Des combats qui me touchent

Orgasme mémorable…

Merci Youtube pour la capture d’écran

On se connaissait depuis quelques années, depuis toujours même, du plus loin que je me souvienne. On avait un peu flirté, mais sans plus. Peut-être que je n’avais pas pris le temps de bien le connaître et que j’étais restée un peu trop en surface, je ne sais pas. Mais ce soir-là, tout a été différent. Je l’avais face à moi, mon regard sur lui n’avait pas changé, c’est au moment où ses lèvres ont effleuré les miennes que quelque chose s’est transformé en moi. Un baiser plus savoureux, plein de douceur, mélange de sucré-salé. Ce soir là, j’ai succombé à son charme et je me suis laissée aller depuis bien longtemps. On n’a fait plus qu’un, je l’ai laissé venir en moi. C’était d’une magie comme je ne l’avais pas ressenti depuis bien des années. Tout en moi pétillait, si un illustrateur avait pu dessiner à ce moment là ce qu’on vivait ensemble à cet instant précis, des petites bulles de bonheur et de plaisir auraient été placées sur mon visage et mon corps tout entier. On a pris notre temps tous les deux, je me délectais à l’avoir en moi, à l’accepter comme s’il avait toujours fait partie de moi. Dans un feu d’artifice immense, mon corps a explosé de plaisir dans un orgasme comme jamais ressenti aussi pleinement. Sereinement. Le coeur en joie. Le corps vibrant dans chacune de ses parcelles et ses moindres recoins. L’esprit libre et léger. Ce soir là, ce fut un orgasme mémorable oui.

………

Alimentaire l’orgasme :p Ben oui, alimentaire ! Qu’est ce que vous avez cru ?? Ohhh ! 🙂

Je partage beaucoup de choses par ici, mais de là à raconter ma vie intime, on ne va pas exagérer non plus hein ^^ Hier soir, j’ai mis 2 posts sur mon profil facebook. L’un était une vidéo qui tourne pas mal avec les beaux apollons non pas grecs mais rugbesques (non, faut pas chercher ce mot dans le dico, je viens de l’inventer à l’instant) et j’avoue qu’ils ont pu donner de sacrées bouffées de chaleur mmhh 🙂

L’autre post était sur un anniversaire un peu spécial, parce que çà fait 5 ans que je me suis tirée de l’enfer des troubles alimentaires. Du coup, les deux posts mélangés m’ont donné cette idée un peu farfelue pour expliquer ce que j’ai pu ressentir, le jour où j’ai mangé en ayant toutes les saveurs décuplées, à avoir l’air très con de m’extasier devant un morceau de carotte et pomme de terre, comme si je les découvrais pour la 1ère fois. Un morceau de carotte, faut le faire, pour rendre quelqu’un heureuse à ce point. Je n’ai jamais mangé quelque chose d’aussi bon, pourtant, ils étaient préparés comme d’habitude, mais la différence restait dans le fait que je mangeais tout çà sans me poser de question, sans me torturer l’esprit, sans voir ces aliments comme des chiffres remplies de calories que j’ingurgitais. J’avais pris le temps d’apprécier ce petit plat pourtant si simple, mais tellement savoureux quand on se remet à vivre, sur le plan alimentaire. Ce soir là, j’ai connu l’orgasme alimentaire, après 14 ans de restrictions. Et je m’en souviendrai toujours. Une explosion de saveurs sur mon palais et dans la moindre papille. Parce que c’était le 1er jour du reste de ma seconde vie post anorexie. Et que comme tous les combats, celui-là a laissé des traces en moi. Indélébiles. C’est aussi pour cette raison que je souhaitais le tourner un peu en dérision, ce post « anniversaire » 🙂 

Bon… Et puis, après la polémique qu’il y a eue ces derniers jours et dans le respect de l’éthique que je me suis imposée depuis le début que j’écris par ici, je dois vous faire un aveu et être honnêtes avec vous : 

*** Article sponsorisé par le XV de France *** :-p (ben quoi ! je n’y connais rien en rugby, ne connais pas leurs noms à tous ces spécimens bien foutus mais ils ont été source d’inspiration quand même ! Sans eux, peut-être qu’il n’y aurait pas eu de post encore aujourd’hui, qui sait, alors je leur dois bien çà ! 😉 ) 

Prenez soin de vous et gardez espoir pour celles et ceux qui passeront par ici et qui souffrent de TCA.

Les projets des copinettes

Un jour qui a changé ma vie – 53 billets en 2015

Une clinique psy mélangée aux collines…

Ma participation pour la 23ème semaine de « 53 billets en 2015 » créé par Agoaye, dont le thème est « un jour qui a changé ma vie »

L’autre jour, pour parler sur le thème « Maman », j’évoquais la naissance de mon frère qui a changé ma vie, déjà. Du coup, je vais passer au 2ème jour qui a changé ma vie la 2nde fois 🙂 Toujours avoir un plan B ^^, même pour les jours qui changent nos vies, parce que finalement, on n’en a pas qu’un… il y en a juste des plus marquants que d’autres.

C’était le 8 septembre 2004. Deux jours que je venais d’arriver à Marseille, dans des circonstances pas forcément simples. Envoyée là pour faire une cure, je m’étais retrouvée dans un endroit pas du tout approprié. Un mouroir où j’ai passé le w-e, faute de  pouvoir parler avec un médecin. Deux jours qui m’ont marquée. Le lundi 8 septembre, j’ai été appelé par le psychiatre référent de l’établissement, mon but étant de foutre le camp et de remonter en Alsace, mais il fallait son accord. Il a regardé mon dossier et m’a dit de lui-même que ma place n’était pas dans ce lieu là et que si j’acceptais, il me ferait transférée dans une clinique où il travaillait aussi en parallèle. Après en avoir parlé avec lui et surtout une sacrée dose d’arguments positifs, j’ai fini par accepter. Il a appelé la secrétaire des admissions pour savoir s’il y avait de la place, le but étant de me dégager le plus vite de là quand même, tant qu’à faire. Je parle très peu de cet endroit, mes parents ont su dans quoi j’avais foutu les pieds, en février dernier seulement, c’est dire… L’après-midi, une ambulance est venue pour le transfert. Je ne connaissais rien de Marseille et n’avait personne sur place, je pouvais juste faire confiance à ce médecin là. 

On est arrivés devant une clinique au pied des collines. Un long couloir qui n’avait rien à voir avec l’endroit que je venais de quitter. Une chambre claire, deux lits, une compagne de chambre de 18 ans, une fenêtre ouverte comme il se doit dans les établissements psy, juste entrouvertes le minimum, même pas de quoi mettre sa tête par la fenêtre, mais juste son nez pour avoir de l’air. C’était largement suffisant pour sentir l’odeur des pins et entendre les cigales. La voisine de chambre venait de laver son linge, il y avait une douce odeur de lessive qui planait dans la chambre.

J’ai ressenti un calme intérieur que je n’avais pas connu depuis longtemps. L’infirmier a fouillé toutes mes affaires, a pris tout ce que je n’avais pas le droit de conserver et m’a dit « reposez vous ». Je me suis allongée sur le lit, dans le silence avec pour compagnie les cigales que j’entendais pour la première fois de ma vie (à 26 ans, c’était la 1ère fois que je quittais mon Alsace natale), couchée sur le côté pour voir par la fenêtre et c’est le jour où j’ai lâcher prise… où j’ai déposé mes bagages dans tous les sens du terme, en paix. Où je me suis dit qu’il fallait leur faire confiance, parce que j’arrivais au bout de mes forces tant physiques que mentales. Que j’avais besoin de récupérer un peu de vie et d’oxygène. Et le cadre m’a aidée à m’apaiser aussi. 

C’était le 1er jour de ma reconstruction, donc oui, ce transfert a été un changement qui a changé ma vie. Qui me l’a sauvée, même… J’ai rencontré le personnel soignant au fil des jours. S’en sont suivis les premiers soins, les 1ers pas dans une thérapie plus poussée et surtout l’aide de l’ergothérapeute qui a été un membre essentiel dans ma reconstruction, même si ce qu’il m’apprenait et essayait de faire entrer en moi, je n’ai pu l’appliquer que plusieurs années après. 

