depuis sa dimension à lui. Etre là sans être là. 

J’essaie de me rendre plus « vivante », vue que je me sens déjà bien éteinte parce qu’on ne peut pas dire que je respire la grande forme, physiquement et moralement. Alors si en plus on ne m’entend pas vivre un minimum, c’est comme si j’allais être effacée physiquement. C’est difficile d’expliquer parfois ce qu’on ressent. Ma peur de déranger est passée dans l’extrême, j’en suis arrivée à un point où quand la voisine avait sa fille chez elle et qu’elle téléphonait près de moi et que j’entendais tout, j’étais tellement gênée que je finissais par rentrer… pour ne pas déranger bien sûr. Et j’attendais qu’elle finisse pour sortir, si jamais ça tombait à ce moment, pour qu’elle ne pense pas que j’écoutais. Oui parano et complètement cinglée, en plus d’avoir la phobie de déranger (aucune idée si ça existe comme phobie, mais je la déclare officiellement existante au moins sur mon blog ^^) 

J’ai peur de déranger même pour demander de l’aide même en me sentant au bout du rouleau comme c’est le cas depuis quelques jours. La douleur est très haute dans mon seuil de tolérance et j’ai beaucoup d’idées sombres. Mais on ne m’entendra jamais derrière un portable en train d’appeler quelqu’un pour ne serait ce que parler de la pluie et du beau temps. Je vais arriver à dire que ça ne va pas, si on vient vers moi, mais de moi-même, je n’irai jamais récupérer de l’aide. Ce n’est pas faute d’avoir besoin de soutien. J’évacue en écrivant un mot rapide sur fb, puis je disparais parce que c’est trop dur parfois d’être là à assumer le fait que j’aie été faible à dire que ça n’allait pas. Et puis il n’y a tellement plus rien à dire sur mon état. Il est toujours bien trop tard les fois où je le dis de toute façon, j’ai déjà trinqué depuis un moment en silence… Ca va avec la peur de s’imposer de trop. De prendre toujours trop de place dans la vie des gens. Moins je suis là et mieux c’est. Au moins je ne gêne pas. Je crois que certaines blessures me reviennent en pleine tronche. Je me suis un jour excusée dans la vie de quelqu’un, le jour où je l’ai réalisé, rien n’a plus été pareil en moi. Que ce soit envers la relation ou envers les autres tout court. Et surtout ne pas être redevable.

Avoir peur de déranger, c’est comme ne pas se donner le droit d’exister et le risque encore plus grand de se laisser marcher sur les pieds aussi. Derrière cette peur, se cachent bien trop de faiblesses similaires. Dans le style « trop bonne, trop conne », on pourrait dire « peur de déranger, risque d’abus de gentillesse » (alors qu’en parallèle, je suis une pile électrique intérieure, qui ressent tout très fort -peut-être bien que c’est ça finalement qui m’empêche de respirer et de prendre mon air correctement…..-. Beaucoup moins naîve que mon côté timide peut le faire penser en tout cas. 

Je vous laisse, faut que je m’entraîne au moins à respirer tout l’air que je peux voler et à parler plus fort. Et à prendre la place que je mérite tout autant que n’importe qui. Parce que j’ai aussi suffisamment de valeur pour avoir le droit d’évoluer dans ce monde en étant bien dans la même dimension. Interstellar n’est pas la réalité, même si parfois ça pourrait être ma réalité à moi par contre.

Ne laissez personne vous faire penser que vous êtes moins bien que d’autres, c’est le meilleur moyen de se détruire encore un peu plus si on n’a déjà pas confiance en soi… Et demandez de l’aide avant qu’il soit trop tard au point de vous noyer quand vous sentez que vous êtes capables de toucher le fond. On a beau se raccrocher à tout ce qu’on peut, parfois c’est aussi bien plus dur que ce qu’on peut penser. 

Prenez soin de vous autant que possible et faites le pour vous, même si c’est déjà bien de le faire pour les personnes qui nous sont chères, parfois ça ne semble plus suffire… Parfois je suis réellement très très fatiguée.

