Combats qui me touchent

Etre borderline, c’est…

Cà résume, verbalement et visuellement….

Je ne vais sortir ni dico, ni wikipédia, ni aucun autre site de Google, je vais en parler de la façon dont moi je vis avec, parce que les théories, c’est bien beau, mais en pratique, comment on vit exactement avec… Et puis surtout, chaque personne est différente. Je peux le vivre d’une façon, alors qu’une autre le vivra différemment. Je le vis très mal, çà c’est certain…

C’est un trouble de la personnalité. Borderline ou état-limite, c’est kiffe kiffe bourricot. C’est la frontière entre la névrose (tout ce qui angoisses, phobies) et la psychose (tout ce qui relève davantage de l’irréalité). Cà se rapproche beaucoup de la bipolarité (depuis quelques temps, j’ai le bonheur de connaître des phases de celle-çi et de savoir qu’il existe plusieurs sortes de bipolarité et c’est encore moins rose. J’oscille entre un état mixte et un état dépressif, de mon côté. Mon humeur va être quasi normale tout en restant fragile et d’un coup, sans savoir pourquoi je vais plonger dans un état que connaissent tous les dépressifs. Etat que j’ai moi-même connu évidemment, à temps plein, plusieurs fois, pendant plusieurs mois. Sauf que maintenant, à 13h, je peux rire comme une folle, parler comme si de rien n’était (c’est mon état « normal » pour moi on va dire. Mixte.), à 13h30, je vais pleurer toutes les larmes de mon corps, me torturer l’esprit avec des questions, des peurs infondées sauf que moi, je les crois fondées…. du coup, il y a un duel permanent dans ma tête. A 14h, je peux me remettre à parler vie, à voir de belles choses… bref… je ne suis plus et on n’arrive plus à me suivre. C’est très dur de gérer ce changement d’humeur, parce qu’on ne sait jamais où çà peut mener et puis moi de ne pas savoir ce qui me rend si triste d’un coup, ben, je n’y comprends rien. Et les cycles se répètent inlassablement… Certains jours, les phases sont plus amples ou j’ai juste des périodes « à peu près bien » ou alors j’ai juste des périodes « très noires, suicidaires » et là, il faut monter toute l’artillerie, pour me sécuriser…

Ensuite, je suis dans un état d’angoisse quasi permanent pour tout. La moindre petite chose peut me faire paniquer selon comme je suis. Des crises de panique où j’ai la sensation que je peux mourir à tout moment. Du coup, je vis souvent dans un sentiment d’insécurité, des situations banales où pour moi, je vais me sentir en danger. J’ai vraiment besoin de prendre sur moi pour effectuer des trucs vraiment anodins, ridicules. Beaucoup de travail d’autopersuasion comme je le fais avec ma phobie de vomir. A m’autorassurer du mieux que je peux. Le valium est mon pote en toutes circonstances.

La peur de l’abandon, du rejet qu’on a sûrement tous, je pense, est décuplé chez moi et me mets dans des états pas possibles, à devoir être rassurée constamment sur l’amitié qu’on me porte, sur l’amour qu’on me donne, sur celle que je suis, parce que je ne le sais pas finalement dans ces périodes où je vois tout en mode « bizarre et irréel ». On va me dire « je t’aime Delph », je vais l’entendre, l’assimiler et 2 secondes après, je vais me dire « oui, mais… pourquoi la personne a dit çà ou fait çà alors ?, si elle m’aimait vraiment, elle aurait fait çà, donc je peux douter de ce qu’on vient de me dire »… et inlassablement, çà tourne en boucle. J’ai une mémoire de merde depuis que je suis fibro, par contre, je suis capable de ressortir chaque mot d’une conversation et de tout décortiquer et évidemment, j’y trouverai du négatif.

Le trouble borderline aime le négatif. Je n’ai jamais été quelqu’un de très positif et optimiste, mais là, c’est le pompom. La cerise (y a tout le cerisier d’ailleurs tiens !) sur le gâteau.

Il y a la destruction. J’ai commencé par être borderline et l’anorexie est venu s’installer dessus. Beaucoup d’addictions se mettent par dessus le trouble. Chez moi, çà été l’anorexie/boulimie et la tendance aux surdoses de médicaments comme une drogue, d’autres, ce sera l’alcool, la drogue, le sexe (on pourrait croire que c’est sympa cette addiction là, mais ce n’est pas le cas hein, parce que tout ce qui passe y passe, dans un but destructeur du corps), le jeu ou autres, que sais-je encore. Des addictions à hauts risques, on n’y va pas avec le dos de la cuillère (grosse la cuillère hein, pas une petite….)

