Combats qui me touchent

* Journée mondiale de la fibromyalgie * La douleur invisible

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23ème journée mondiale de la fibromyalgie, ce 12 mai. Une journée de plus pour essayer de faire comprendre ce qu’on vit, ce qu’on ressent. Pour faire le constat de ce qui avance et ce qui est à la traîne. Et au milieu, la recherche médicale qui avance, c’est certain. Beaucoup de protocoles n’existaient pas, il y a encore 3-4 ans et maintenant ils sont mis en place, de façon surveillée, parce qu’on est parfois encore cobayes pour certaines techniques, mais des chercheurs se sont penchés sur la maladie pour voir comment elle fonctionnait, quelles étaient ses faiblesses et tentent de faire renverser la vapeur. Solidifier la partie du cerveau qui n’est plus autant fonctionnelle qu’elle devrait l’être (comme c’est joliment dit, pour ne pas dire que cette zone nous emmerde…). Diminuer la zone-douleur qui est beaucoup trop bruyante et fait du coup des dégâts en envoyant de mauvais signaux au corps. Bref, ils cherchent. 

En parallèle, il y a les médecins qu’on est amenés à consulter, tels que les algologues, neurologues, rhumatologues et on trouve encore des professionnels qui ne s’informent pas et préfèrent se « débarrasser » des patientes avant de les démoraliser encore plus… Au milieu il y a les administrations. Une loi doit passer normalement pour qu’on soit reconnues et qu’on puisse bénéficier du 100%, mais combien de temps il faudra se battre encore pour que tout soit mis en place, en sachant que dans certaines régions, la fibromyalgie est déjà reconnue alors que dans d’autres régions, on doit évoquer la « dépression réactive suite à des douleurs chroniques » pour espérer voir nos soins remboursés. C’est toujours aussi logique de ce côté là, surtout que toutes les personnes fibromyalgiques ne sont pas dépressives.

Comment je vis avec depuis la dernière fois que j’en ai parlé… Les douleurs sont très fortes, avoisinant le seuil qui pourrait signifier « jette toi par la fenêtre » Autant dire que c’est violent parfois. Je gère mal la douleur, ce qu’elle implique dans ma vie personnelle, professionnelle (où je ne sais pas si j’ai réellement un avenir malgré toute la bonne volonté possible), sentimentale, sociale, parce que la douleur isole à tous les niveaux et c’est une autre souffrance à devoir surmonter aussi. Un avenir incertain, bancal, sans savoir s’il y aura des portes de secours et des plans B si les A flanchent. Vivre dans un climat d’angoisses sans arrêt (au-delà de ne pas savoir si l’état physique ne va pas se détériorer encore plus, et là c’est pareil, on doit apprendre à le gérer) 

C’est usant, épuisant. Et quand pour certaines personnes, l’entourage ne comprend pas, et qu’il faut justifier tout et n’importe quoi, en plus de le faire de manière plus officielle devant les administrations, on peut vite péter le peu de plombs qui nous restent… La douleur me fragilise physiquement mais aussi mentalement et parfois je n’ai plus le courage de me dire que oui, il faut encore trouver des moyens de voir le bout du tunnel et espérer savoir vivre avec les douleurs chroniques et la fatigue.

Je souhaite que durant cette journée, on réalise au moins notre quotidien, nos difficultés à se faire entendre. C’est sûr que dire « j’ai mal partout », ce n’est pas aussi facile que de dire « je me suis tordue la cheville ». C’est plus concret et on arrive mieux à imaginer les difficultés que rencontrera la personne. 

Le mot « douleur » a été assez fort pour me donner envie de quitter la vie pour ne plus souffrir. Mais il m’a permis aussi de découvrir d’autres univers inconnus à ma personnalité, mais que j’ai tenté d’approcher pour me guider dans ma quête de comprendre comment on gérait d’avoir mal partout 24h/24, 7 jours/7 et ce toute l’année. 