« Mes » collines…. tellement symboliques…

Le destin m’avait entraînée à Marseille et j’avais des choses à y faire… Sur 4 ans, j’ai passé au moins 18 mois dans cet établissement. J’y ai vécu le suicide de personnes qui m’étaient devenues chères au fil du temps, c’est aussi là qu’on a abusé de moi dans une chambre où j’aurais dû être normalement protégée… c’est là que j’y ai fait de belles rencontres, avec lesquelles j’ai échangé beaucoup de choses sur la vie et qui ont laissé des traces positives en moi. L’aide et ces rencontres, sont les seules choses dont j’ai envie de me souvenir de ce qui a découlé de ce jour qui a changé de ma vie… Le w-e, au bout de 2 semaines, j’ai pu avoir des permissions. Pendant que les autres patient(e)s allaient dans leur famille, j’étais seule et tant que mon poids restait stable, j’avais le droit d’aller marcher dans les collines toutes proches. C’est là que je me ressourçais pour affronter la semaine suivante de soins. C’est aussi dans ces collines que le besoin et l’envie de refaire ma vie est venue et s’est tissée au fil des mois. C’est là que j’ai pris la décision de venir habiter à Marseille. Un an après j’étais là, contre l’avis de tous. 

Je réalise que des jours peuvent être bien décisifs dans la vie de quelqu’un et peuvent chambouler une vie complète…

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Des combats qui me touchent

Comment une ancienne anorexique perçoit la mode healthy…

Source image : Pinterest

Quelques semaines que je vois des youtubeuses qui font des vidéos healthy, qui mettent leur corps à moitié délabré, il faut bien le dire, pour certaines, sur Instagram et je me retiens sous chaque photo pour ne pas exploser de colère. Quand j’ai vu les programmes sportifs X, Y, Z et compagnie débarquer, je me suis dit qu’on n’allait pas être sorties de l’auberge. Quand j’ai constaté les mêmes repas chez beaucoup de youtubeuses, je me suis dit qu’on était foutues… 

Déjà, je m’énerve, parce qu’elle ne mesure pas qu’elles servent de modèles à beaucoup d’ados, à la recherche de leur identité, souvent mal dans ce corps qui prend des formes et je ne suis pas sûre que de voir ces corps de leurs « idoles » soient bien positif et aidant. Combien vont les suivre dans leur mode healthy (elles ne bouffent rien d’autres que des fruits, des graines de je ne sais quoi, mais elles ne font pas de régime hein mouais… et quand j’entends « oh nonnnnn je ne peux pas manger UN carreau de choco, c’est pas biennnn !!! », j’ai envie de coller des baffes… Sous les photos instagram, on peut y lire des « mais elles font ce qu’elles veulent de leur corps !!!! » Oh ben oui, si elles veulent se transformer en merle ou en piou-piou, en avalant des graines, elles ont le droit, sauf que quand on s’expose sur le net à leur échelle d’abonnées, elles ne sont plus toutes seules avec leur corps, elles véhiculent une image qui peut être enviée par celles qui les suivent et c’est à celles-çi que je pense avant tout ! Quand je lis que mettre du 38, c’est la fin du monde, j’ai envie de taper un scandale d’enfer encore davantage et je trouve inadmissible que çà puisse être diffusé…… du 38 !!!!!!! pff……

Même les piou piou ont plus à manger :p Source image : Pinterest

D’où le titre… Je suis bien placée pour savoir que quand on est mal dans son corps (même si de mon côté, je ne suis pas tombée dans l’anorexie suite à un régime qui aurait dégénéré, mais j’ai assez vu de personnes pour lesquelles c’était le cas…), on est prête à tout pour trouver quelque chose qui nous donnera le sentiment de contrôler au moins quelque chose. Le corps, la nourriture, c’est rapidement une drogue. Si j’avais suivi ce mode healthy à un moment où l’anorexie n’était pas complètement soignée, honnêtement j’aurais replongé aussitôt. On sait bien que tout régime peut tourner à la catastrophe s’il y a un mal-être déjà à la base, par exemple. On voit qu’on perd du poids, qu’on s’affine et wouah c’est magique, en plus, on sent une certaine euphorie, ce que les médecins appellent la lune de miel, ce qui n’arrange pas nos affaires. Le corps en manque est surexcité, il délivre des endorphines qui trompent tout le métabolisme et une fois que cette sensation disparaît, là c’est le drame parce qu’on perd vite la notion de faim et on commence à s’enfoncer. 

Le pire, c’est que même moi qui me suis sortie de l’anorexie et de la boulimie, il y a 4 ans et demi maintenant, qui ai repris 13 kgs, qui pèse presque 50kgs à quelques centaines de grammes près pour 1m65, à force de voir ces photos, dans une période où la dépression était plus importante, je me suis surprise à me détailler de la tête aux pieds, à examiner le moindre cm de graisse qu’il pouvait y avoir sur mon corps, à percevoir tous les défauts, en sachant que mon corps regorge d’imperfections auxquelles je ne peux rien faire, parce que c’est ma morphologie, c’est mon ossature. Une cyphose qui me rend bossue et qui me complexe dès que je suis en débardeur ou en maillot de bain, alors durant cette période là, je n’arrêtais pas d’examiner la bosse provoquée par la cyphose et de regarder les conséquences sur mon corps qui a perdu sa musculature aussi à cause de la fibro.

Deux semaines, çà a duré cette obsession alors que çà faisait 4 ans et demi que j’avais dit bye bye à mes complexes parce que j’acceptais mon corps. Parce que je me suis battue pour avoir la vie que je mène à l’heure actuelle alimentairement et corporellement parlant et au bout de ces 2 semaines là, tout s’est remis en ordre, mais j’ai eu le temps de m’angoisser, en me disant « tu ne vas pas rechuter tout de même ??!! juste parce que tu vois ces corps là ?? mais non, hors de question !! » et j’ai pris conscience que quelqu’un qui n’est pas sortie de là, peut retomber illico la tête la première dedans… c’est triste à dire, on arrive à un point où il faut être solide psychologiquement pour regarder des vidéos youtube ou des photos sur instagram !! On va où là ? Les mannequins à elles-seules font beaucoup de dégâts, si on rajoute les youtubeuses, on n’arrivera jamais à convaincre une femme que non, elle n’a pas à peser 40kgs pour être acceptée dans la société et ne pas être regardée bizarrement si jamais elle dépasse les 45kgs (j’utilise des chiffres bas pour montrer ce qui paraît « normal » aux yeux de beaucoup et c’est dramatique…) !

Je mange sainement, parce que je l’ai réappris de cette façon et c’était mon alimentation d’avant aussi. Et si je pouvais faire du sport, j’en ferais pour l’utiliser comme un exutoire. Mais manger sainement ne veut pas dire bouffer des graines et des légumes cuits à grande eau (où toutes les vitamines foutent le camp en plus…), je mange de tout en ayant un apport suffisant et j’aime me faire plaisir avec des gâteaux, du chocolat, de la charcuterie qui est mon péché mignon aussi. Saucissonnnnn miam miam !!!! 🙂

Miam miam ^^ Source image : Pinterest

La vie est compliquée pour bien du monde et pour bien des raisons différentes, alors si en plus, on n’accepte plus de se faire plaisir pour perdre 1 os, il n’y a plus de vie…. et qui dit se faire plaisir, ne veut pas non plus dire se goinfrer !! Mais comment expliquer çà à des personnes qui sont persuadées que peser 40kgs les rendra heureuses, que leur ventre archi plat et leur cul raplapla feront ravage sur le sable cet été et que se tuer en plus à faire des heures et des heures de sport les rendra mieux…. si on enlève les couches de fond de teint, anticernes, blush, et autres machins trompe-couillon, on voit à quel point elles ont une sale tronche, il faut bien le dire ! C’est çà le bonheur vraiment ?? Jusqu’à quand, si c’est le cas……. 

La mode healthy rime bien avec le mot « folie » quand elle va dans les extrêmes comme je le vois de plus en plus… Aucune youtubeuse ne lira çà, mais si c’était le cas malgré tout : faites ce que vous voulez de votre corps après tout, mais arrêtez d’exposer votre corps qui regorge de graines, histoire de ne pas embarquer avec vous des jeunes filles qui ne sont pas bien dans leur peau et pour lesquelles, çà finira peut-être mal, parce qu’elles n’auront pas su s’arrêter à temps. On tombe vite dans l’anorexie et plus rapidement qu’on pourrait le penser… il suffit de tirer sur les bonnes cordes et on passe vite dans cet enfer, alors ouvrez les yeux, pensez à l’image que vous donner, mettez en garde celles pour lesquelles vous servez de modèles, elles vous écouteront mieux que quelqu’un qui a pourtant connu cet enfer là et qui essaie de dire de faire attention mais qui n’a aucun impact. Ce qui me rassure c’est que certaines commencent à en parler et à mettre en garde, mais on a l’impression de se battre contre des moulins à vent et ce n’est pas normal que ce soit autant compliqué à faire entrer çà dans la tête des gens…

Le poids ne fait pas le bonheur… La mode healthy entraîne beaucoup de frustrations j’imagine, vues ce qu’elles avalent, j’ai faim pour elles… On peut éviter de suivre cette mode, mais une fois qu’on tombe dans le panneau du « je suis allez trop loin », là par contre, c’est bien plus compliqué d’éviter les troubles alimentaires… Et croyez moi, l’anorexie n’est pas une sinécure, j’ai perdu 13 ans de ma vie à cause d’elle, parce qu’elle était plus forte que moi… dont 6 ans de thérapie et d’hospitalisations pour m’en tirer… des années de ma vie sont parties en fumée. 