L’automutilation. Chez moi, les coups violents sur moi, dont j’ai déjà fait allusion. Les coupures sur les poignets.

Le danger dans tout çà, c’est le passage à l’acte. Que les idées noire et suicidaires passent le cap et qu’on n’arrive plus à gérer. D’où la surveillance un peu étroite du moment, parce que je sais que je peux basculer à tout moment dans la partie la plus obscure que j’ai en moi, c’est à dire la mort…

Pourquoi on devient borderline… c’est un mystère je pense pour la majorité même si chez moi, c’est un peu décelé, à force de parler avec la psy et la thérapie a permis de faire ressortir des traits précis et à comprendre pourquoi certaines choses s’étaient créées. Il aurait commencé à la pré-adolescence, du coup, j’ai construit mon adolescence sur des choses qui n’étaient pas fondées et j’ai continué avec ma vie de jeune fille, sombré dans l’anorexie pour pouvoir mieux gérer tout ce bordel (c’est ironique…) et ma vie de jeune femme.

Dans ma tête, j’ai les idées d’une jeune femme de 35 ans, la maturité, mais quand le trouble se renforce, je redeviens un enfant. A « faire la tête » parce que quelque chose m’a énervée alors que çà ne m’aurait pas touchée du tout si je n’avais pas été dans une de ces phases là. A crier sur tout ce qui bouge, à taper dans les murs, à vouloir me fracasser la tête contre les murs dans le sens propre du terme d’où les urgences et les entorses aux poignets régulièrement

On ne contrôle pas grand chose de ce trouble finalement. On subit, on vit avec, on apprend à gérer. Je passe parfois des journées et des nuits, à me dire « non, tu sais que c’est faux ce que tu penses, tu sais que c’est lui qui te fait voir les choses de cette façon erronée, tu le sais bordel de merde ! hein tu le sais !! » Et c’est très dur pour les personnes proches, parce que le moindre mot peut vite être mal pris et çà peut partir dans tous les sens. Je vais interpréter tout mal.

Le neuroleptique est destiné à réguler la barrière névrose/psychose, d’où son autre nom. Antipsychotique. Le mien est d’une nouvelle génération (les effets indésirables sont moins pénibles qu’avec d’autres qui sont infernaux. On ne tient pas en place à cause d’impatience dans les jambes, on nous donne souvent un antiparkinsonien pour essayer d’éviter çà, mais pff… la sensation d’avoir besoin de dormir, mais en fait c’est un sommeil très agité et on n’arrive pas à dormir) et surtout il est fait pour me donner un coup de fouet en gros. Mais c’est difficile de trouver le compromis. Sédater ou dynamiser le patient… parfois, il faut les 2… ce qui est un peu mon cas.

J’en ai un autre, aussi, dans les moments où on peut craindre le pire. Le fameux Tercian tant redouté. 5 gouttes et je plonge dans un sommeil artificiel pour que je ne souffre plus. Mais dans le quotidien, on ne peut pas vivre avec çà.

On dit souvent que les personnes borderline ont du mal à créer des relations avec les autres et surtout à les conserver. Je me suis toujours donné les moyens pour me mettre dans un groupe même si c’est très dur pour moi, à un point qu’on ne peut pas imaginer, parce que malgré ma timidité, je pense qu’on peut me trouver sociable, alors que c’est un effort constant pour moi d’aller vers les autres et justement de maintenir les liens. Si les personnes qui m’entourent vraiment, celle qui font partie de mon quotidien, qui tiennent à moi même si je les rends dingues, ne tenaient justement pas à moi, de mon côté, je laisserais tout filer et me retrouverais seule, parce que c’est difficile de gérer. Et c’est que je tiens également à elles, parce que je peux vite virer les gens de ma vie si on touche à un point sensible de mon trouble….