Bon courage à celles et ceux qui sont dans la tourmente des douleurs chroniques, fibromyalgie ou autres maladies du même style. C’est dur, mais c’est important de garder espoir….

Que cette journée soit douce et fasse bouger encore les mentalités pour nous comprendre et faire en sorte d’améliorer la qualité de vie pour beaucoup de personnes.

Combats qui me touchent

Perte de sens, corps et âme

Entre la Terre et mon autre dimension… Source photo : pinterest

Bien trois semaines que je n’ai pas écrit ici. Dont 10 jours où je me suis volatilisée de la surface de la terre en ne parlant plus, en me rangeant dans un coin, seule dans ma tête et ailleurs finalement. Quand je réalise le nombre de jours où j’ai été autant coupée du monde et où personne ne sait si je suis toujours là et dans quel état, ça me fait mal et c’est encore autre chose à ressentir.

La douleur qui était très haute qu’il fallait gérer déjà avec les idées pas bien claires qui vont avec quand le seuil est celui de l’insupportable. Et il y a un retour de beaucoup de symptômes du trouble borderline et de la dépression qui me sont revenus en pleine tronche subitement, sans que j’aie eu le temps de ressentir grand chose. Tout s’est fait en silence pour les autres parce que personne ne savait rien mais très fort et violemment dans tous les sens du terme pour moi. Je ne me reconnaissais plus moi-même dans le miroir, les perceptions de mon corps et de mon visage qui me sont complètement différentes au point de ne plus savoir qui je suis, autant extérieurement qu’intérieurement. Mais, quand, même autour de soi devient étranger et que les dimensions sont étranges, ça aussi il faut pouvoir le gérer et ça provoque d’énormes angoisses dont je ne suis pas ressortie indemne. Et puis il y a cette fameuse réalité complètement bouleversée et à l’envers. Toutes les relations, tous les sentiments, tout le vécu, tout ce que j’ai vu et entendu avant de « disparaître », tout mouline inlassablement entre mes neurones, sauf que ça fait des noeuds et un labyrinthe. Je tourne autour sans arriver à défaire et ne trouve plus la sortie. Qu’est ce qui est vrai dans celle que je suis. Qu’est ce qui est faux. Qu’est ce qui est juste dans les mots des personnes qui me connaissent. Et si je me trompais. Où est la réalité. Pas en moi en tout cas dans ces moments là.

Et puis je quitte cette dimension disproportionnée à tous les niveaux, le brouillard devient moins épais et je brasse avec mes bras pour récupérer la surface. Je compte le nombre de jours d’absence et réalise le silence. Je ne demande jamais d’aide, déjà parce que je ne peux plus à ce stade là, c’est déjà trop tard, j’en perds de ma lucidité. Les moments où j’arrive à dire que je me sens mal sont les moments où ma tête est à la surface de l’eau mais que je sens que j’ai du mal à revenir. Comme quelqu’un qui se noie vraiment et qui agite les bras pour avoir le réflexe de dire « ouhou ça ne va pas du tout ». Mais ce coup-çi, 10 jours se sont écoulés avant que je puisse le faire et la suite n’est pas joyeuse, parce que je pense qu’il était un peu tard. Suis restée encore quelques jours entre deux eaux, c’est le cas de le dire. Et si j’étais morte durant ce temps. Si j’avais perdu ma lucidité au point de ne plus avoir cet instinct de survie qui m’habite régulièrement (souvent). Si on m’oubliait au point de ne pas savoir si je suis toujours bien en vie. L’abandon, l’oubli, le rejet, tout sur ce dont je me suis construite pour diverses raisons, sont eux aussi démultipliés et la tristesse m’envahit toujours. La question « qui je suis » qui revient inexorablement. Bref, c’est mon enfer sur lequel j’ai bien du mal à poser des mots dessus. Il rend très seule en tout cas. Ne valorise pas. N’est pas ce qu’il y a de plus « vivant ». 

