Des combats qui me touchent

Parfois on aimerait oublier certains épisodes…

En 6 ans et demi de blog, je pense en avoir fait un article une seule fois, de ce qui va suivre. Pourtant, je pense qu’on peut remarquer que je parle facilement de ce que je vis, j’ai vécu, ce que je ressens. Je n’ai aucun tabou et que ce soit dans la vie à travers un écran ou dans ma vie réelle, on peut me parler de tout, je suis ouverte à tout. Mais là, c’était dur, lourd, compliqué et puis trop intime, ma pudeur a pris le dessus. Sauf qu’hier, je me suis retrouvée face à mes démons…

J’attendais le métro, pour aller à la Timone, où je poursuis chaque semaine, le protocole pour la gestion de la douleur. J’avais souffert du trajet, j’habite à 10mns de cette bouche du métro, et pourtant, « pas la forme » oblige », je suis arrivée en miettes vers la rame. Et de l’autre côté de celle-çi, je vois un homme arriver et là j’ai cru que mon coeur allait s’arrêter et que le peu de mes jambes qui me restait allait me lâcher. Je me suis promis de ne pas tomber raide « respire Delph, respire, çà va aller… » Mais je me suis décomposée et je me suis retrouvée 7 ans en arrière. Mai 2006. Une chambre dans une clinique où j’étais soignée pour anorexie. Une énième hospitalisation. J’allais de rechute en rechute. 37kgs. Droguée par les neuroleptiques, parce que j’étais très violente avec moi-même et qu’il fallait m’alimenter et me protéger de mes propres coups. Un homme, hospitalisé en même temps. 50 ans. Sympa, aucune raison de l’éviter, on parlait ensemble, jusqu’au jour où certains gestes se sont passés. Le soir bizarrement, toujours… quand on m’avait donné mon traitement. Encore à l’heure actuelle, je ne sais pas comment on a pu en arriver là. Sa gentillesse avait un caractère d’obsédé dans la réalité. Quand on est assommée, avec certaines doses de neuroleptique, le cerveau se met en veille, on devient autre. Il m’a eue… Je ne me rappelle pas de grand chose, à part de son sexe, de sa main sur sa tête, pressante, pour me faire descendre où je n’avais pas envie d’aller, loin de là… Son regard qui effraie d’un coup, parce que de la gentillesse, il a pris le pas sur le côté obsédé, de l’animal… et moi je suis là, la peur au ventre, alors je fais ce qu’il me demande, anesthésiée par les médicaments, ma conscience fuyante… à peu près, la preuve, est que je me rappelle de passages. Comment j’ai pu accepter… Est-ce que j’ai eu peur ? Je ne sais rien de tout çà. Cà a duré des semaines, mon état s’est mis à empirer, il a fallu me perfuser 24h/24 pour espérer me redonner un peu de forces pour me battre… le médecin et l’équipe ne comprenaient rien. Je ne disais rien, par honte. Est-ce que j’étais consentante ou est-ce que mon esprit était si embrouillé que je me rendais compte à peine de ce qui était en train d’arriver. Je me sentais salie, mais il manquait des morceaux dans ces soirées là… Comment j’avais pu le laisser m’approcher, me forcer à faire des choses que je n’aurais jamais faites sans médicaments. Et un jour, il m’a eue… il a eu mon corps… sa brutalité m’a fait saigner plusieurs jours, il avait tout arraché en moi. Je n’ai jamais eu aussi mal de ma vie… J’ai passé ces jours là, recroquevillée dans la douche, à pleurer, voyant le sang s’échapper de ce corps que moi-même détestais. Je n’arrêtais pas de me dire que du haut de mes 37kgs, je savais mon coeur fragile et j’aurais tout donné pour qu’il s’arrête au moment où il avait commencé à tout déchirer de la femme que j’étais. J’aurais voulu mourir sous son acharnement. C’est une autre patiente, qui est une amie précieuse, encore maintenant, qui m’a poussée à parler. Je lui ai raconté. Elle et un autre patient ont été voir le directeur de la clinique, pour lui raconter. On m ‘a demandé si je voulais porter plainte, j’ai refusé, il avait une famille… et moi plus de corps… et j’avais déjà vécu une agression sexuelle 5 ans avant, sur un parcours de santé et là j’avais porté plainte. La différence, c’est qu’il ne m’avait pas pénétrée, j’avais assez de réflexes pour me débattre ce jour là et je hurlais tellement…. à tout moment quelqu’un pouvait venir, il avait dû avoir peur, il a fini de se soulager sur moi en me tenant. Pas assez de forces pour enlever cette main qui me tenait, pendant que de l’autre, il se masturbait couché sur moi. Une fois souillé de son sperme, il avait lâché prise et moi j’avais couru à travers le parcours. J’étais rentrée, mes parents affolés de moi dans cet état. La police. 5h les plus longues sûrement de ma vie, à répondre à des questions désobligeantes parfois, à regarder des visages dans des dossiers pour voir si c’était quelqu’un de déjà fiché. La recherche sur place de son sperme pour l’analyser. J’étais tombée dans la boulimie suite à çà. J’avalais tout ce que je trouvais pour oublier… j’en reparlerai sûrement, parce qu’on me demande parfois si j’ai été boulimique aussi, avec l’anorexie.  Oui, je l’ai été… 2-3 semaines après, l’affaire était devant le tribunal et je recevais une lettre qui me disait que je pouvais bénéficier d’une aide aux victimes. J’ai refusé d’en reparler, j’avais la nourriture pour me faire oublier… J’en ai reparlé des années plus tard, seulement, à la psy qui me suit maintenant. Abus de faiblesse.