Moments de dépersonnalisation où je ne vais plus être capable de faire le lien entre le moi intérieur et le moi extérieur. En gros, je vois une étrangère dans le miroir. Ce n’est pas mon reflet. Moments de décompensation, où tous les symptômes vont revenir en vrac et encore plus forts que d’habitude. C’est souvent quand j’ai eu une période un peu d’accalmie et que d’un coup, le monstre revient en vitesse. Avec toujours plus de puissance. Ce sentiment de vide intérieur que je ressens aussi, comme si le coeur ne ressentait plus aucune émotion, comme si j’étais une machine froide et vidée de tout sentiment.

Hypersensibilité, hyperémotivité, dévalorisation.

Beaucoup n’ont personne, de mon côté, j’ai cette chance là que je gâche bien souvent, parce que je me mets dans des états pas possibles et que c’est dur de me voir balafrée, entaillée, dans un autre monde, dans ma bulle, avec des pensées irréelles que je sors de façon inadaptée finalement. C’est lourd pour tout le monde. Je fais attention, mais pareil, parfois, çà me demande une énergie pas possible. Même en étant occupée, c’est présent en moi. Combien de fois j’ai quitté la salle de formation pour aller aux toilettes parce que je ne gérais pas le bruit, ou l’angoisse, ou la violence que je sentais monter en moi sans forcément de raison et qu’il fallait que j’évite de faire sortir à tout prix (la fibro m’aide bien… « grâce » à  elle, je ne peux plus assouvir mon besoin des coups, pour soulager l’esprit)

On ne le voit pas de l’extérieur çà, pour la plupart du monde je suis quelqu’un de réservée et timide, traits de caractère, mais c’est aussi parce que je suis très méfiante et les relations dans lesquelles je me mets, elles mettent du temps à prendre leur place, pour ne pas souffrir. Je m’assure que je ne vais pas être abandonnée (même si on ne peut pas tout prévoir…), qu’on tient vraiment à moi, sans que moi je m’attache trop et qu’ensuite je souffre après, donc j’ai toujours des barrières qui m’empêchent d’aller vers les gens. Une protection. Mais on a tous besoin des uns et des autres, alors cette protection, j’essaie de la lever et de passer outre le trouble.

10% des personnes borderline arrivent à leurs fins… 70 % feront des tentatives des suicides..

Pourquoi… parce que c’est très douloureux à vivre peut-être hein ?……

  • « Les personnes passent leur temps à contrôler plus ou moins des émotions qu’elles ne contrôlent pas vraiment ou ne comprennent pas toujours ».
  • « Leur capacité à cacher leur maladie fait que bien souvent l’entourage ne voit rien, alors que leur vie est une souffrance et un véritable enfer dissimulé »

La fibromyalgie est aussi violente en moi, aussi à cause de çà. Ma zone émotions ne sait pas gérer ce qui se passe en moi (on me demande parfois ce que je ressens… ben je n’en sais rien, parce qu’incapable de dire si je suis triste, en colère, déçue, frustrée… c’est un méli-mélo sans nom qui en ressort). Elle est hyperactive dans mon cerveau cette zone là et elle « frotte » contre la zone douleurs qui est juste à côté, d’où l’intensité de la fibromyalgie me concernant. En plus de l’aspect physique, responsable des douleurs. 

J’y arriverai… ou pas… parfois, je ne me sens pas de vivre constamment comme çà. Avec les 2 à gérer. Je me dis toujours qu’il y a tellement pire, je pense que j’ai toujours avancé de cette façon, à toujours voir les autres maladies plus graves. Cà m’aide à relativiser, mais au final, je me rends compte que c’est tout aussi mortel…. et puis surtout, malgré mes sourires, mes rires, mon humeur agréable, je souffre en permanence mentalement et physiquement… Malgré mes sourires, mes rires, mon humeur qu’on reconnait agréable, apaisante et douce, au fond……

Demain, je reviens avec un article plus gai, promis… c’est dur, ce soir, à gérer et ce combat que je mène au quotidien pour me bagarrer contre ce trouble, s’il peut servir à quelqu’un, j’aime autant partager. 

Combats qui me touchent

Quand on ne sait plus qui on est…

!!!!!!!!!! 
 