Je suis un peu le mix de « Interstellar » et « Seul sur Mars » pour le coup, dans ces périodes que je ne peux pas redouter avant puisqu’elles ne sont pas ressenties. C’est juste un gouffre qui s’ouvre sous mes pieds. Par contre, le retour est tout autant rude, parce que c’est épuisant de se faire vivre et de continuer de donner un sens à ce qu’on est et qui on est. A nos yeux mais aussi aux yeux des autres. Pour le moment je me sens en carton dans tous les domaines. Amie, fille, soeur, tatie et apprentie secrétaire médicale en carton. Avec une valeur estimée à des notes inférieures à 0. A ne plus rien pouvoir apporter de bon. De tout faire sauf ce qu’il faut pour soi et pour les autres.

J’ai été mieux pendant quelques jours où j’ai pu respirer et sortir un peu et aujourd’hui, mon corps était tellement flingué par le temps que le moral n’était de nouveau plus au rv. Mais c’était lié à la douleur. J’espère du moins…

Prenez soin de vous. Ce sera toujours ma phrase de fin, parce qu’on est seuls à pouvoir vraiment le faire. Seuls en soi et face à soi. 

Combats qui me touchent

Gâchis d’un corps tourmenté – Trouble borderline

!!!!! Ames sensibles s’abstenir !!!

On dit à cette jeune femme qu’on voit un peu partout, qu’on côtoie au quotidien, que ce soit dans son travail, à la maison, au milieu d’amis « tu es douce, tu ressembles à un petit ange (oui…), tu es toute discrète, on ne t’entend pas ». Comme à son habitude, elle dit « oui c’est dans ma nature », mais pense au fond de ses tripes qui font des castagnettes tellement elles sont remuées dans tous les sens « si vous saviez le monstre que je deviens quand tout s’installe en moi pour exprimer ce que les mots ne suffisent plus à dire. L’ange est loin dans ces moments là. Même moi je ne me reconnais plus ». Et elle se sent seule, parce que c’est quasi son quotidien et qu’elle ne dit rien. Pire elle ment parce que dire la vérité reviendrait à avouer l’inacceptable et une vérité qui effraie. Et puis comment expliquer ce démon intérieur. Alors elle sourit, même si c’est de moins en moins, pour tenter de changer le change, parce que finalement, qu’est ce qu’elle y comprend de plus, elle, à ce cerveau qui par moments débloque au point de l’embarquer pour un aller-retour vers le monde parallèle, là où tout est fait d’obscurité, de pensées à côté de la plaque mais qu’elle pense réelles. Dénouer le vrai du faux, se convaincre du vrai quand elle croit que ce qu’elle pense est en fait faux. Le passage dans l’autre monde, un pied dans la partie réelle de son cerveau, l’autre qui flotte au beau milieu de la partie psychotique. 

Seule, souvent le soir, à l’abri des oreilles et des regards, lumière éteinte, elle passera de longs moments le poing fermé à frapper de toutes ses forces sur son visage. Coups après coups de plus en forts, faisant ressortir toute la douleur morale qu’elle emmagasine et qu’il faut qu’elle fasse exploser pour ne pas devenir cinglée complètement. Sans ressentir aucune douleur, qu’elle n’entend (malheureusement) pas, le corps est anesthésié sous le coup de ses gestes de folie qu’elle ne capte pas, parce qu’elle n’est plus du coup connectée au monde réel et dans l’autre monde, tout s’éteint. C’est l’épuisement des gestes qui fera tout stopper même si l’état second restera encore un moment après. Même si le monde parallèle ne disparaîtra pas tout de suite non plus, parce que c’est plus rapide et avec très peu de signes annonceurs de dégâts qu’on descend dans cet enfer là, que le retour dans le vrai monde (même si parfois, pendant des jours, elle ne saura pas à quel monde elle appartient parce que l’absence sera plus longue, plus compliquée à gérer). 