Imaginez que la mode healthy vous entraîne aussi loin avec ses restrictions, son sport à outrance et un corps qui prend cher au lieu de lui faire du bien, comme c’était le but pourtant au départ, parce que çà ne part pas d’un mauvais sentiment le côté sain… mais c’est allez trop loin, comme beaucoup de choses, dès qu’il s’agit de nourriture, d’apparence physique, de corps et de diktats de la minceur… Vous êtes prêtes à passer tout ce temps, voire davantage avec un monstre en vous, parce qu’il est coriace à déloger ??…. Toutes les personnes qui fonctionnent en mode « healthy » ne tomberont pas dedans et tant mieux pour elles… mais il faut penser au danger pour les autres, par contre…

Prenez soin de vous… Notre corps est celui qu’on a, on n’en a qu’un, il sera le notre du début jusqu’à la fin de notre vie, alors autant l’accepter si on veut cohabiter sereinement et il est précieux. Aucun corps n’est parfait, c’est normal. Aucune mode ni aucun régime ne vaut la peine qu’on le détruise. Aux personnes qui ont réellement besoin de perdre du poids pour leur santé, j’ai toujours conseillé d’être suivie par une nutritionniste pour ne pas faire n’importe quoi. 

De mon côté, je vais continuer à manger sainement, bouger tout en me baladant et faire des photos et si j’ai envie de manger une glace, du chocolat, des gâteaux, je ne penserai pas à la mode « healthy », je veux me sentir libre au moins sur le plan alimentaire…. j’aurai tout le temps de voir mes os et ceux de mes nouveaux voisins, quand je serai installée entre 4 planches sous terre (désolée pour l’humour noir…), en attendant, je les enrobe du mieux que je peux et me fait plaisir quand l’envie m’en prend. Quitte à radoter, je répète que se faire plaisir n’est pas synonyme de bourrage et de remplissage en mode « je gave les oies pour qu’elles soient prêtes à se transformer en foie gras à Noël prochain ». 

Les projets des copinettes

Mes plus grandes victoires – « 53 billets en 2015 »

Ces victoires qui font celles que je suis… Qui serais-je, sans tous ces combats… (été 2014, plage de la pointe rouge, Marseille)

 

De blog en blog, souvent on découvre des projets ou des défis qui donnent envie d’être rejoints parce qu’ils apportent quelque chose. Quand on est un peu (beaucoup…) en bas, c’est important de se rappeler ce qu’on a pu faire, pour ne pas voir que le négatif et ce qu’on n’arrive pas à faire. C’est ma grande spécialité… alors en lisant le post de Marie qui parlait du défi « 53 billets en 2015 » créé par Agoaye et le thème m’a donné envie. « Mes plus grandes victoires » 

* j’étais destinée à vivre dans l’anorexie chronique, vu le nombre d’années passées dedans, peu de soignants pensaient que je m’en sortirais un jour. Cà fait 4 ans et demi que sur mon dossier est inscrit le mot « guérison » et il figure aussi sur tous les dossiers que je suis amenée à envoyer à la mdph ou à la sécurité sociale quand il faut faire mon bilan médical. 

* j’ai pris 13 kgs, autant acceptés par mon corps que par ma tête, ce qui était quand même le plus important, sinon çà ne servait à rien.

* je me surprends à aimer mes petites formes, à aimer les ressentir à travers mes vêtements quand je bouge et que mon popotin remplit enfin tous mes pantalons

* malgré l’anorexie, la dépression et le trouble borderline, j’ai un bac + 2. Je me suis battue même l’estomac vide, pour accéder à ce que je voulais faire.

* par rapport à mon trouble, il est difficile de tisser des liens sociaux et surtout de les conserver, on a plutôt tendance à un grand manque de stabilité, pourtant, je suis bien là, à parler depuis des années à certaines personnes et autour de moi, même si j’ai fait un grand ménage ces temps-çi (et ce n’est pas mon trouble qui l’a entraîné…..), il y a 2 personnes qui sont là depuis 8 et 5 ans. Un record borderline… 

* j’essaie d’être la meilleure tatie possible avec mes deux ptites nièces qui comptent tant pour moi et mes liens avec toute ma famille se sont encore plus resserrés, remplis de solidarité et tous les 6 sont ma force la plus immense.

* je tente de mettre en place l’un de mes plus grands projets (il n’est jamais assez bien écrit, c’est pour çà qu’on n’en voit pas la couleur, mais il est là).

* j’ai déménagé à l’autre bout de la France, loin de toute ma famille et tout reconstruit, alors que j’étais en pleine anorexie et qu’à l’époque, pour beaucoup (tout le monde en gros) c’était un projet trop fou, qui aurait pu mettre ma santé encore plus en danger, mais je me suis adaptée à ma vie marseillaise et çà fait 9 ans et demi que je suis là. 

* je me lance des défis physiques alors que je ne suis pas forcément en forme pour les faire, mais dont j’ai besoin pour mettre du sel dans mes journée très chaotiques et très noires, il faut bien le dire…

* je fais tout pour retrouver une vie professionnelle alors que beaucoup de portes se ferment et que certains statuts ne me sont pas autorisés à cause de l’invalidité, ce qui limite bien des choses…

* j’ai réussi à faire confiance à des hommes dans ma vie privée, malgré une agression et abus sexuels, à 4 ans d’écart. 

* je me suis lancée dans l’aventure asmr, sur youtube, pour essayer d’apporter un peu d’apaisement aux autres et partager

* et ma plus grande victoire est simplement de vivre…. 

 

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Des combats qui me touchent

A toi que je ne porterai jamais

Crédit photo : Pinterest http://jessicacernat.com/

« Un moment que j’ai envie de t’adresser cette lettre, les mots tournent dans ma tête, mais j’ai besoin de les cracher maintenant. Peut-être que j’ai fini par accepter, que je suis prête à faire ce deuil là, je ne sais pas. Ou peut-être que je suis juste triste de devoir t’adresser cette lettre que tu ne pourras jamais lire. Parce que tu ne naîtras jamais. Parce que je n’aurai pas pu te porter, tout simplement.

Je t’aurais appelé mon ptit poussin tant que je n’aurais su ni ton sexe, ni ton prénom. Si tu savais le nombre de fois où j’ai regardé mon ventre dans le miroir, posé mes mains dessus, comme je l’aurais fait si tu avais investi les lieux pour de vrai. Je t’aurais toujours protégé de mes mains douces et chaudes. Je t’aurais lu plein de choses pour t’habituer à entendre ma voix et qui sait te faire aimer la lecture autant que moi. Je t’aurais fait écouter toutes les musiques du monde. Je t’aurais câliné à travers la paroi bien hermétique de mon ventre, écouté tes premiers mouvements taper en moi. Je sais que beaucoup de choses seraient passées entre la vie extérieure et ta bulle de liquide amniotique. Ton papa t’aurait aimé autant que moi, je le sais aussi, parce que je l’aurais choisi pour çà et on t’aurait attendu tous les deux en comptant les mois, les semaines puis enfin les jours, voire les heures. J’ai imaginé des milliers de fois ta présence en moi, te sentir grandir, voir mon ventre s’arrondir de ses jolis formes que j’aime tant voir et puis arriver, coupant ce lien unique entre toi et moi. Dans mes pensées, il y a beaucoup d’amour entre toi, moi et ton papa. Des rires à n’en plus finir. Des jeux de toutes sortes. Des câlins pour sentir la chaleur de ton ptit corps contre le mien. Il y aurait eu des pleurs, parce que c’est la vie, mais je t’aurais protégé du mieux que je pouvais tout en apprenant à te laisser voler de tes ptites ailes au fil du temps, pour que tu sois fort pour affronter la vie, tout en sachant que moi et ton papa serions toujours là pour toi pour panser tes blessures et adoucir les chagrins. 