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17 commentaires sur “Avoir peur de déranger ou comment avoir si peu d’estime en soi…

  1. Le yoga m’a beaucoup aidée à ce niveau… dans mon groupe, la prof est très respectueuse (de nous, d’elle, du corps, etc) et du coup, elle a su créer un climat de bienveillance… quand tu respires, tu as l’impression que tu le fais à l’unisson… tu ne déranges pas, tu fais partie intégrante du groupe et du processus de bienveillance… Bref, je ne sais pas si je ne suis pas hors sujet par rapport à ton billet ^^
    Gros bisous Delphine, prends soin de toi ❤

    1. Merci ma belle, non non pas hors sujet du tout, bien au contraire (et puis c’est comme dans le groupe de Laëtitia, il n’y a jamais de hors sujet, quand ça peut aider 😉 ) Je crois que j’ai besoin de ça pour renouer avec moi-même, au milieu d’un petit groupe où je pourrais sentir aussi l’énergie qui passe. Je m’étais remise un peu au Qi Qong, mais seule j’ai du mal, je vais voir si je trouve un moyen pour la rentrée de rejoindre un groupe où je pourrais en faire. J’avais voulu aller à une sortie ovs, c’était une séance dans un parc, suivi d’un pique-nique. Je me suis défilée parce que je trouvais l’organisatrice un peu raide dans ses propos et me connaissant, pas sûre que j’aurais adhéré du coup à son cours. Comme quoi la bienveillance change énormément les choses aussi, sûrement encore davantage dans ces cas là. Prends soin de toi aussi, j’espère que tu t’es remise du séjour de BM :/ Gs bisous, à plus tard par chez toi 😉

  2. Tes écrits font, comme toi, tout sauf déranger parce qu’ils apportent de l’air frais et naturel,
    Ta souffrance est palpable, mais tu dois croire en toi car nous croyons en toi,
    Au plaisir de te lire Delphine

    1. Merci Bernie pour ces mots, j’arriverai un jour à croire en moi suffisamment, il m’arrive de pouvoir le faire, c’est par période que je décline. C’est comme tout les combats, sans doute, pas linéaire du tout et j’ai encore beaucoup de chemin à faire. A très vite, en mode fleurs 😉

  3. Respire fort Delphine tu ne dérangés pas tu existes et tu mérites de prendre ta place parmi nous tu es une belle personne Delphine crois en toi malgré cette souffrance qui est la toujours… et prends soin de toi ose nous déranger et continue d’écrire car c’est un lien avec nous prends soin de toi je t’embrasse affectueusement

    1. Merci Cath, elle me fait perdre la boule, la confiance et l’espoir accessoirement, souvent cette douleur oui. C’est un lien très précieux de vous avoir oui, ce n’est pas pour rien que j’arrive à y déposer mes mots (même si parfois je me trouve toute mélangée dans ce que je dis, au moins c’est déballé à un endroit). J’ai du aller faire quelques courses pour ma Happy avant de partir, en bombant la poitrine, relevant la tête et en respirant le plus profondément que j’ai peu (mais là c’était plutôt le mistral qui me coupait le souffle par contre ^^) De gs bisous ❤

  4. Oh…. ❤
    Je ne vais pas te laisser t'effacer et te laisser disparaître sans rien dire.
    Avoir mal et l'exprimer, ce n'est pas être faible, c'est reconnaître une souffrance et vouloir l'écarter de soi. Demander de l'aide, ce n'est pas être vulnérable, c'est avoir le courage de regarder la souffrance en face et de se tourner vers les autres. Ces autres comme nous, qui te voyons telle que tu es, une belle personne un peu discrète qu'on ne peut qu'aimer tellement elle nous aime elle aussi.
    Tu ne déranges pas. Ni ta présence, ni ton silence, ni tes mots. Nous pensons à toi, je pense à toi et nous sommes à tes côtés face à la souffrance qui t'habite et qui te rend la vie difficile. Je suis tout de même heureuse de lire que tu ne vis pas dans le noir et qu'il y a de la musique chez toi. Même si ta présence est discrète, tu existes tout de même, et rien ni personne ne peut nier cela.
    Je t'embrasse avec toute ma tendresse ❤