Puis viendra ensuite la douleur de son visage tuméfié, rempli de bleus, l’oeil qui ne s’ouvre plus parce qu’elle aura tapé trop près, la pommette défoncée et l’os qui double de volume, quand elle reviendra à la surface de nouveau. Et penser aux mensonges à inventer pour le lendemain. Elle est fatiguée d’expliquer l’inexplicable. Plus tard, elle frappera aussi le corps parce que son trouble se sera amplifié et puis sur son corps personne ne verra qu’elle est remplie de bleus au moins et elle n’aura plus rien à justifier. 

La jeune femme prend un médicament antipsychotique depuis qu’on a posé ce diagnostic qui l’aide sans doute à tenir le cap même si parfois son poing est prêt à partir, mais elle a fait du chemin aussi. Elle est « abstinente » de coups (non elle n’était pas une femme battue comme on a pu lui demander les fois où les urgences l’ont accueillie parce qu’elle avait perdu connaissance pour avoir frappé trop fort. La force décuplée qui fait des ravages sur son corps d’à peine 37kgs, au pire de l’anorexie combinée à l’état limite… Suspiscion de traumatismes crâniens si souvent. Les nuits passées aux urgences pour surveillance, réveillée chaque heure par une infirmière pour voir les constantes et vérifier qu’elle était bien consciente et ne tombait pas dans le coma à cause d’un mauvais coup à la tête. Tout ça pour des coups qu’elle ne gérait pas. Lamentable qu’elle se sentait…. 

Cette jeune femme c’est évidemment moi. Ca fait bien 5 ans que mon poing n’est pas parti, pourtant, je suis souvent dans le monde parallèle, mais mon corps souffre tellement que les pensées sont peut-être plus violentes qu’avant et que parfois je me sens étouffée dans ma propre merde, parce que je n’ai plus le moyen d’évacuer avec ma « drogue » de l’époque, tout simplement parce que mes bras ne le permettent plus (parfois je me dis que ma mobilité s’est réduite inconsciemment pour me protéger de moi-même…) et mon corps est dans un tel état de souffrance que j’essaie de faire passer les périodes comme ça avec d’autres moyens qui me soulagent sûrement moins bien qu’un poing dans la gueule… mais qui à terme me renforce et m’aide à lutter contre ce trouble qui altère ma personnalité. 

Si j’y pense souvent en ce moment, c’est « simplement » parce que j’ai des douleurs de plus en plus importantes depuis cette dernière année, au niveau de la mâchoire avec des difficultés à mâcher, ouvrir la bouche, parler parfois quand c’est vraiment aigu comme douleur. Cette après-midi, j’avais rv dans un service d’odontologie à la timone, la dentiste suspecte un Sadam, un dysfonctionnement de l’articulation qui entraîne à lui tout seul de nombreuses douleurs dans d’autres endroits que la mâchoire. J’attends de voir un spécialiste qui confirmera ou pas. Il se traduit aussi par des craquements au niveau de la fameuse articulation et quand la dentiste m’a dit que c’était surtout à droite, évidemment que j’ai pensé à tous ces coups… je n’ai pas pu en parler, à part la psy, personne du corps médical ne sait mes antécédents à ce niveau là, la peur qu’on ne comprenne pas ou qu’on me prenne pour une folle est bien trop grande. Mais je me dis que mon corps se souviendra à vie tout ce qu’il a enduré et même si je suis sortie des tca, le prix à subir est présent… Il y a la culpabilité en sachant en parallèle que le contrôle n’existe plus quand les émotions elles-mêmes ne sont plus qu’un ramassis de choses qu’on est bien incapables de gérer. Pire, de les nommer. J’apprends ce qu’est la colère, la tristesse, la joie.. pour moi c’est un sentiment quasiment identique, juste capable de dire « je ne vais pas bien » ou « oui je vais bien ». Mais il n’y pas de nuances réellement. Et quand j’arrive à les nommer, leur intensité est au centuple de ce que je devrais ressentir et qu’est ce que j’en souffre, parce qu’il y a juste des vagues de sentiments et d’émotions éparpillés qui me viennent en pleine tronche et je ne sais pas quoi en faire. Je ne sais pas dans quel tiroir de mon cerveau les caser. 