J’ai tant rêvé de tes jolis dessins gribouillages, de tes premiers mots, de tes premiers pas, de tes premières fois tout court, de ton premier « je t’aime maman », « je t’aime papa ». De ce lien qui nous aurait maintenu durant 9 mois. Lien incassable, bien accroché. J’aurais respiré, mangé, bu pour toi. Je me connais, j’aurais été inquiète au moindre changement, quitte à ne pas dormir pour surveiller si tu allais bien. J’aurais flotté dans des robes légères montrant mon joli ventre, j’aurais tournoyé avec, de joie et de bonheur.

Je me suis tellement battue dans l’espoir de te porter un jour, si tu savais. Tu m’as aidée à me dire qu’il fallait que je sorte de l’anorexie. Mais la chronicité s’est installée, je ne l’ai pas fait exprès, c’est une maladie tu sais et puis j’ai besoin de beaucoup de médicaments depuis longtemps. Tout a cassé l’endroit qui t’était destiné et je m’en veux. Et surtout plus que tout, tu me manques. Tu manques à ma vie mon ptit poussin. Tu aurais eu des ptites cousines que j’adore moi, mais qui ne te remplaceront jamais, même si l’amour que je voulais te donner, je le leur donne, mais ce ne sera jamais pareil. 

Un jour, le médecin m’a parlé de stérilité, j’ai eu peur. On m’a donné un médicament pour provoquer ce qui permet de porter des ptits poussins, mais j’ai fait une hémorragie et un autre médecin a préféré tout arrêter. J’étais affaiblie par mon poids, il ne fallait pas que je perde trop de sang en plus, il valait mieux laisser tranquille mon corps qui ne saignait plus seul. « Elles reviendront quand çà ira mieux », mais au fil des années, j’ai fait des dégâts et plus rien n’a jamais été pareil. La machine à faire des ptits poussins est cassée pour de bon. J’ai l’impression que sans toi, on a supprimé la plus belle chose qui pouvait me rendre heureuse, il manque une partie de moi, il y a un vide qui ne sera jamais comblé. Maintenant je touche mon ventre, en le tordant, parfois, parce qu’il me fait très mal déjà, parce qu’entre lui et moi, c’est dur, il ne me fait pas de cadeau même s’il ne fait pas son travail chaque mois. Parfois, je le touche pliée en deux d’une autre douleur, celle du coeur, de mes tripes et de ma tête, je pleure de ce vide que je ressens. Je suis à un âge où je connais beaucoup de monde qui ont des enfants maintenant. La pire question qu’on puisse me demander c’est « pourquoi vous n’avez pas d’enfant ?? », j’ai envie d’être violente parfois, tu sais. Mais j’essaie de rester gentille et réponds juste que c’est comme çà et quand on insiste, je finis par hurler intérieurement déjà mais tout aussi gentiment, je réponds que je ne peux pas porter mon ptit poussin tant attendu pendant toutes ces années. Mon corps est éteint et n’a plus l’énergie pour réparer ce que j’ai cassé, même si je me suis battue pour çà. C’était un combat vain. Il est devenu vieux avant l’âge normal et tout se finit, à part les douleurs comme pour me rappeler que mes organes sont encore bien là et à chaque coup dans mes ovaires, je me souviens que c’était comme si j’avais mal pour rien finalement. Je vais te laisser mon petit poussin, je pleure de ton manque, le jour où on m’a expliqué qu’il fallait faire le deuil de toi, je ne suis plus pareille, j’ai bien moins l’envie de me battre. Tu étais la raison de mes combats. Je n’aurais peut-être pas été une bonne maman, mais par contre, je sais à quel point je t’aurais aimé. Je t’aime, toi que je ne porterai jamais »…

Une lettre qui me sert d’exutoire pour faire sortir tout ce que je ressens en moi. Une mise en garde sur les conséquences de l’anorexie aussi, surtout quand on tombe dans la chronicité. Les dégâts sont irréversibles. Quand je me suis battue pour me tirer de cet enfer, je sauvais mon coeur qui souffrait de la dénutrition, mais c’était aussi dans l’espoir d’en entendre battre un autre, en moi… Et puis je ne supporte pas d’entendre des femmes qui mènent une belle grossesse dire qu’elles ont marre ou faire un pavé sur leur déception d’avoir une fille au lieu d’un garçon… Pensez à celles qui n’auront jamais le droit de dire qu’elles en ont marre les derniers mois, parce que c’est pour la bonne cause que vous souffrez. Et puis, un garçon ou une fille, est-ce que ce n’est pas le fait qu’il soit en bonne santé qui compte avant tout ? Je suis quelqu’un qui n’est pas contre l’avortement, parce que j’ai souvent imaginé qu’au moment où on a profité de moi, j’aurais pu tomber enceinte et je ne suis pas sûre d’avoir eu le courage de garder le fruit d’un abus. Mais c’est un autre débat. 

Combien de femmes sont dans mon cas et donneraient cher pour souffrir pour mettre au monde un ptit bout de chou, merci de le respecter çà, juste… 

Des combats qui me touchent

10 ans après mes 1ers pas pour me sortir de l’anorexie

« on s’était dit rv dans 10 ans… »

Un 6 septembre, je suis arrivée le coeur lourd, à Marseille. Je n’y venais pas en vacances, le psy m’avait envoyée en cure dans un établissement psychiatrique pour changer d’air. J’avais accepté, parce que je me voyais décliner, rien ne bougeait suffisamment et j’espérais que 3 semaines, bien surveillée dans un milieu qui me faisait peur pourtant, arriveraient à faire partir définitivement mes démons (quand on souffre, on croit parfois encore au Père-Noël, même à 26 ans :p ). 1ère fois que je partais si loin de ma famille, 800kms nous avaient séparés en un coup de train, mais aussi 1ère fois, où les soins allaient si intenses pour me sortir de ce cercle vicieux. Je ne me rappelle pas si j’ai déjà parlé de l’endroit où j’ai débarqué, donc pour éviter de me répéter au cas où…, je vais juste dire que je n’étais pas du tout au bon endroit… j’ai passé un w-e plus que cahotique et le lundi, le psy de cet endroit là, me faisait transférer dans une clinique où il travaillait aussi. Je ne parlerai pas non plus de cet endroit, parce que je suis en train de le faire dans mon livre et c’est loin d’être facile, de creuser tout çà pour en ressortir le meilleur mais aussi le pire.

Durant ces 10 ans, j’ai passé presque 2 ans et demi en milieu psy, que ce soit en clinique ou en service psy un peu plus raide. Mais qu’est ce qu’il reste de moi après 10 ans finalement…

J’ai gagné ce fameux combat contre l’anorexie, même si la fibro semble être une suite presque logique, parce que je n’aurais pas pu en sortir indemne, mon cerveau a choisi le moins grave sûrement psychologiquement. Je n’ai plus de crainte à avoir de mourir un jour de faim, mais j’ai récolté une zone douleur hyperactive. Mon mal-être s’est déplacé en gros. Il m’arrive de ne plus savoir ce qui est le pire à vivre pour moi, malgré tout, j’avoue… J’ai vécu 4 ans avec les 2. Fibro et anorexie se cotoyaient, peut-être que la fibro était là pour me dire, durant un laps de temps « allez Delph !! si tu manges, tu auras moins mal, vas y, bats toi et sépare toi de celle que tu penses être ton amie, alors qu’elle est ta pire ennemie et tu iras mieux physiquement, allez allez allez !!!!!!! » et c’est vrai que çà m’a fait bouger davantage, mais quand j’ai commencé à avouer que j’avais des douleurs un peu partout dans mon corps et que la moitié de mon corps ne bougeait plus de la même façon et que j’ai demandé à la psy « c’est normal que la prise de poids me provoque des douleurs aussi fortes ?? ». Elle tombait des nues, je n’avais rien dit et lui déballais 2 ans après les 1ers symptômes que j’avais mal… Je croyais que c’était l’anorexie qui me provoquait, ce qui était logique dans ma tête, malgré le fait que je ne sois plus tout à fait les pieds sur terre, mais j’arrivais encore à le concevoir, et finalement combien de fois, j’ai entendu « çà ira mieux quand tu auras repris du poids », quand j’osais l’évoquer ce corps qui me faisait si mal, alors à quoi bon le dire…