    1. Je t’adore ma Julie ❤
      Je crois que depuis la plus grosse déception amicale de ces dernières années, on va dire que je regrette de m'être confiée, d'avoir oser le faire, de m'être donné le droit. J'avais confiance… et me demande si je n'ai pas eu tort et c'est une pensée qui me poursuit depuis 1 an maintenant. Bref…
      Jamais dans le noir non, ça me provoque trop d'angoisses pour ça, même la nuit, mon volet est à moitié fermé seulement, ça me rassure de voir mes fleurs, mon balcon, la porte vers l'extérieur. Même pendant les migraines, je préfère me mettre quelque chose sur le visage qui me rafraichit et me coupe de la lumière trop vive dans ces cas là, mais que je peux enlever à tout moment. J'ai partagé ma chambre d'hôpital pendant bien 2 mois, avec quelqu'un qui était plus que dépressive à l'époque au point qu'il a fallu lui faire des électrochocs en dernier recours et on était toujours dans la pénombre, elle me regardait vivre, me disait que je sentais toujours bon, que je prenais soin de moi alors que j'étais moi-même mal (pas forcément dépressive au point où je l'ai connu plus tard, mais anorexique comme jamais) et j'ai l'impression que ça m'a marquée. Plus jamais dans le noir (je respectais son mal-être en sortant moi de la chambre quand je ne me reposais pas) et toujours au moins me laver même dans les pires moments de ma vie, c'est ce que je me suis promis, parce que je ne la voyais souffrir encore plus de ne plus arriver à faire ces choses si simples qui peuvent devenir un tel calvaire quand on est au fond du trou. Un jour en lui expliquant pourquoi c'était important de garder au moins ça, elle s'est levée, a été prendre une douche, se changer et elle est ressortie avec un grand sourire, un peu plus sereine et elle m'a dit que j'avais raison. 10 ans après je n'ai pas oublié, c'est dire à quel point ça m'a marqué, cette obscurité qui veut dire gouffre finalement à mes yeux. Besoin de m'entourer de bruit aussi oui, soit de la musique, soit des bruits de nature, soit la radio, bref qu'il y ait un arrière plan. Et toujours de l'air qui passe, à travers ma fenêtre.
      En fait, je n'entends pas ma voisine moi-même (enfin, si elle ne toussait pas à cracher ses poumons, on va dire que je ne l'entendrais pas), on doit être discrètes toutes les deux finalement. On peut vivre l'un à côté de l'autre sans s'emmerder non plus mutuellement, ma musique suffit à mes oreilles, pas besoin de m'être le volume à fond et quand je suis sur le balcon j'ai mes écouteurs. Malgré mes nuits courtes, j'essaie de ne pas en faire profiter tout le monde non plus, c'est juste par respect. Et ma discrétion un peu trop marquée, qui me poursuit quand je cotoie les gens, ce qui est sûrement plus gênant du coup. Je pense à toi aussi ma belle, prends soin de toi, je t'envoie de gs bisous. Il y a le mistral à prendre avec aussi, volontiers par contre :p ❤

  5. J’ai lu les quelques lignes et je m’y reconnais déjà tellement ! Hâte de me poser pour lire tranquillement ton post 🙂 je te fais des gros bisous ma petite Delph !

    1. Ma jolie Poca ! Ca me fait plaisir de te voir par ici 🙂 Pas bien présente sur instagram ces temps-çi, j’essaie de revenir vite faire un tour. J’espère que tu ne te reconnais pas trop dans ce post quand même… ❤ je te fais de gs bisous, passe un bon w-e 🙂

  6. Ma jolie Delphine, je t’envoie tout plein d’amour et des pensées ensoleillées pour que doucement tu prennes la place qui te reviens dans ce monde. Pas toujours évident de respirer pleinement, de se laisser aller, d’oser être soi, de s’estimer, de s’aimer pleinement ou de demander de l’aide quand tout tourne mal autour de soi, en soi.
    Pourtant comme le dit Julie, c’est une force de pouvoir aller vers l’autre en lui disant « j’ai besoin de toi ». Car nous sommes humains et nous avons besoin des autres pour avancer, grandir ou sortir la tête de l’eau.
    La déception nous empêche parfois de nous confier. Il faut juste se laisser le temps de pardonner, de se pardonner. Nous avons cru en l’autre et l’autre a trahit notre amitié. Une réalité délicate à digérer.
    Prends ta place ma douce amie, respire à pleins poumons, souviens toi que pour nous, ici, tu es une belle personne, une belle âme, que ton coeur est pur et ton amitié précieuse.

    1. Merci ma Marie, c’est un exercice parfois bien périlleux oui, comme si on misait toute notre vie sur un comportement… Je ne supporte pas les personnes qui coupent la parole et ça arrive beaucoup, en général j’arrête de parler, mais du coup il manque toujours un bout de phrase, sauf que là, je me suis donné au moins le temps de finir ce que je disais, en parlant un peu plus fort. C’était mon défi des vacances. Pas toujours concluant, mais je pensais à ce post que j’avais écrit juste avant du coup et qui était encore frais. Parfois en écrivant on prend davantage conscience des choses et c’était un véritable déclic pour le coup.
      Je ne veux plus être redevable en fait, qu’on ne me balance surtout pas « j’ai fait ça pour toi et c’est comme ça que tu me remercies » (c’est schématisé et pas forcément dit comme ça, mais je le ressens comme tel et j’ai horreur de ça). Du coup ça complique tout quand je veux demander de l’aide, mais suis sûre que je pourrai un jour de nouveau me laisser aller plus sereinement que je ne le fais pour l’instant. C’est déjà beaucoup de pouvoir respirer et parler parmi vous ❤ De gs bisous pour tous les deux

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