Des combats qui me touchent·Mes petits et grands bonheurs

On sait qu’on est sortie de l’anorexie quand…

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Avant de faire mon bilan 2012, ce post là m’était important.

Pourquoi à chaque début d’année, le bilan de ce combat-là revient à la charge… Tout simplement parce que Noël, pour des personnes qui souffrent d’anorexie, c’est la période critique. L’angoisse des repas pantagruesques à ingurgiter au moins 4 jours en 1 semaine entre le 24/25 et le 31/1er, mais aussi la crainte de l’après, puisque évidemment, il y a la catastrophe conséquente de la prise de poids… Alors, qu’est ce qu’il se passe pour moi, maintenant… J’ai fêté mon 3ème Noël sans elle en moi… Chaque année consolide mon combat contre elle, mon retour à la vie, alimentairement et corporellement parlant. Tout se renforce et elle m’a rendue plus forte de ce côté là. Décimée, la vilaine. Aux oubliettes, la sal***. Au diable, ce monstre. Ouste. Alors oui, Noël, est la meilleure période de référence pour voir comment on évolue dans ce combat-là…

On sait donc qu’on est sortie de l’anorexie (à travers mes yeux évidemment, je parle toujours en mon nom seulement, dans tous mes écrits) quand… :

– on ne compte pas le nombre de calories que contient un biscuit de Noël, ni un chocolat. Qu’on avale sans avoir la gorge serrée d’avoir déjà envie de le recracher ou de culpabiliser de faire le geste de l’enfourner. Pour suivre le mouvement, pour ne pas provoquer d’esclandres dans la famille. Pour ne pas décevoir ceux qui prennent le temps de préparer les plats, alors on mange… et on le regrette aussi sec… Chose qui ne se produit plus, quand on la repousser loin de soi. Très loin…

– on se donne le droit de se faire plaisir et de partager avec les personnes qu’on aime, au lieu de tellement se concentrer sur ce qu’on avale, angoissée, au point d’oublier qu’on a nos proches à côté de nous. La notion de Carpe Diem est loin derrière nous, on a d’autres préoccupations à surveiller… Là, non.. on mange et on profite de chaque instant.

– la balance… c’est quoi cet engin là, déjà ? On ne court plus dans la salle de bain pour monter dessus, après un biscuit avalé (3 miettes et le 1/3 d’une noisette, çà peut faire grimper le chiffre qui angoisse tant). Par la même occasion, on n’agrippe plus la graisse des cuisses, des fesses et on fout la paix aux bourrelets sans les tripoter sans cesse (visibles que par soi bien sûr, ces morceaux de chair d’os en trop.. hum…).

– on se laisse vivre et bercer entre amour et ambiance de Noël, on partage, on mange, on rit, on aime. C’est la seule chose dont on a à se préoccuper.

– on ne cherche pas toutes les solutions possibles pour soit se vider (mes intestins ont gardé des traces importantes de mes prises de laxatifs à longueur de temps. L’abus a détruit ma flore intestinale et je ne dirai pas les conséquences…), ni courir dans tous les sens pour se dépenser et éliminer ces excès (pour rappel, un chocolat et un gâteau…).

– on reste en harmonie avec notre corps sans le haïr, en le regardant, horrifiée, sous tous les angles, dans le grand miroir de la salle de bain, à pleurer devant ce désastre (anorexique, on a une image très déformée de son corps, çà aussi, c’est régularisé quand on commence à aller mieux. C’est souvent d’ailleurs là, qu’on prend conscience du danger qu’on encourt, c’est mon cas en tout cas. Un jour, je me suis vue, telle que j’étais vraiment, avec mes 37kgs pour mon 1m65, un IMC de 13,5. J’ai eu peur, là aussi je me suis mise à pleurer, mais çà été un mal pour un bien de faire ce constat que je ne ressemblais pas à grand chose avec tous ces os qui dépassaient)