Je n’ai pas porté plainte non, la 2nde fois, pour ne pas revivre la police qui veut tous les détails… il a été viré de l’établissement et interdit d’y être réhospitalisé un jour. 5 mois après, j’étais en lambeaux toujours… l’anorexie m’avait rendue fragile au point qu’on pouvait abuser de moi ? Ma fragilité… ils devaient la percevoir et en abuser ?… je les attirais ? Qu’est ce que j’avais fait pour tomber sur 2 malades et le 2ème, comment il avait pu pénétrer dans ma vie comme çà et me pénétrer moi jusqu’au sang à crier de douleur… J’étais responsable, coupable. S’il était dans ma chambre, c’est que j’étais peut-être consentante finalement ? Mais pourquoi je ne me souvenais pas de tout et pourquoi j’étais si mal en point alors ?… Des questions qui des années après, ont plus ou moins disparues… la peur est toujours là, je fais très peu confiance aux hommes finalement. Je ne suis pas réparée.

5 mois après la 2nde histoire, j’ai connu Sylvain. Sans lui, je ne sais pas où j’en serais… il a fallu lui raconter des petites choses, pour qu’il comprenne mes blocages. Ma douleur aussi à chaque fois qu’il me pénétrait parce que je refermais tout en moi. Chose que je n’avais pas réussi à faire sous le coup des médicaments qui me mettaient dans un état second. Sylvain, avec sa douceur, avait réussi pendant les 6 mois qu’on était restés ensemble à récupérer des morceaux de mon corps de femme. J’étais presque normale, loin des 2 autres qui avaient pris mon corps pour de la viande, tels des animaux affamés. Mais pourquoi moi. J’avais sûrement dû provoquer quelque chose pour en arriver là… Ces pensées, malgré la thérapie, ne m’ont jamais quittées.

Quand il faut me sédater, je veux que çà se fasse chez moi, maintenant. Je refuse de prendre tout neuroleptique dans un service de psychiatrie… J’ai peur… Je veux pouvoir garder conscience et contrôle sur mon corps et mon esprit quand je passe les portes du service de psychiatrie qui me suit.