Un post que je vais essayer de rendre le plus simple, le plus « doux » possible, mais j’y évoque des choses qui peuvent être difficiles à lire et à comprendre. Dans mon entourage, seuls les plus proches le savent, pour les autres, je mens, pour ne pas être jugée. Le cerveau est un énorme cafouillis dont on ne soupçonne pas 1% de ce qui peut s’y dérouler… Maintenant que vous êtes prévenus que ce n’est pas rose, je commence ma petite histoire…
 
« Je n’ai que mon âme », Natasha St-Pier
 
« Il était une fois une jeune fille d’une 20taine d’années, qui avait des problèmes pour manger, qui se terrait dans un mutisme pas possible, parce que dans son enfance, quelque chose avait provoqué le silence en elle et ne se plaignait jamais de rien et pourtant, elle en aurait eu des choses à raconter, à hurler, mais non, elle s’est réfugiée dans la quête de la perfection du corps et l’absence de nourriture dans son corps, pour contrôler ce qui entrait en elle, mais surtout pour avoir un contrôle sur sa vie qu’elle ne gérait plus du tout. On l’a souvent hospitalisée, enfermée en milieu psy en secteur fermé pour la protéger d’elle-même. Un jour, un démon est entré en elle. Elle sentait en elle une violence qu’elle n’avait jamais ressentie, particulière, comme si elle était vraiment possédée ». Un démon qui la mettait en danger, qui faisait qu’elle était double dans sa tête. Le blanc et le noir, 2 personnes en 1. Mr Hyde et Dr Jekill. Pour venir à bout de M. Hyde, le psy du service fermé a décidé de lui donner un médicament qu’on appelle neuroleptique qui allait lui rendre son unicité dans sa tête… Une camisole chimique qui la faisait marcher comme un zombie, qui ne pensait plus, qui ne savait plus comment elle s’appelait tellement elle était abrutie. Et en plus, ce médicament lui a fait perdre le contrôle sur la nourriture, il lui a provoqué sa 1ère période de boulimie. Chose mal vécue par l’anorexique qu’elle était du haut de ses 37kgs. Elle a choisi de ne plus prendre sa camisole chimique et de reprendre le contrôle… Et là, le démon abasourdi s’est échappé, un peu comme le génie de la lampe d’Aladin… 
 
Elle se souvient de la 1ère fois. Elle a quitté la table où elle mangeait avec sa famille, elle se sentait très mal, s’est dirigée vers sa chambre, est restée dans le noir, toutes les émotions mélangées, ne sachant plus si elle était triste, en colère. Plus d’émotions en elle, ou trop, on ne sait pas trop finalement. Ne sachant plus si elle était encore dans la réalité ou dans une autre dimension. Elle ne le faisait pas exprès, son cerveau lui dictait des choses qui la rendaient folle à lier. Elle avait une telle souffrance en elle, mentale, qu’il fallait trouver un moyen de la faire échapper de sa tête. Inconsciemment, sans penser, elle s’est « exorcisée »… Une telle rage et un tel dégoût d’elle-même sont sortis… Son poing a frappé son visage d’une force qu’on ne pourra jamais imaginer. Frapper, frapper, frapper, encore encore encore…. elle murmurait tout en frappant, sans douleur, « tu n’es qu’une merde, c’est tout ce que tu mérites, tu ne vaux rien, regarde ce que tu es. Rien ! Tu es une grosse merde va ! Tu sers à rien ». Frapper encore. Toujours sur elle, jamais sur les autres évidemment. Pour se soulager de ses maux intérieurs, ceux que personne ne savaient. Toujours murée dans son silence de merde, elle a fait ce qu’elle pouvait pour s’exprimer. Puis d’un coup, elle reprend conscience. Elle revient à la réalité, apaisée, soulagée. Douloureuse physiquement. Le synthol piqué en douce dans la pharmacie pour faire disparaître les bleus. Le lendemain, elle se réveillait, l’oeil au beurre noir, enflé, le corps abasourdi de tous ces coups qu’elle lui avait foutus.
 
Elle partait régulièrement dans son monde, frappait de plus en plus fort, se coupait pour faire sortir son sang, pour faire partir ce démon de sa tête. Personne ne pouvait rentrer en contact avec elle, tant qu’elle était dans son monde à elle. Elle n’entendait rien de toute façon, les autres n’existaient pas, il y avait juste elle, et ce besoin de se soulager. Les mots ne sortant plus du tout de sa bouche, à part pour se dire des insultes. A chaque fois qu’elle revenait dans le réel, elle pleurait, rentrait dans une autre bulle, celle de l’incompréhension de ses gestes si violents. 
 