Voilà en gros. Je vis, aime, partage, maintenant, pendant les fêtes de Noël ou quand je mange avec des ami(e)s (il n’y a évidemment pas que Noël qui est lourd à gérer, mais aussi tous les moments où on est amenée à manger devant quelqu’un (« tu veux pas manger encore quelque chose… tu n’as pas assez mangé… tu ne manges rien… MERDE !! Et on s’isole pour ne plus rien entendre…) Avant, j’étais une calculatrice ambulante infernale, j’en oubliais que c’était période de fête agréable et de partage et pas une source d’angoisses permanentes même si je profitais de mes proches, elle était toujours en moi, en arrière-plan à me crever les tympans avec ses persécussions à la noix, ses ordres « mange pas çà, mange pas çi, bouge, vide toi, calcule, fait un peu joujou avec la balance (et puis, c’est qu’elle cause dans notre tête et bizarrement, on est seule à l’entendre cette petite voix si douce si merdique « oh hep hep hep ! t’as oublié de la mettre à cet endroit là de la pièce pour être sûre que le chiffre ne bouge pas, tu devrais recommencer pour être sûre de ce que tu as fabriqué avec ta copine Bleuette »). Oui je lui avais donné un nom… elle était couleur bleu clair et tant qu’à me rendre dingue, il fallait l’adoucir un peu en lui donnant un ptit nom doux… cinglée ptite Delph… droguée à la nourriture, à l’hyperactivité, au vidage-boyaux (bon app, au cas où) et à la fameuse Bleuette qui jouait avec mes nerfs à la trimbaler une 15zaine de fois partout dans la pièce où je l’installais, la machine démoniaque)… Près de la douche, elle affichait 37kgs. Près du lavabo, 37,1kgs… çà pouvait pas aller cette différence !!! Alors je retournais vers la douche, juste histoire de vérifier, quoi… et puis tentais d’autres coins pour avoir le maximum de chiffres justes…. elle m’a rendu dingo la Bleuette…

Je ne faisais pas exprès, et c’était des rituels qui m’étaient vitaux. J’avais besoin d’elle, c’était la seule chose que je pouvais encore contrôler dans ma vie, cette histoire de nourriture, de corps et cette obsession de devenir une mini souris… Mais un Noël sans elle, c’est si bon… Une liberté que je n’aurais jamais imaginer revivre un jour. Une renaissance, en quelque sorte et je la souhaite à toutes celles qui vivent avec cette foutue maladie.

J’ai passé un doux Noël, sans excès, parce qu’être à moitié malade d’avoir trop mangé, je ne trouve pas çà très festif et je n’y trouve aucun plaisir. J’ai une autre tactique, je profite un peu chaque jour dans la mesure de ce que supporte mon estomac, qui lui aussi, a pris des coups et met un long moment à faire passer toutes ces petites choses dans mes intestins, qui eux les expédient par contre, en mode colissimo ultra rapide-express :-s

Et voir mes parents, surtout mon père, touché de me voir manger et me dire « tu ne pouvais pas nous faire plus beau cadeau que de t’en sortir et de te voir remanger normalement et de tout », çà n’a pas de prix… ❤ J’ai tant souffert de tout çà.. Et eux avec… Là, pareil, tant de conséquences désastreuses… Que j’ai besoin d’oublier, pour ne pas me faire souffrir davantage. Maintenant, on ne vit que pour le meilleur. Anorexiquement parlant… Pour le reste, je cache beaucoup de choses encore… Je veux qu’ils voient leur fille aller à peu près bien… Qu’ils ne se rendent pas compte de toutes mes difficultés dans mon quotidien, mais qu’ils n’oublient pas mes facultés aussi. C’est un combat qui est très long, mais il vaut le coup.

Bisous les copinettes/copinets 🙂 A demain, pour le bilan 2012 et les projets / souhaits 2013

PS : je tourne en dérision exprès certaines choses, parce que c’était invivable et que même si je me sors de l’anorexie, je n’en oublie pas les 27 mois d’hospitalisation que j’ai fait à cause d’elle, ni ce travail sur moi avec toutes ces personnes qui faisaient partie d’une équipe pluridisciplinaire formidable. Mais quand on prend du recul avec « elle », on se rend compte de tout ce qu’elle nous fait faire, à nous rendre dingues et ces passages là, je préfère me moquer de moi-même, devant l’absurdité de la chose. Ce n’est pas pour autant que j’oublie et que je suis devenue incapable de comprendre comment on vit avec… au contraire… comme dit, j’oublie parfois que j’ai été anorexique, çà ne se ressent plus dans mon quotidien et le cerveau se protège aussi en bloquant certains souvenirs trop pénibles et ce n’est pas plus mal. J’ai toujours perçu cela comme une boite avec des petits tiroirs. On range ce dont on n’a plus besoin, une fois que çà va mieux, pour pouvoir passer à autre chose. Mais l’anorexie est une souffrance de chaque minute et ces 13 années qu’elle m’a volées, même si je tente de les récupérer à ma façon, j’ai la sensation d’avoir plongé dans un coma et de me réveiller. Tout est à reconstruire. Et le reste gravitera toujours autour, c’est un chantier dans lequel j’essaie de mettre de l’ordre. Ces troubles de la personnalité dont personne ne peut avoir conscience vraiment, parce que je sais bien les cacher finalement, parce que je n’en suis pas fière et que mon combat contre eux, ne finissent pas, me semble t’il.. Seuls moi, les plus proches de moi et les médecins savent. Et encore, on peut juste supposer, mais pas comprendre et comme dit, je suis une petite cachottière, je ne dis pas tout, c’est mon jardin secret quelque part….. 