En 10 ans, j’ai eu beaucoup de périodes très basses, 2 ts, des amis morts de leurs psychoses, des plus belles périodes, une autre vie que j’ai voulu me construire ici dans cette ville où quelque part on m’a redonné vie. Je suis admirative des personnes qui disent qu’elles se sont sorties des troubles du comportement alimentaire, seules. C’est loin d’être mon cas. Il y a eu toute une équipe médicale derrière moi durant des années et sans elle, mélangée à mes proches et ami(e)s, je n’aurais pas pu, j’étais coriace à convaincre et il a fallu qu’on me répète plusieurs fois les choses pour que je puisse les intégrer. Le manque de confiance est ce qui est le plus dur à récupérer. Se donner une image positive aussi. Et puis s’aimer, tout court. Ne plus avoir envie de mourir parce que malgré 37kgs, je continuais à me voir énorme. C’est la photothérapie qui a renvoyé ma véritable image dans le miroir et le jour où j’ai réalisé le vrai corps que j’avais, un ptit tilt a eu lieu, mais c’était loin d’être un déclic, comme beaucoup en parlent. Il a fallu des mois pour que j’arrive à « me voir ». Si je pense aux personnes qui ont apporté leur pierre à l’édifice de mon combat, je peux compter un ergothérapeute en or qui m’a énormément apporté et qui m’a fait dépasser mes limites au-delà de ce que je me doutais pouvoir faire un jour, de ce corps. J’ai appris à avoir un contact physique avec les gens, sans en avoir peur. Je n’ai rien oublié des exercices qu’il m’a fait faire, il savait très bien cibler mes difficultés, sans que j’aie besoin de lui en parler. J’avais 27 ans, quand j’ai vraiment supporté que quelqu’un me serre dans ses bras et que je m’y sente bien, sans trouver çà bizarre. Moi la pudique, froide comme un glaçon… Maintenant, dès que je peux, je suis un pot de colle ambulant, c’est dire à quel point on peut changer des choses en soi, si on tombe sur des personnes qui nous montrent la direction. Il y a eu 3 psychologues qui ont mis leur grain de sel. 3 psychiatres, dont la dernière qui me suit encore, en thérapie de soutien, mais chacun m’a ouvert des portes vers la vie en tout cas. Des infirmières psy avec lesquelles j’ai pu parler et vider mon sac. Cà en fait du monde pour un malheureux combat contre la faim… Il m’a fallu tout çà pour me remettre sur pattes et prête à manger. Des personnes qui m’ont suivies une grande partie de ces 10 ans.

Il y a 10 ans, je n’imaginais pas vivre à Marseille, çà aussi, c’était un périple, tout le monde me mettait en garde, çà fait 9 ans que j’ai fait le pas et pour l’instant, je m’y tiens. Des amis sont venus se greffer à cette nouvelle vie, j’en ai perdu à cause de la fibro, parce qu’on ne comprenait pas certaines choses, je me dis que c’est tant pis. Pour eux. Je donnais ce que j’avais à donner, bien réduit, oui, c’est sûr… mais j’essaie de faire de mon mieux et la 1ère qui subis, c’est moi. Au quotidien. Alors, les pertes en amitié, j’en suis revenue…

La fibro m’aide aussi dans ma lutte contre mon trouble borderline. Quand je sens une pulsion arriver, un besoin de me cogner un bon coup, avec mon poing et la force que je peux dégager dans ce genre de moments, mon bras droit ne fonctionne pas, il est là, mais le fait que j’aie perdu de ma mobilité m’empêche de le faire et le bras gauche ne me soulage pas autant… il m’arrive de me dire que mon cerveau a peut-être modifié cette fameuse mobilité pour me protéger ?… Cà arrive que je perde le contrôle de moi-même, malgré tout, les migraines me rappellent que je souffre déjà bien assez au niveau de la tête sans rajouter des bosses… pareil, présentes, comme une protection pour ne pas me démolir. Les coupures sont là par moments quand les angoisses, le stress sont aussi plus forts et que je ne gère rien. A part « çà »… ma drogue pour ne pas faire péter tous les câbles qui restent…

Suis-je heureuse après ces 10 ans de combat… oui dans des choses simples et le bonheur pour moi n’est pas un truc immense, il est au quotidien, à travers des trucs parfois bien ridicules, mais que les personnes qui cherchent le Bonheur avec un grand B ne voient pas, tellement elles sont attentives à l’attendre. J’aime la vie autant que je peux avoir envie de la fuir. Je suis soit dans le blanc ou le noir, pareil. Avec quelques couleurs. Pastel, les couleurs, faut pas exagérer hein :-s 🙂 Mon corps et mon âme s’entremêlent sans arrêt et je me dis qu’un jour, les deux rassemblés vont me rendre folle. Dans le sens littéral du mot, même si je n’aime pas l’utiliser. Jusqu’où peut t-on supporter certaines choses… Le corps qui hurle, la tête qui a un tambour permanent en fond, les migraines qui se rajoutent et s’activent depuis 2 mois environ. Je ne réponds pas au traitement en plus. Le neurologue a doublé le traitement de fond pour voir, le triptan a été changé et il veut que je passe un scanner pour voir s’il n’y a rien. Dans ce joyeux bordel, il ne manquait plus que d’être migraineuse au point de ne plus pouvoir bouger, tiens et d’avoir envie de vomir à tout bout de champ. 

Il y a la vie au milieu. Moi. Et l’autre chose, sombre qui me traverse l’esprit très souvent. Trop souvent, parce que c’est aussi une lutte. Pour résumer, depuis ces 10 ans, je me bats soit pour vivre, soit pour survivre au moins un peu, et je profite de tout ce qui est bon à prendre pour m’y aider et tout ce que j’arrive à faire, c’est comme si je le vivais en double dose, pour les fois où çà ne m’est pas autorisé. C’est ma vie, celle que je n’aurai pas en 3 exemplaires… Je l’estime gâchée parfois, puis souvent, je me dis que j’ai la chance de pouvoir être autonome encore, même très au ralenti. Est-ce que je serais la même sans ces 10 années à lutter… Est-ce que je verrais le bonheur là où d’autres en sont incapables… Est-ce que de voir certaines choses, n’a pas changé ma vision de la vie sur bien des thèmes dont j’aurais préféré ne jamais connaître le côté obscur… 

Est-ce que je serais encore en vie s’il n’y avait pas eu tout çà durant ces 10 ans, tout simplement…. 

A toutes celles qui arrivent sur mon blog, en tapant des mots-clés en relation avec l’anorexie, ne perdez pas espoir. Si j’écris cet article aujourd’hui, ce n’est pas juste parce que çà fait 10 ans que j’ai vraiment tenté de m’en sortir pour de bon. Cà fait aussi 4 ans ce mois-çi que la psy a pu écrire sur mon dossier « guérison complète ». Je me sens libre de ce côté là et rien ni personne ne pourra me supprimer au moins la liberté de manger comme la plupart des gens 🙂

 

Des combats qui me touchent

Où j’en suis… Bilan…

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Entre douCeur et douLeur…

Youhou 🙂

On me demande souvent comment je vais en mp soit sur facebook, soit par mail, alors en voilà un petit bilan, du plus positif au plus négatif… :

* Côté anorexie : rien à signaler, pas de rechute (à un certain moment de ma vie, vu le climat ambiant du moment de ma trombine, j’aurais pu retomber dedans, donc c’est un signe encore plus positif… mon combat s’est renforcé et je le ressens), j’ai toujours mes 10kgs de plus, je mange normalement même si je dois fractionner mes repas, parce que mon appareil digestif ne fonctionne pas bien (je vais éviter de développer le sujet…) Bref, j’ai bousillé la machine, mais je fais avec, j’adapte. Quand je suis chez moi c’est très simple. Je n’ai plus de problèmes pour manger devant quelqu’un et çà s’est encore amélioré. Quant à mon corps, je me pèse pour surveiller 1 x par semaine s’il n’y a pas de changement. Je l’accepte comme il est, comme je l’ai souvent dit dans mes articles où je parlais d’anorexie : je n’aurai qu’un corps dans ma vie et ne passerai plus mon existence à l’examiner sous toutes les coutures. Il n’est pas parfait et ne le sera jamais et j’en ai rien à foutre. C’est mon corps, il fait partie de ma vie et j’ai bien réintégré le corps avec l’esprit. Il a fallu des années de soins, d’hospitalisation, de thérapie, mais je ne regrette pas cet acharnement quand je vois les résultats.