Je n’oublierai jamais ce massacre, ni les mensonges, ni les poches de glace, ni l’odeur du synthol ou de l’arnica, les yeux au beurre noir, le visage bleu/noir qui passe par toutes les couleurs. La douleur. Parfois je la ressens sur les os de mon visage comme à l’époque. Souvent je me dis que je n’ai pas à me plaindre de certaines douleurs parce que je l’aurai bien mérité. Mais ce n’est pas si simple de me juger à ce point. Si j’en suis arrivée là, c’est que dans ma tête, il y avait une sacrée souffrance à ces moments là. Dans tous les cas, le mot « douleur » est présent. Et faut faire avec maintenant… Réparer les dégâts sur ce corps qui a sûrement bien enregistré chacun des coups donnés et qui continue à me le faire payer sans doute.

Combats qui me touchent

Ce regard qui m’a fait retrouver mes mots

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Source photo : pinterest

Dix jours sont passés déjà (ou seulement). J’ai eu besoin de m’éloigner de mon blog, parce que j’en étais arrivée à me culpabiliser de ne pas avoir de mots exprimant ce que je ressentais et incapable d’apporter un soutien quelconque au travers de mes mots, aussi minimes qu’ils aient été. Au lieu de ça, c’était le silence, la souffrance intérieure, le mutisme, les pleurs, la peur là, les questions où j’entendais « faut pas leur montrer notre terreur ». Je m’en voulais presque d’être aussi terrifiée de ce que je voyais dans les actualités du coup, ne comprenant pas pourquoi tout prenait de telles proportions. Mais j’avais aussi peur de sortir, même si on est bien loin de Paris. 

Et puis il a fallu sortir. Vendredi. Une semaine que je n’avais vu personne, à part Happy. Le 13 novembre, ma meilleure amie était venue pour une soirée filles où on papote de tout (surtout de mecs ^^), de nos vies, de tout ce qui ressemble à la vie. On riait. J’entendais bien mon portable qui m’indiquait que des messages sur messenger arrivaient, mais par respect, je n’ai pas regardé (et j’ai bien fait. C’était la 1ère soirée où je me sentais sereine et la dernière où j’ai trouvé un peu de paix en moi, alors c’était précieux). A 2h du mat, elle est partie, je me rappelle avoir fermé la porte le sourire aux lèvres, en la taquinant sur celui qui lui fait battre son ptit coeur. Puis j’ai rallumé mon pc et là c’était la mort après la vie. On avait passé la soirée à rire pendant qu’ils se faisaient massacrer. J’ai perdu mon sourire en 2ndes, aussi vite qu’eux ont été tués. 

La suite est un mélange de sentiments. Colère, tristesse, empathie envers les familles, pensées pour les blessés, l’incompréhension devant de tels gestes barbares, les amalgames que je commençais à lire et qui me mettaient hors de moi d’où mon post précédent d’ailleurs. 

Je suis donc sortie une semaine plus tard. Ma 1ère sortie, pas forcément seulement à cause de ça, mais aussi parce que je suis très douloureuse ces temps-çi et me retrouve souvent clouée. L’angoisse de me retrouver avec du monde alors que c’est déjà ma hantise en temps normal, était forte. Arrivée dans le supermarché, quelqu’un m’a bousculée sans faire exprès et en présentant ses excuses, ce qui est rare, il faut bien le dire. Mais évidemment, vu le contexte, je me suis retrouvée en pleine crise de spasmophilie à respirer dans le petit sachet qui ne me quitte jamais, discrètement dans un coin du magasin. Je voyais les gens tournoyer autour de moi et là, deux sentiments se sont mis en place. 