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16 commentaires sur “On sait qu’on est sortie de l’anorexie quand…

  1. Coucou ma belle
    un beau témoignage! moi aussi je suis tellement contente que tu aies pu vivre un bon noel et que tu t,en sois sortie! belle victoire qui t,appartient et te donne du courage pour le reste. Meilleurs voeux pour cette année et surtout la santé!bisessss

  2. Que dire de plus excepté un grand bravo § Tu n’oublieras jamais, tu vivras avec mais le meilleur est à venir;;;;
    Je te souhaite beaucoup de bonheur et que tes voeux se réalisent ! Je t’embrasse bien fort.

  3. Quel joli témoignage Delphine et quel message d’espoir ! Je te félicite, franchement cela fait du bien à lire. Tu es une battante !
    Je te souhaite plein de jolies choses pour cette nouvelle année qui commence. Tu es incontestablement sur le bon chemin alors continue…
    Je t’embrasse.

  4. que j’aime te lire, que j’aime ce lire ce post plein d’espoir pour les autres femmes anorexiques, que j’aime ta façon de t’exprimer…je te connais si bien et en même temps tellement peu…je sais que tu as bcp souffert et que tu tournes tout ça en dérision, c’est ta façon à toi de t’en réchapper de tout ce foutu calvert que tu as vécu…c’est normal j’ai envie de dire, et en même temps c’est ta force, car bon nombre de nenettes n’aurai pas la force de tourner ça en autodérision…et se lamenterait sur leur sort voir pire…enfin le pire tu l’as connu aussi…mais tu t’en es sortie ouf!
    je t’admire tellement, ta une de ces putains de force de vivre toi!
    je te fais pleins de gros bisous ma foufounette, heu delphounette 🙂

    1. Roh ma Lili, suis pas enceinte moi par contre, je ne peux pas parler d’hormones, mais j’ai vite les larmes aux yeux, quand je réalise qu’on comprend ce que je veux dire et çà a toujours été ton cas et je peux t’assurer que çà fait énormément de bien d’avoir des personnes comme toi autour de soi. Je voulais le préciser à la fin, que je préférais le tourner en autodérision, parce que j’avais peur qu’on s’imagine que c’était de la rigolade. Je m’en suis rendue compte en le publiant, d’où ce rajout, par la suite. Je t’aime très fort ma Lili et j’espère qu’un jour, je pourrai te serrer très fort, en vrai, pour consolider notre si belle amitié à laquelle je tiens tant ❤ Tu es toujours là, elle s'accroche cette petite, après nous avoir fait penser qu'elle serait encore de 2012 hihi Tu dois être épuisée, essaie de te reposer dès que les filles te le permettent, ce qui n'est pas gagné :-s dommage qu'on soit si loin, je les emmenerais faire un tour pour que tu puisses avoir quelques heures de répit un peu chaque jour et je m'amuserais comme une dingue avec elles tu penses… Nath (ma tite nantaise préférée avec qui on avait papoté à 3, un soir) est venue me ramener Happy et m'a aidée à faire des courses, accompagnée de Maëllys, la petite de 5 ans, j'étais aux anges de la voir rire, écouter de la musique et papoter. Elle s'entendrait bien avec Jade, c'est un peu les mêmes n° lol. Des petites coquines 🙂 Gs bisous ma Lili et prends soin de toi ❤

    1. Merci c’est gentil 🙂 J’espère que tu ne me comprends pas trop tout de même… j’ai été voir ton profil HC, en lisant les intitulés de tes articles, je me suis dit que je me plairais bien chez toi hihi, mais j’espère que tu n’en souffres pas en tout cas… Bises et à très vite par chez toi 😉

      1. 6 ans… mais aujourd’hui ce sont « des restes » mais j’ai toujours pas mal de ces pensées destructrices :/ Merci en tout cas 😉
        Bises

      2. 😦 il me reste aussi des pensées destructrices à cause du trouble borderline que j’ai (la fin où je fais allusion aux troubles souvent associés) Je te souhaite vraiment du fond du coeur, que çà aille de mieux en mieux, que tu aies de moins en moins de pensées de ce genre, même si je sais que c’est très dur d’y faire face et de passer outre. On va y arriver… Si tu as besoin, je ne suis pas bien loin en tout cas. Bisous et passe une bonne soirée