J’ai aussi cassé la machine « appareil génital ». Des maux de ventre constamment, des ovaires qui à 35 ans sont déjà fatigués de travailler et qui ne fonctionneront pas normalement… en faire un deuil est sûrement plus simple qu’espérer ce qui ne serait jamais arrivé. J’ai fini par me résigner, je ne serai jamais maman, c’est comme çà. Je serai juste une tatie. Tout autant aimante même de loin (mes parents m’ont appelé le lundi de Pâques, ils le fêtaient en famille et mon frère dit à ma ptite nénette « tu viens dire quelque chose à tatie ? », je l’entends arriver, au bout du fil sans rien dire, je lui dis « coucou ma ptite nénette, tu as ramassé les chocolats dans les nids ? ». Je ne sais pas si elle a reconnu ma voix à ce moment là ou si c’était le fait que mon frère m’ait appelée tatie avant, mais d’un coup, je l’ai entendue crier « tatie ! tatie ! » j’en avais les larmes aux yeux…)

* Côté livre : il attend sagement que je le peaufine, je n’ai pas eu le coeur à le reprendre. Mon moral fragile n’était pas en mesure de retravailler beaucoup de passages. Mais il est là et j’espère qu’il sera disponible début mai.

* Côté amitié : des disparitions, des consolidations, des énervements, de l’incompréhension de chaque côté, des coups de gueule, de la douceur, des câlins, de l’écoute, des présences. Peu de sorties mais j’ai savouré les rares que j’ai faites.

* Côté sentimental : je ferai un article sur le sujet… un moment que j’ai envie de dire certaines choses, mais c’est compliqué, on entre dans mon intimité, mais je ne pense pas être la seule à rencontrer les difficultés dont je parlerai, alors si çà peut aider, je me mettrai à nue (c’est le cas de le dire…)

* Côté travail : des recherches qui tournent en rond, compliquées à gérer. Je ne parle à personne autour de moi de ce que j’entreprends, parce que je n’ai pas envie qu’on me dise tout le temps « alors tu as eu des nouvelles ? qu’est ce çà donne ? » en sachant que je ne peux pas être assidue comme je le voudrais. Une chose est sûre, c’est que je perds confiance en moi dans le domaine. Je me sens merdique et me dévalorise. On se préoccupe davantage de ma santé que de mes capacités et çà joue sur mon moral et me fait douter de moi du coup, sur l’essentiel. Ce que je vaux.

* Côté fibro : le temps n’aidant pas, je suis en miettes. Je suis en crise 4 jours, j’ai 2 jours de répit, puis repars en crise pendant 6 jours et ainsi de suite, mais malgré tout, je n’ai pas envie que çà joue sur le point précédent, du coup, je me mets la pression et j’avoue que l’avenir me fait peur. L’invalidité ne m’aide pas à être rassurée… Je pense que vous avez remarqué que je ne fais jamais référence au côté financier lié à mes problèmes de santé… je n’y tiens pas, tout simplement. C’est sans doute le seul tabou que j’aurai et qu’il ne faudra jamais aborder avec moi… C’est le parcours du combattant pour faire reconnaître nos droits et j’ai tellement galéré que je n’ai plus le courage d’en faire ne serait-ce que l’allusion, maintenant que certaines choses sont à peu près résolues… J’ai la chance d’être au chaud, dans un immeuble qui me permet de mieux circuler que dans le précédent. Plus pratique à bien des niveaux grâce à l’ascenseur et à des choses adaptées dans le studio en lui-même et surtout je suis au chaud (j’ai passé 6 ans dans un studio dont les fenêtres n’avaient aucune étanchéité et où la chaudière tombait 1 semaine sur 2 en panne. Les hivers étaient rudes purée…), plus proche des commodités. Et ce pour le même loyer qu’avant, c’est çà le pire… C’est ma chance et chaque jour, je suis contente d’avoir au moins çà pour moi… Je vis sans grands besoins finalement, j’arrive à me faire plaisir avec des choses simples de temps en temps et surtout d’alimenter ma vie de relations humaines plutôt que de matériel. Voilà c’est tout ce dont on saura de moi de ce côté là…

La fibro, elle, est costaud… Ma motricité côté membres inférieurs s’est réduite et je deviens raide plus vite qu’avant. Ma béquille accompagne mes trajets un peu plus longs. Je pense que le froid y est pour beaucoup. Je ne peux pas sortir chaque jour comme je devrais et le ressens. J’ai vu la neurologue mi-mars. Je poursuis le protocole à la Timone. J’en suis à la 2ème étape, celle de la gestion de la douleur. Pendant 2 mois à raison d’une matinée par semaine, je suivrai des ateliers pour gérer la douleur à travers différents exercices, destinés à tenter de faire descendre la douleur (à l’heure actuelle, je suis constamment à 7-8 / 10 et traine souvent vers les 10 pendant les crises (nombreuses…)

La 3ème étape sera l’envoi de petites décharges électriques, d’ici la rentrée je pense. La stimulation magnétique transcrânienne. On ne me le fait pas tout de suite, parce qu’il faut que je sois dans les meilleures conditions physiques et mentales pour en tirer le maximum de bénéfices. Je n’ai plus d’appréhension sur l’envoi du courant. Il passera dans mon cerveau sans que je le sente. C’est comme un électroencéphalogramme, il y a des électrodes à des points bien précis qu’ils enfilent à travers un super bonnet troué pour les endroits qu’ils veulent traiter. Chez moi, ils viseront la zone douleur, mais aussi l’hémisphère gauche pour espérer agir sur mon hémicorps droit. Moi qui ai toujours eu peur qu’on touche aux zones de mon cerveau, là je leur laisse le champ libre, ils peuvent stimuler la zone qui fonctionne mal autant qu’ils veulent, quitte à me griller des neurones, à m’envoyer tout ce qu’ils veulent, je m’en fous, tant que je peux être soulagée…. Il faudrait que je sois perfusée de nouveau 24h/24 pendant 1 semaine avec la kétamine, c’est le moment de la cure, mais la dernière ne m’a rien fait, à part me donner des nausées et des vertiges parce qu’ils avaient augmenté la dose et que mon organisme a été davantage épuisé que soulagé…

* Côté trouble B (on va l’appeler comme çà maintenant…) : très peu de haut, beaucoup de trop bas. La psy a voulu me faire hospitaliser pour essayer de me restabiliser et me permettre d’être surveillée et sécurisée aussi… Beaucoup d’automutilations et d’idées suicidaires (faut appeler un chat, un chat…). J’ai promis d’appeler pour qu’elle me fasse entrer en urgence si je me sentais incapable de lutter seule ou d’aller aux urgences psy si c’était la nuit. 

Voilà en gros, très gros… j’en ai déjà trop dit… en résumé, c’est pas la forme physique et morale, je m’accroche comme je peux. Mais au milieu de tout, je m’épuise… Au milieu de l’épuisement, je prends toute l’amitié qu’on peut me donner. J’ai passé un jour de Pâques inoubliable. Des soirées théâtre où j’ai ri et soirée jeux avec le meilleur ami. Un coucou qu’il me fait dans la semaine, où je vole toute la douceur possible, où je pleure à chaudes larmes contre lui quand je suis à bout de tout. On sourit malgré tout. On essaie de vivre tant bien que mal. On prend la vie telle qu’elle est avec ces injustices qu’on perçoit et les joies qu’elle procure. On vit tout simplement…. parfois bien difficilement… parfois on a envie de la quitter pour un monde où le mot souffrance n’existe plus… mais on pense aux personnes qui nous aiment et on continue… on ne sait jamais jusqu’à quand, mais peu importe le délai… 

Pas très gai tout çà. Concentrez vous sur le côté anorexie, livre et amitié. C’est la meilleure partie qui existe en moi… Celle qu’il faut garder en mémoire…

Des combats qui me touchent

Venir à bout d’un projet…

Youhou !! 🙂

 

« Un corps dans la tourmente » dans toute sa construction… En train de naître… Pour que moi, je puisse naître une seconde fois…

J’avais dit que je disparaîtrais momentanément, justement pour terminer ce fameux projet qui me tient tant à coeur. Mais j’ai besoin de partager tout çà avec vous aussi, alors je fais une petite coupure.