Comment expliquer son visage tuméfié à tous les endroits… Le reste du corps, personne ne pouvait se douter qu’il était tout aussi marbré de bleus, avec sa force diabolique, exacerbée. Et les coupures sur les poignets… Combien de fois, elle s’est sentie frustrée d’avoir trop chaud et de devoir découvrir ses poignets… Combien de fois, elle a menti en disant qu’elle s’était cognée…
 
Son trouble s’est accéléré, il a fallu la remettre sous camisole chimique et la garder plus longtemps, enfermée. Sa famille complètement démunie. Elle se souvient de certains mots de sa maman des années plus tard « j’ai cru qu’on t’avait fait quelque chose, que tu ne nous aimais plus » mon Dieu… la jeune fille a pleuré en disant « mais non, je vous aimais plus que tout, même si je ne sais plus le prouver comme je le voudrais, ni le montrer parce que je n’ai plus le mode d’emploi, mon cerveau marche autrement qu’avant, je ne comprends rien à tout çà, mais je ne le fais pas exprès et je vous aime… ».
 
Les années ont passées, les coups toujours aussi violents. Elle frappait si fort qu’elle s’est retrouvée plusieurs fois aux urgences, parce qu’elle s’évanouissait de frapper toujours plus fort. Elle se souvient de cette fois où un infirmier l’a retrouvé inanimée dans la salle de bain, parce qu’elle s’était trop violentée, son monde l’avait aspiré à tel point que son démon l’avait ravagé, elle gisait là, inconsciente. Le service n’était pas médicalisé, ils ont appelé les pompiers, les médecins l’ont gardé en observation toute la nuit, venant voir toutes les heures, si les constantes ne changeaient pas et vérifier si elle n’avait pas envie de vomir, parce qu’ils suspectaient un trauma crânien. La jeune fille se demandait comment elle avait pu atterrir là, à ce point… Comment elle pourrait un jour arrêter et commencer à parler avec sa bouche plutôt qu’avec ses poings et son corps…. Le lendemain, on lui avait donné un médicament qu’elle n’a pas supporté. Au moment où les ambulanciers sont arrivés pour la reconduire dans le service où elle était hospitalisée, elle a couru aux wc pour vomir. Le médecin qu’elle avait vu la veille, qui savait que c’était elle qui s’était infligé ce massacre a été appelé en urgence parce qu’ils pensaient que ce fameux trauma crânien, elle se l’était fait. Elle a eu tellement peur qu’il la juge… Elle a dit au médecin que c’était à cause du médicament qu’on lui avait donné, qu’elle ne le supportait pas… Il l’a regardé avec un air si compatissant et si malheureux qu’elle a eu envie de lui dire « allez voir les patients qui le méritent, je n’ai que ce que je mérite, c’est moi qui ai fait tout çà… moi…s ou mon autre moi plutôt… » il lui a dit « courage, faites attention à vous » en lui mettant sa main sur son épaule. Elle en a eu les larmes aux yeux de ne pas être jugée pour une fois… 
 
La jeune fille est devenue jeune femme… elle est guérie de l’anorexie, mais elle a encore son monde et sa bulle à elle, dans lesquels personne ne rentre. Le meilleur ami la voit parfois dans cet état, il lui parle, elle ne répond pas, il est là, impuissant face à sa souffrance « parle moi Delph, dis moi au moins quelque chose » elle entend à travers un épais brouillard, mais quelque part elle est déjà en train de se dire qu’il faudra qu’elle se soulage… »
 
Cette jeune femme, c’est évidemment moi. Ptite Delph… au visage si doux, si apaisé. Si douce tout court dans ce qu’elle dit et fait, on lui reconnait son empathie pour les autres, son écoute, son calme (en apparence). Au-delà de tout çà, je peux me transformer en monstre, depuis que j’ai appris à parler, les mots viennent dans tous les sens. Je ne sais toujours pas distinguer si je suis triste, malheureuse, en colère, déçue… un grand mystère… elle ne se frappe plus, parce qu’elle ne peut plus… mes poignets ont gardé des traces. Je sais l’origine de chacune des traces. Où et quand, elles ont été faites. Pourquoi est un grand mystère… Les raisons, idem… Dr Jekyll efface certaines parties de mon cerveau quand Dr Jekyll est passé par là. Je me promène entre la réalité et une autre dimension. Je suis psychotique et j’ai appris à vivre avec finalement… ce n’est pas toujours simple dans mes relations avec les autres. Parfois je ne crois pas ce qu’on me dit, le démon parle et fausse la vérité, alors j’essaie de remettre les choses en ordre, mais je n’y arrive pas, alors çà part dans tous les sens. Dans un état second, je vais vers les couteaux et coupe jusqu’à ce que j’arrive à trouver l’apaisement, jusqu’à le monde réel revienne devant mes yeux. Parfois je reste des heures inerte. Je pense que si on me voit de l’extérieur, je ressemble à quelqu’un qui est dans la lune, qui ne parle plus, qui entend ce qu’on dit mais qui ne comprend plus forcément ce qui se passe. Je suis dans ma bulle, prête à me défoncer la gueule et à m’arracher la peau des poignets pour les rendre en sang. Mais je lutte… un combat que je gagne parfois, un combat que je perds parfois
 