D’une part, comme une subite affection pour toutes les personnes qui étaient avec moi au même endroit. Je nous imaginais lutter contre des terroristes, ensemble. Chaque personne que je voyais, était à mes yeux, susceptible d’avoir été au Bataclan une semaine avant. Je les imaginais morts pour rien comme eux. J’avais envie de serrer tous ces gens dans mes bras pour leur dire qu’il fallait qu’on se batte vraiment ensemble, pour Paris, pour notre Pays. Que nous, on était pas morts contrairement à eux. Et qu’il fallait résister à la terreur (même si j’avais l’impression d’être seule à la ressentir pour le coup)

D’autre part, il y avait aussi la menace. Chaque visage qui me mettait le doute était un danger potentiel et je fuyais les rayons. Certaines pensées me revenaient en tête de ce que j’avais vu dans les médias et chaque bruit me faisait sursauter, annonçant le pire à venir. A peine remise de la crise, je me voyais finir là avec tous ces gens (l’angoisse à ce stade ne rend pas forcément très rationnelle…)

Je suis arrivée enfin à la caisse tant bien que mal. Derrière moi il y avait un homme de mon âge environ, qui m’a dit quelque chose à propos d’un article qui avait foutu le camp du tapis. Je me suis sentie agresser, dans un premier temps « qu’est ce qu’il me voulait ce type » parce que je n’avais pas entendu ce qu’il disait et que je me sentais devenir parano, je le voyais en terroriste :/ …. Et puis il a répété en souriant avec un regard rempli de douceur. On a été amenés à échanger une nouvelle fois et c’est là que tout s’est débloqué dans ma tête. Tout a fait surface. Ce que je n’arrivais pas à exprimer arrivait là au mauvais moment, mais là quand même. 

Je suis toujours attentive au regard des personnes que je croise. Et le sien m’a subitement fait craquer nerveusement. Il manquait peu pour que j’aille vers lui et que je m’écroule dans ses bras, en lui disant « serrez moi fort, prouvez moi que je suis bien vivante moralement encore, je me sens trop éteinte, je n’en peux plus de ce que je ressens et vois depuis une semaine ». Evidemment que je suis restée à ma place, à ranger mes courses. Je me suis dépêchée de rentrer, me suis arrêtée pour donner une pièce au monsieur musulman d’un certain âge qui se fait écraser, assis dans son coin, à chaque fois. C’est mon rituel depuis 3-4 fois que je le vois. Et son regard à lui aussi m’a troublée. J’y lisais à la fois la détresse de sa situation, en me demandant s’il était au courant de tout ce qui arrivait, s’il avait conscience de ce qui s’était déroulé une semaine avant. Et la gratitude que je lui montre que je l’avais vu, camouflé dans son coin. 

Deux regards et mes mots qui ont pu sortir. J’ai serré ma Happy très fort pour avoir un peu de sa chaleur et réalisé que le fait de n’avoir vu personne durant une semaine m’avait fait souffrir à un tel point… J’avais entendu ma famille, mais physiquement qu’est ce que j’étais seule, impuissante, écrasée par quelque chose d’encore plus cruel que ce que je pensais, au milieu de l’horreur, de la terreur, de l’incertitude de l’avenir, des questions désormais sans réponses. A l’heure actuelle, je ne sais pas où j’en suis de ce que je ressens. Une chose est sûre, je ne fais pas partie des personnes qui disent ne pas avoir peur. J’ai un rôle plus passif qu’actif, dans le sens où je ne suis pas capable de sortir la tête haute, de vivre comme si rien ne s’était passé. Et encore moins rire. Mais on avance chacun à sa façon. Le trouble borderline fait des ravages en moi, mélangeant réalité et fiction dans mes pensées parfois bien discordantes. S’il est plus puissant c’est que je n’arrive pas encore à bien séparer mes émotions, à retourner la colère envers moi à défaut de pouvoir la cracher vraiment. Mais au moins je parle…. Grâce à ce regard qui m’a fait réaliser le fond de mes pensées qui s’étaient camouflées en moi. Peut-être pour me protéger le temps d’être capable d’assumer… 

Entourez vous, c’est le seul conseil que j’arrive à donner, parce que je me suis aperçue que l’isolement ne m’avait pas arrangée dans l’histoire. Que j’aurais sûrement eu besoin de chaleur humaine pour me sentir un peu en sécurité contre tout cet enfer et ne pas me sentir morte de l’intérieur… Comme si on avait éteint des bouts de celle que je suis. 