Projet qui me bouffe beaucoup d’énergie, qui remue plein de choses. Belles, moins belles, tristes, terribles.. Parfois je suis obligée de tout stopper, parce que je sens une vague d’angoisse et les larmes aux yeux sur le point d’atterrir sur mon clavier et ma prise électrique où est branchée en permanence ma pauvre batterie qui est épuisée (ce serait malin de ne plus avoir de portable et d’en plus, provoquer un court-circuit dans tout l’immeuble ttss 🙂 ) (j’ai déjà manqué foutre le feu dans mon ancien studio, avec un sèche-cheveux, c’est dire le pouvoir que j’ai, quand on m’approche d’une source électrique hihi)

Ce projet date de 2002 déjà (je vais expliquer pourquoi il est aussi ancien). Je l’ai commencé quand je travaillais en maison d’accueil spécialisée. Une période mal vécue parce que j’étais en plein dans l’anorexie et bien vécue à la fois, parce que j’adorais me retrouver au milieu des résidents lourdement handicapés, qui m’ont tant appris sur eux, sur moi, sur la vie, sur la capacité à entendre sans qu’ils puissent parler. Ils ne pouvaient pas dire ce qu’ils ressentaient vraiment, parler de leurs difficultés au quotidien, ni de leurs combats contre le handicap mental et physique, parce qu’ils n’en avaient sans doute pas conscience pour la plupart. D’autres en avaient conscience, mais ne pouvaient pas l’exprimer et les derniers, je pense qu’ils se rendaient compte de bien des choses, mais que peu de monde le soupçonnait en fait…..

J’étais au milieu de tout cela, en tout, j’y ai passée 2 ans, dans le coin administratif, mais je les cotoyais au quotidien, même si je ne faisais (malheureusement…) pas partie du personnel soignant, je les aimés, ils m’ont fait rire, pleurer, me suis attachés à eux. Je n’arrêtais pas de parler d’eux, j’étais à la M.A.S 24h/24 en fait.

Et je combattais ce démon en moi, présent depuis 6 années déjà, à cette époque là. Je suivais les 1ers soins en ambulatoire, en centre d’accueil thérapeutique à temps partiel. Psychologue, infirmières, psychiatre.

Je me suis toujours un peu réfugiée dans l’écriture, mais pour juste écrire des broutilles, l’état du jour, l’humeur du moment. Un carnet de bord, en somme. Et en voyant les résidents murés dans le silence de la parole et de l’écriture, j’ai réalisé que moi, je pouvais parler de mon combat, contrairement à eux et qu’il fallait que j’en profite. Et j’ai commencé à organiser un peu mieux un simple document Word où j’expliquais tout. Et je me suis jurée qu’un jour, il sortirait en livre. Cà m’a aidé aussi à évacuer ce que je ressentais. Vue la longueur de mes articles, souvent, on pourrait croire que je suis bavarde lol, mais en fait, je parle juste pour dire le minimum, le strict nécessaire, j’envie les personnes qui, là, où elles font une phrase de 20 mots, moi j’en mets 10x fois :-s… Mon papa me dit parfois « tout le monde parle en même temps, mais personne n’écoute, il y a juste toi, qui essaie d’entendre tout en même temps, pour suivre ce que chacun dit ». Mouais… sauf que ce n’est pas toujours bon pour moi de ne pas pouvoir ouvrir la bouche quand il le faut… j’apprends avec des personnes qui ont le pouvoir d’écouter justement, où il y a un échange. Mais je n’aime pas parler, c’est un effort de taper la discut, parfois. J’aime bien les personnes qui ont toujours quelque chose à dire du coup. Comme çà, il n’y a pas de blanc ^-^

2002 çà semble long comme projet. J’ai arrêté des années, heureusement qu’il y a mon blog commencé en 2006 pour me souvenir. J’ai repris il y a 4 mois, quand j’ai terminé ma formation en centre de rééducation professionnelle. Les médecins ont préconisé un arrêt temporaire pour me remettre des 6 mois de formation qui m’avaient un peu lessivée… Sauf que je ne suis pas restée inactive bien longtemps. Un peu dans l’ombre, pour ne décevoir personne, en parlant de ce que je faisais, j’ai continué à travailler ce que j’avais réappris en formation, moi qui ne voulais plus entendre parler de comptabilité, je me suis dit que si je revoyais un peu malgré tout, mon « passé comptable » au moins le minimum, çà m’apportait un plus, lors de ma recherche d’emploi. Et ce projet qui prend plusieurs heures par jour et par nuit. Je voulais le terminer pour le 14 février, jour de mon anniversaire, comme une date symbolique, mais je savais bien que je n’en viendrais pas à bout. Mes bras m’ont lâchés des milliers de fois, ce qui a ralenti l’écriture, il m’aurait fallu une dactylo 🙂 donc, il ne sortira pas le 14, mais d’ici début mars, voire avril (les lectrices de HC qui ont un secret en leur possession, se taisent, merci ;-)….). Tant d’années, parce que tout simplement, j’attendais la chose ultime, pour qu’il soit rempli d’espoir à bloc. La guérison. Je ne me voyais pas finir sur une touche d’anorexie chronique. J’ai attendu d’être sûre que j’étais bien sortie de là, pour me remettre en route.

Il sera auto-publié sur 3 sites, dont l’un qui permet de le faire découvrir sur Amazon, ce qui n’est pas négligeable. De savoir qu’il sera sur papier, qu’il y aura mon combat dans ces pages, une couverture avec ma photo et mon nom, de prendre qu’il sera lu et que je me mettrai à nu, que des personnes proches, voire très proches ne savent pas, j’ai à la fois peur de ne pas être parvenue au résultat que je désirais, de ne pas avoir fait passer le message d’espoir que j’espère faire traverser, que mon style différent de celui de mon blog ne plaise pas, qu’on s’ennuie en le lisant, ce qui serait le plus dramatique je crois… et d’avoir peur du regard que pourront porter les personnes qui le liront, qui me connaissent, mais pas sous cet angle là. Peur aussi de faire mal avec mes mots souvent crus, violents. Et en même temps, je suis excitée de dire « çà y ‘est c’est fini !!! »

Que contiendra ce livre… J’y raconte comment je suis tombée dans l’anorexie, j’y parle des bagages qu’elle amène avec elle.., sans forcément raconter mon histoire ni tous les évènements qui ont pu provoquer ce mal-être. Non seulement pour conserver une certaine pudeur et un respect, mais aussi pour que toutes les personnes qui vivent avec çà, puissent se retrouver dans mes écrits. Les hospitalisations, les mots retranscrits de ma famille, de mes amis, des thérapeutes. Ce que moi j’ai pensé devant toutes ces étapes entre la dégringolade dedans, les tentatives d’en sortir et finalement ce qui m’a permis de remonter. Comment j’ai recommencé à manger, comment je me perçois à tous les niveaux. Je fais allusion à la fibro, mais très peu, parce que j’ai choisi de m’arrêter au moment où j’ai senti que l’anorexie quittait mon corps et mon esprit. 

Je trie, réécris, retranscris, mon style a changé durant toutes ces années donc pour garder une certaine homogénéité dans le style et les propos, j’ai décidé de tout réécrire comme si je l’avais étalé d’une traite sur le papier. C’est dur… pesant… libérateur… je me rends compte du chemin parcouru… des rencontres qui m’ont sauvée de là… Tout çà y figure aussi et j’espère qu’il servira surtout. S’il peut donner espoir à au moins 2-3 personnes, j’en serais déjà heureuse.

Voilà, il est 1h30 du matin et je vais m’y remettre. La pause est finie… Et même s’il est nul et ennuyeux, moi de mon côté, je saurai que j’y ai mis tout mon coeur à trouver les bons mots pour expliquer au mieux, ce que moi-même, je n’ai pas toujours bien saisi. Et quoiqu’il arrive, bientôt, je tourne une page, sereinement, je me libère de tout ce poids, je crache tout ce que j’ai vécu, vu, entendu et je réouvrirai un autre livre à écrire, celui de la vie… ou alors sur la fibro et le trouble borderline qui ne me rendent plus dingo… on ne sait jamais, paraît que l’espoir fait vivre lol. La page anorexie sera tournée pour de bon, en tout cas. 

Des combats qui me touchent·Mes petits et grands bonheurs

On sait qu’on est sortie de l’anorexie quand…

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Avant de faire mon bilan 2012, ce post là m’était important.