      3. Merci beaucoup ça me touche beaucoup ❤

        Passe une belle soirée également…

  5. Oui je confirme, ça fait du bien ! Sans être anorexique, je fais énooormément attention à ce que je mange, et ça aboutit 2 fois sur 3 à des débats sur « et pourquoi tu ne manges pas ça » ou « mais siiiii, dans le gras il y a des vitamiiiineuh », « le gras c’est la vie » (oui bon, j’aurais préféré des débats avec Perceval et Karadoc). Plus certains membres de la famille hyper relous qui scrutent ton assiette et qui relèvent dès que tu donnes généreusement (et discrètement, mais visiblement pas assez) un bout à ta voisine de table.
    Et encore, cette année, j’y suis allée gaiement sur les chocolats (hé hé). J’y peux rien si on n’en a acheté que des bons et que j’ai bien regardé avant de prendre le dégueu à l’alcool ou à la pâte d’amande 😉
    Bref, en tout cas je suis contente que tu aies passé un Noël sans troubles alimentaires. Je te souhaite de continuer sur cette bonne lancée pour 2013 (et les années suivantes, bien sûr).

    1. C’est pénible d’être surveillée, c’est clair. A croire qu’on soit des oies à gaver pour Noël prochain parfois… de mon côté, pour éviter de me prendre la tête et de me bloquer, j’ai dû me convaincre qu’ils le disaient tous pour mon bien, qu’ils s’inquiétaient, mais çà n’empêchait pas que çà me saoulait. Mon père continue à regarder, il a dû prendre l’habitude et fait attention à ce qui se passe dans mon assiette. Cà m’énerve parfois quand il me dit, alors que j’ai mangé un repas complet « tu n’as pas assez mangé si ? » Mais comme dit, c’est par inquiétude qu’il le dit. Ils ont manqué me perdre à 3 reprises à cause de mon coeur qui s’affaiblissait et je comprends que la peur de me perdre, même si elle n’est plus justifiée est présente, tellement ils en ont été touchés et je ne retiens que les mots que j’ai écrit dans mon post, de sa part.
      Pour les choco, hihi, moi c’est l’inverse, je récupère ceux à l’alcool (les bons hein, faut pas exagérer non plus lol), et suis pas contre la pâte d’amandes, tu me les envoies par la poste ceux que tu n’as pas mangés et moi je t’envoie ceux au chocolat noir par exemple (hirkk :-s) ? lol Mange ce qui te plait et en quantités que tu veux, tant que tu te sens bien et que ce n’est pas une obsession trop forte, de faire attention à ce que tu manges. Bonne année à toi aussi 🙂 Bisesss

  6. Pour avoir eu des périodes très difficiles avec la nourriture (pas les mêmes, mais la galère quand même), je suis fière de ton combat et je te dis bravo ma belle ! Continue comme ça, tu es un petit bout de femme très courageuse, très sympathique et tu ne mérites que le meilleur! 🙂

  7. Bonjour,
    Pour souffrir d’anorexie depuis plus de 20 ans je te remercie pour ce témoignage plein d’espoir 🙂 J’espère pouvoir un jour arriver à vivre ça me dire que la maladie est derrière moi et qu’elle ne va plus me pourrir l’existence.
    Je suis suivie depuis peu à Ste Marguerite et je croise les doigts pour que cette fois si ça marche et que je puisse enfin dire un jour Adieu à la maladie et profiter de bons repas en famille ou au restau profiter de la vie tout simplement

    Encore mille merci et bonne continuation 🙂

    Bises

    1. Coucou, garde espoir, c’est un combat qui vaut le coup, même s’il est très long, qu’il y a des bas, des hauts, des sensations de retomber. A un moment donné, on peut se sentir mieux et se dire qu’on est plus forte qu’elle. Si tu es suivie par le Dr Samuelian-Massat, à Ste-Marguerite, tu es entre de bonnes mains et tu peux avoir entièrement confiance en elle 😉 Courage à toi et un jour, peut-être que dans quelques mois, on ira manger ensemble dans un lieu public comme si de rien n’était 😉 Garde confiance et patience surtout. Bises

  8. Bonjour
    Jsp que quelqu un passera ici et verra mon post
    Il n y a pas de réponses ni de solutions miracles mais comment faire pr remanger normalement sans culpabiliser ? Et surtout manger des choses qui nous fasses plaisir ( raisonnablement car ce sont jamais des choses diététique ^^ ) et surtout comment accepter la reprise de poids ? ( certains jours on se trouve bien ds ce corps amaigri , d autres on trouve qu il n est pas assez mince er parfois on trouve que c est trop .)

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