Depuis que j’ai la fibro, tout s’est réduit, parce que mon manque de mobilité me sauve de moi-même quelque part… Je ne serai plus jamais comme avant, çà c’est certain. J’apprends à me connaître et à ressentir les 1ers effets du monde parallèle. J’apprends à gérer autrement quand je peux. Je parle. Je crie, hurle, pleure. Cette bulle, parfois il m’arrive d’y rester des jours. Je disparais de la réalité pour tout le monde, ne réponds pas au téléphone, ne veux voir personne. J’ai des angoisses très fortes que je matérialise. Du coup, en période de grosses angoisses, je vis au milieu d’hallucinations, des personnages qui rôdent autour de moi. Visuelles seulement. Pareil, j’essaie de me raisonner, « mais non, arrête, ce sont les angoisses qui font çà, il n’y a personne, rien, c’est ton cerveau qui te joue des tours, arrête donc », mais dans la bulle, il n’y a pas de raisonnement logique qui tienne, très longtemps. J’ai de la visite comme je dis… et j’attends que çà passe… Je n’en parle à aucun de mes proches, sauf le meilleur ami. Cà ferait peur aux autres je pense. Il est le seul à savoir qu’en ce moment, je suis envahie par des hallucinations et que çà me provoque des insomnies terribles. Il m’arrive d’avoir des moments de dépersonnalisation, où je me regarde dans le miroir mais je ne me reconnais pas, on dirait que l’âme et le corps sont séparés et que ce que je vois ne correspond pas à ce qui est dans ma tête. C’est déstabilisant et affolant de se demander qui c’est qu’on voit comme reflet…
 
Je devrais prendre un neuroleptique, mais je ne le fais pas et n’accepte plus d’en prendre pour 2 raisons. La 1ère, c’est que c’est difficile tout simplement à ne pas s’endormir tout partout où on passe, parce que pour moi c’est une immense camisole chimique. Quand je le prends, on dirait qu’on m’a mise dans un coma artificiel, les yeux vides de sens, dénuée de sentiments. Une machine qui a le réflexe d’aller faire pipi, parce que le cerveau indique aux sphincters malgré tout, mais autrement, il ne reste plus rien de ce qui fait que je suis « moi ». Je sombre dans un sommeil très agité, à cause des effets secondaires qui sont nombreux. Ce genre de médicaments, je les appelle « les voleurs d’âmes ». La 2ème raison, est qu’on a abusée de moi à l’hôpital pendant que j’étais sédatée justement et qu’on a profité de cette faiblesse, du manque de contrôle que je ne possédais plus, ni la lucidité, pour faire n’importe quoi avec moi. 
 
Je suis « moi » et cette bulle fait partie de moi. Elle me fait beaucoup souffrir par périodes, je fais souffrir aussi mon entourage parce que je peux être violente verbalement et dire des choses que je ne dirais pas si j’étais dans la réalité, mais je refuse qu’on m’abasourdisse pour autant… J’ai besoin de vivre… même avec les émotions cassées ingérables. Peut-être que je me trompe et que je me sentirais mieux, assommée, mais est-ce que je serais encore moi-même… Je suis borderline ou état-limite à tendance bipolaire sans phase maniaque, je n’ai que les bas (qui eux aussi peuvent m’emmener loin…. au-delà de la vie…) et me maintiens à la « normalité » les autres moments. 
 
« Je n’ai que mon âme pour te parler de moi……. » et je me bats au quotidien surtout, pour être une jeune femme hors de sa bulle le plus souvent possible…