Et hier, il était là en face de moi ou alors c’était quelqu’un qui lui ressemblait vraiment beaucoup… 7 ans ont passés, il a vieilli. Cet homme là, regardait toutes les femmes, bizarrement du même regard obsédé… J’ai regardé plusieurs fois pour m’assurer que c’était lui. Je crois oui…

Tout ce que je sais, c’est que depuis hier soir, je me suis renfermée dans ma bulle. Que j’ai revécu la moindre chose dont j’arrivais à me souvenir. Que je vais mal 😦 comme ce mois de mai 2006 et tous ces mois après, à m’en vouloir comme jamais de tout çà. Sylvain n’est pas devenu mon meilleur ami pour rien. Il ne sait pas tout de ces histoires, parce que même devant lui j’ai honte, mais il sait mes difficultés à faire confiance, il connait ma peur des services psy et des neuroleptiques. Cà ne fait pas longtemps que j’ai tout déballé finalement… suite à une dispute parce qu’il me voyait sombrer et qu’il voulait que je sois hospitalisée. Je lui ai crié « tu sais, ce que çà fait quand on abuse de toi ?? Non hein ? Laisse moi tranquille… plus personne ne me fera de mal, je préfère me mettre en danger… » Il ne peut pas comprendre ce que je ressens en tant que femme, évidemment et je crois que le peu que j’aie dit, l’a fait souffrir. Comment on avait osé toucher à celle qu’il considère aujourd’hui comme sa petite soeur ? Mais malgré lui, ma confiance en les hommes, je ne la possède plus… Et hier, en voyant cet homme, je me suis rendue compte que tous mes démons étaient encore bien là. Que j’essaie juste de vivre avec, mais qu’ils font mon présent encore…

On n’oublie rien, on vit avec… parfois on survit même…

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9 commentaires sur “Parfois on aimerait oublier certains épisodes…

  1. Oh ma belle, je ne sais quoi te dire.
    En tout cas tu n’étais pas consentante, retire toi çà de la tête. Il a abusé de toi parce que tu étais sous médicaments et donc dans un état second. Tu ne pouvais pas lutter contre cet être malfaisant.
    Il y a eu surement d’autres cas que toi et aller voir la police ne t’a servie qu’à avoir l’impression d’être encore plus sale que tu ne l’avais déjà.
    Ils ne sont pas fins psychologues en général.
    Je comprends que la vie doit être encore plus dure face à tout ce que tu as vécu.
    Je suis en pensée avec toi, gros bisous

    1. Je n’arrivais pas à lutter non et pas sûre d’avoir toute ma conscience. Un abus de faiblesse sur personne qui était malade et sous traitement, c’est comme çà, que tout a été tourné pour mettre un mot sur ce qu’il s’était passé. Je n’aurais pas dû le laisser entrer dans ma vie, j’aurais dû voir plus tôt sa gentillesse malsaine. Le consentement j’ai pu me poser la question puisque comme dit, je l’acceptais dans ma chambre, parce qu’on y discutait avant que tout se passe et qu’insidieusement, il est arrivé tout çà sans que je sache vraiment si le consentement pouvait être là. La seule chose qui me fait dire que tout est faussé, c’est son âge. Jamais, lucide, je n’aurais fait quoique se soit avec un homme qui avait 23 ans de plus que moi. C’est ma seule certitude pour me réconforter un peu, mais bon pff… du gâchis… et comme tu dis, la police, quand elle demande si on n’a pas provoqué par une tenue par exemple, comme çà s’était passé pour le 1er, alors qu’octobre en Alsace, sur un parcours vitae où moi je marchais, j’étais en col roulé, grosse veste, jeans. Rien d’attrayant. 40 kgs à tout cassé. Provoquer mouais… pas psychologues non. Ma mère a eu des mots malheureux en plus le soir, je n’ai jamais su si elle n’avait pas réalisé ce qu’il avait pu se passer ou si c’était un moyen de montrer qu’elle était mal qu’on ait touchée à sa fille, mais ce n’est pas ce que j’attendais d’elle. J’ai mis du temps à lui pardonner j’avoue… ce qui m’a convaincue de ne plus jamais en parler aussi, parce qu’on ne savait pas ma souffrance. Il avait beau ne pas m’avoir pénétrée, je me suis toujours demandé ce qu’il se serait passé si j’étais tombée sur lui en plein été avec des habits bien plus simples à enlever.

      Je te remercie ma belle et ne t’inquiète pas, tu as bien trouvé quoi dire, comme toujours d’ailleurs. Je te fais plein de gs bisous ❤

  2. Ton article m’a vraiment touchée et atristée. J’ai du mal à trouver les mots mais tout ce que je peux te dire ce que tu es vraiment vraiment vraiment ( oui 3 fois ! ) courageuse, à ta place, je ne sais pas comment je m’en serais sortie.