Combats qui me touchent

Le ciel et ses innocents

Il est même épuisé………

Je n’ai pas beaucoup de mots malheureusement. Les mêmes tournent en boucle. Horreur, stupeur, massacre, morts pour rien. C’était un vendredi soir qui était comme les autres, l’envie de décompresser de la semaine, un concert, un match de foot. Des personnes qui avaient juste envie de profiter de moments avec de la famille, des amis. Des personnes qui se réjouissaient d’un moment de vie. C’est la mort qui aura été au rendez-vous. Des êtres humains tués par des monstres. Ils n’avaient rien demandé, ils étaient « juste » là au mauvais moment sur un morceau de ce monde qui tourne à l’envers depuis longtemps.

J’avais finalement le même programme qu’eux, passer une soirée d’amitié avec une amie précieuse. On a ri, papoté de tout. Il y avait la vie. J’ai fermé la porte derrière elle, allumé mon pc le coeur léger de cette chouette soirée. Un coeur qui s’est retrouvé en miettes et fracassé en à peine 1 seconde en découvrant ce qui s’était passé entre le moment où j’avais éteint et rallumé ce qui me permet d’être connectée à la vie… ou à la mort comme hier soir. 1 seconde, c’est aussi le temps qui aura suffi aussi à faire disparaître définitivement toutes ces personnes. Pour un même objectif d’un vendredi soir, la seule différence entre eux et moi, c’est que j’étais à l’abri et au bon endroit, au bon moment. C’est vraiment la seule chose qui nous différenciera à jamais. De prendre conscience de ça, a glacé mon sang encore davantage.

Je pense à toutes les familles de ces victimes qui n’avaient rien demandé à part passer du bon temps comme beaucoup dans le reste de la France. Ceux qui se battent pour récupérer de leurs blessures.

Et j’aimerais par la même occasion qu’on arrête les amalgames qui reviennent sur le tapis dès que possible. J’ai aussi des pensées pour ces ami(e)s musulman(e)s de sang ou de coeur, qui n’ont rien demandé non plus, pour qu’on les mette dans le même sac que ces monstres là. Hier soir, il y a eu un mélange de religions tuées. Ces connards n’ont pas filtré la direction de leurs tirs, tout le monde était au même niveau et à l’heure actuelle, il y a des familles de toutes origines et ethnies qui pleurent leurs proches et qui se battent avec eux au milieu des hôpitaux en espérant les voir vivre.  On est identique face à la vie et à la mort et il ne faut pas tout confondre. Hier soir, tous ces gens étaient là au mauvais moment, au mauvais endroit, victimes de monstres fanatiques.

Je suis sidérée de voir certains messages passés…  J’ai toujours souvenir de ce panneau qui passait régulièrement « quand j’étais petite, il n’y avait pas de musulmans, de juifs, de catholiques… juste des amis ». Et je n’ai jamais changé d’opinion quoiqu’il y ait eu dans ce monde pourri. A mes yeux, mon amitié n’a qu’une religion, celle du coeur et ça restera tel quel. Rien ni personne ne me fera changer sur ce point là. L’amalgame détruit tout autant que les actes en eux-mêmes… Les personnes qui sont en train de soigner les personnes que vous aimez sont peut-être musulmanes, je ne pense pas que vous rejetterez ceux qui sont en train de sauver la vie de vos proches… Faites pareil avec les autres et arrêtez de tout mélanger… 

J’ai ressenti le besoin de dire davantage à mes proches que je les aimais et j’avoue que j’aurais aimé pouvoir serrer très fort tout le monde contre moi, tellement je me sens en dehors de la vie au milieu de cette noirceur qui a ruiné les rues de Paris mais pas que. J’espère que tout le monde va pour le mieux au moins physiquement…. 