Pourquoi à chaque début d’année, le bilan de ce combat-là revient à la charge… Tout simplement parce que Noël, pour des personnes qui souffrent d’anorexie, c’est la période critique. L’angoisse des repas pantagruesques à ingurgiter au moins 4 jours en 1 semaine entre le 24/25 et le 31/1er, mais aussi la crainte de l’après, puisque évidemment, il y a la catastrophe conséquente de la prise de poids… Alors, qu’est ce qu’il se passe pour moi, maintenant… J’ai fêté mon 3ème Noël sans elle en moi… Chaque année consolide mon combat contre elle, mon retour à la vie, alimentairement et corporellement parlant. Tout se renforce et elle m’a rendue plus forte de ce côté là. Décimée, la vilaine. Aux oubliettes, la sal***. Au diable, ce monstre. Ouste. Alors oui, Noël, est la meilleure période de référence pour voir comment on évolue dans ce combat-là…

On sait donc qu’on est sortie de l’anorexie (à travers mes yeux évidemment, je parle toujours en mon nom seulement, dans tous mes écrits) quand… :

– on ne compte pas le nombre de calories que contient un biscuit de Noël, ni un chocolat. Qu’on avale sans avoir la gorge serrée d’avoir déjà envie de le recracher ou de culpabiliser de faire le geste de l’enfourner. Pour suivre le mouvement, pour ne pas provoquer d’esclandres dans la famille. Pour ne pas décevoir ceux qui prennent le temps de préparer les plats, alors on mange… et on le regrette aussi sec… Chose qui ne se produit plus, quand on la repousser loin de soi. Très loin…

– on se donne le droit de se faire plaisir et de partager avec les personnes qu’on aime, au lieu de tellement se concentrer sur ce qu’on avale, angoissée, au point d’oublier qu’on a nos proches à côté de nous. La notion de Carpe Diem est loin derrière nous, on a d’autres préoccupations à surveiller… Là, non.. on mange et on profite de chaque instant.

– la balance… c’est quoi cet engin là, déjà ? On ne court plus dans la salle de bain pour monter dessus, après un biscuit avalé (3 miettes et le 1/3 d’une noisette, çà peut faire grimper le chiffre qui angoisse tant). Par la même occasion, on n’agrippe plus la graisse des cuisses, des fesses et on fout la paix aux bourrelets sans les tripoter sans cesse (visibles que par soi bien sûr, ces morceaux de chair d’os en trop.. hum…).

– on se laisse vivre et bercer entre amour et ambiance de Noël, on partage, on mange, on rit, on aime. C’est la seule chose dont on a à se préoccuper.

– on ne cherche pas toutes les solutions possibles pour soit se vider (mes intestins ont gardé des traces importantes de mes prises de laxatifs à longueur de temps. L’abus a détruit ma flore intestinale et je ne dirai pas les conséquences…), ni courir dans tous les sens pour se dépenser et éliminer ces excès (pour rappel, un chocolat et un gâteau…).

– on reste en harmonie avec notre corps sans le haïr, en le regardant, horrifiée, sous tous les angles, dans le grand miroir de la salle de bain, à pleurer devant ce désastre (anorexique, on a une image très déformée de son corps, çà aussi, c’est régularisé quand on commence à aller mieux. C’est souvent d’ailleurs là, qu’on prend conscience du danger qu’on encourt, c’est mon cas en tout cas. Un jour, je me suis vue, telle que j’étais vraiment, avec mes 37kgs pour mon 1m65, un IMC de 13,5. J’ai eu peur, là aussi je me suis mise à pleurer, mais çà été un mal pour un bien de faire ce constat que je ne ressemblais pas à grand chose avec tous ces os qui dépassaient)

Voilà en gros. Je vis, aime, partage, maintenant, pendant les fêtes de Noël ou quand je mange avec des ami(e)s (il n’y a évidemment pas que Noël qui est lourd à gérer, mais aussi tous les moments où on est amenée à manger devant quelqu’un (« tu veux pas manger encore quelque chose… tu n’as pas assez mangé… tu ne manges rien… MERDE !! Et on s’isole pour ne plus rien entendre…) Avant, j’étais une calculatrice ambulante infernale, j’en oubliais que c’était période de fête agréable et de partage et pas une source d’angoisses permanentes même si je profitais de mes proches, elle était toujours en moi, en arrière-plan à me crever les tympans avec ses persécussions à la noix, ses ordres « mange pas çà, mange pas çi, bouge, vide toi, calcule, fait un peu joujou avec la balance (et puis, c’est qu’elle cause dans notre tête et bizarrement, on est seule à l’entendre cette petite voix si douce si merdique « oh hep hep hep ! t’as oublié de la mettre à cet endroit là de la pièce pour être sûre que le chiffre ne bouge pas, tu devrais recommencer pour être sûre de ce que tu as fabriqué avec ta copine Bleuette »). Oui je lui avais donné un nom… elle était couleur bleu clair et tant qu’à me rendre dingue, il fallait l’adoucir un peu en lui donnant un ptit nom doux… cinglée ptite Delph… droguée à la nourriture, à l’hyperactivité, au vidage-boyaux (bon app, au cas où) et à la fameuse Bleuette qui jouait avec mes nerfs à la trimbaler une 15zaine de fois partout dans la pièce où je l’installais, la machine démoniaque)… Près de la douche, elle affichait 37kgs. Près du lavabo, 37,1kgs… çà pouvait pas aller cette différence !!! Alors je retournais vers la douche, juste histoire de vérifier, quoi… et puis tentais d’autres coins pour avoir le maximum de chiffres justes…. elle m’a rendu dingo la Bleuette…

Je ne faisais pas exprès, et c’était des rituels qui m’étaient vitaux. J’avais besoin d’elle, c’était la seule chose que je pouvais encore contrôler dans ma vie, cette histoire de nourriture, de corps et cette obsession de devenir une mini souris… Mais un Noël sans elle, c’est si bon… Une liberté que je n’aurais jamais imaginer revivre un jour. Une renaissance, en quelque sorte et je la souhaite à toutes celles qui vivent avec cette foutue maladie.

J’ai passé un doux Noël, sans excès, parce qu’être à moitié malade d’avoir trop mangé, je ne trouve pas çà très festif et je n’y trouve aucun plaisir. J’ai une autre tactique, je profite un peu chaque jour dans la mesure de ce que supporte mon estomac, qui lui aussi, a pris des coups et met un long moment à faire passer toutes ces petites choses dans mes intestins, qui eux les expédient par contre, en mode colissimo ultra rapide-express :-s

Et voir mes parents, surtout mon père, touché de me voir manger et me dire « tu ne pouvais pas nous faire plus beau cadeau que de t’en sortir et de te voir remanger normalement et de tout », çà n’a pas de prix… ❤ J’ai tant souffert de tout çà.. Et eux avec… Là, pareil, tant de conséquences désastreuses… Que j’ai besoin d’oublier, pour ne pas me faire souffrir davantage. Maintenant, on ne vit que pour le meilleur. Anorexiquement parlant… Pour le reste, je cache beaucoup de choses encore… Je veux qu’ils voient leur fille aller à peu près bien… Qu’ils ne se rendent pas compte de toutes mes difficultés dans mon quotidien, mais qu’ils n’oublient pas mes facultés aussi. C’est un combat qui est très long, mais il vaut le coup.

Bisous les copinettes/copinets 🙂 A demain, pour le bilan 2012 et les projets / souhaits 2013

PS : je tourne en dérision exprès certaines choses, parce que c’était invivable et que même si je me sors de l’anorexie, je n’en oublie pas les 27 mois d’hospitalisation que j’ai fait à cause d’elle, ni ce travail sur moi avec toutes ces personnes qui faisaient partie d’une équipe pluridisciplinaire formidable. Mais quand on prend du recul avec « elle », on se rend compte de tout ce qu’elle nous fait faire, à nous rendre dingues et ces passages là, je préfère me moquer de moi-même, devant l’absurdité de la chose. Ce n’est pas pour autant que j’oublie et que je suis devenue incapable de comprendre comment on vit avec… au contraire… comme dit, j’oublie parfois que j’ai été anorexique, çà ne se ressent plus dans mon quotidien et le cerveau se protège aussi en bloquant certains souvenirs trop pénibles et ce n’est pas plus mal. J’ai toujours perçu cela comme une boite avec des petits tiroirs. On range ce dont on n’a plus besoin, une fois que çà va mieux, pour pouvoir passer à autre chose. Mais l’anorexie est une souffrance de chaque minute et ces 13 années qu’elle m’a volées, même si je tente de les récupérer à ma façon, j’ai la sensation d’avoir plongé dans un coma et de me réveiller. Tout est à reconstruire. Et le reste gravitera toujours autour, c’est un chantier dans lequel j’essaie de mettre de l’ordre. Ces troubles de la personnalité dont personne ne peut avoir conscience vraiment, parce que je sais bien les cacher finalement, parce que je n’en suis pas fière et que mon combat contre eux, ne finissent pas, me semble t’il.. Seuls moi, les plus proches de moi et les médecins savent. Et encore, on peut juste supposer, mais pas comprendre et comme dit, je suis une petite cachottière, je ne dis pas tout, c’est mon jardin secret quelque part…..