    Je te souhaite plein de courage pour essayer d’aller mieux depuis que tu as revu cet homme.

    Cécile

    1. Merci Cécile, c’est gentil. J’avoue que j’essaie de me persuader que je me suis trompée et que ce n’était pas lui… mais çà ne fonctionne pas comme çà… lui ou pas lui, tout est remonté et c’est pareil. Je suis juste « contente » qu’il ait été de l’autre côté de la rame, sinon j’aurais pu paniquer et m’effondrer. Là, la rame faisait barrière. Mais comme dit, lui, ou pas lui, j’ai eu du mal toute la journée. J’ai bien emmagasiné ta dose de courage en tout cas et t’en remercie beaucoup. Je t’embrasse

    1. Merci ma belle, tu es adorable. Je ne suis pas la seule à qui s’est arrivé malheureusement… cet article là, je l’ai écrit, comme pour briser un tabou. J’ai regretté juste après l’avoir publié, j’ai eu peur des réactions, mais il est là et il restera sur mon blog comme tout le reste. C’est un épisode de ma vie comme tant d’autres. Je te fais de gs bisous et merci d’être là

  3. Je savais déjà ce qu’ils t’avaient fait mais çà fait toujours aussi mal de le relire et je comprends que de l’avoir vu t’ai chamboulée, si je peux dire… quelle femme ne serait pas dans le même état que toi! Purée, ces hommes ne méritent pas de vivre, je suis désolée… Il ne faut surtout pas penser que c’est ta faute…
    Le point positif, c’est Sylvain, ton ami précieux! Te fais plein de bisous ma tite sœur de cœur!

  4. Je n’ai pas eu le courage de lire les commentaires, mais j’ai lu ton texte, difficilement je l’avoue, parce qu’il me rappelle énormément de souvenirs. J’ai connu la HDT et parfois ça se passait mal avec les autres, tu dois comprendre ce que je veux dire au vu de ton récit. Et maintenant, lorsque je vais mal et qu’on ose me reparler de ça, je peux être d’une violence inouïe que ce soit dans mes propos ou dans mes gestes ; du coup je comprends ce que tu veux exprimer. Je n’oserais pas dire que je te comprends totalement, nous n’avons pas le même vécu, mais… je crois que je peux un peu cerner cette souffrance. Je n’ose pas trop m’avancer parce que ce sujet est bien trop délicat. Alors je vais juste conclure en te disant que tu n’es pas seule et accroche toi à ceux qui t’aiment, mais tu dois le savoir. En tout cas ça m’a remuée de lire ça. C’est courageux de l’avoir écrit.

    1. Roh ma belle, je suis désolée, je n’étais pas revenue sur mon blog, depuis le fameux jour où bon… bref..
      Je te comprends oui, pareil pour moi, c’est un sujet auquel il ne faut pas toucher, je peux aussi être violente. Je me souviens toujours de cette fête de Noël où mon meilleur ami avait réussi à me traîner, je ne connaissais pas tout le monde, mais j’étais assise près de ceux qui savaient que j’avais été en psy et je ne sais pas du tout comment le sujet a débarqué sur la table, d’un coup, il y en a un qui a dit « de toute façon, tous ceux qui sont dans des services psy, il faudrait les exterminer »… je me suis décomposée, je n’ai rien dit, le meilleur ami de Sylvain, assis près de moi, et qui savait, lui a répondu et du coup, moi j’ai eu le courage de surenchérir, en voyant qu’on se mettait de mon côté et j’ai quitté la table, en pleurs après. Je pensais à moi, à tout ce mal qu’on m’y avait fait, mais aussi l’aide que j’y avais reçue malgré tout et toutes ces personnes malades que j’avais rencontrées, pour lesquelles je m’étais aussi prises d’affection voire d’amitié pour certains, parce qu’un service psy n’est pas juste non plus un endroit où la folie règne, la preuve, c’est que j’y ai passé 27 mois en tout et je ne me suis jamais considérée comme folle. Malade oui.. avec un trouble assez grave, oui… mais pas folle. Mais j’étais à exterminer… youpi…
      Gs bisous ma belle et merci pour ton propre témoignage ❤

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