A cette paix qui fout le camp…. A ces familles endeuillées…. Je me sens impuissante face à tout ça et aucun mot ne pourra changer cette face sombre du monde… 

Combats qui me touchent

Donner de l’affection et ne pas le regretter

Source photo : Pinterest

C'est parfois difficile de mettre une limite entre donner assez d'affection et en donner trop. On a plutôt tendance à se dire, je suppose, que le fait de ne pas en fournir suffisamment est plus défavorable pour la personne qui la reçoit en "trop grande quantité". Et là on peut me répondre "mais on ne reçoit jamais assez d'affection et d'amour !!" Et pourtant, il se trouve qu'en apporter "trop" en sachant que c'est bien relatif aussi, peut porter préjudice dans le cadre de certaines pathologies par exemple. 
Durant les quasi 30 mois passés en milieu psychiatrique (sur 6 ans, pas d'affilée heureusement...), j'ai rencontré beaucoup de monde. Des personnes auxquelles je me suis attachée. Des personnes souffrant de troubles alimentaires, bipolaires, schizophrènes, dépressives etc... avec des seuils de gravité aussi plus ou moins élevés. Il s'est trouvé qu'au milieu, j'ai très souvent été celle vers qui on venait parler pour confier parfois des choses difficiles à avouer (et à entendre...). Ses mots qui sortaient d'une manière brutale de la bouche de certains cachaient des êtres qui souffraient également d'un vide affectif pour diverses raisons. Liées à leurs troubles ou l'absence tout simplement de gestes affectueux, voire pire un manque d'amour qu'ils se traînaient depuis l'enfance. Ce fameux âge où toute la composante affective se construit et qui peut faire défaut. Alors, j'ai donné le maximum d'amour, d'amitié, d'affection, de câlins à des petites ados. A des adultes qui avaient besoin de réconfort. 
Je me souviendrai toujours de C. qui avait tout perdu, il venait toujours vers les autres en demandant qu'on lui fasse simplement une bise. Il avait besoin de ce contact si simple à donner. Il y a eu aussi T., une petite ado qui me voyait comme la grande soeur. Elle était toujours collée à moi, quand elle me voyait dehors, elle se jetait à mon cou, toute contente de me retrouver. Installée dans un fauteuil en train de lire et elle venait se caler contre moi. Elle m'avait avoué un viol, venait confier son inquiétude sur le fait qu'elle prenait du ventre et qu'elle était toujours fatiguée. En étant moi-même dans ce cas à cause des neuroleptiques qu'on me donnait, je lui avais répondu d'en parler au médecin pour savoir si ça pouvait être un effet secondaire aussi. Quelques jours plus tard, elle est restée avec moi pendant le repas qui était long à finir de mon côté et en chuchotant, elle m'a dit que les médecins l'avaient forcée à avorter. Son ventre était dû à une grossesse suite au viol qu'elle avait subi... Peu de temps avant on m'avait reprochée d'être trop proche et trop protectrice. Qu'est ce qu'il fallait faire ce fameux soir là, en sachant qu'elle ne parlait pas facilement aux soignants et qu'elle était devant moi à pleurer. Je n'ai pas imaginé la laisser en plan avec sa souffrance, elle avait besoin de réconfort, de parler, de pleurer, de pouvoir se confier, c'était tout ce qui pour moi était important.
Et il y en a eu des personnes comme elles, même dans mon travail, on me reprochait d'être trop proche de certains résidents (je n'aurai jamais su la limite finalement... mais j'y pense vue ma formation c'est sûr, de peur de faire mal du coup). A chaque fois, je ne savais plus comment me comporter, il y avait toujours une déchirure qui se faisait en moi quand on me "séparait" de ces êtres là. Un jour, une infirmière est venue me parler en me disant qu'il fallait que je rejette T. dès qu'elle s'approcherait de moi dorénavant. Je n'ai rien compris. On m'a répondu que ça pouvait lui porter préjudice et la conforter dans l'idée que si elle sortait de la maladie, elle n'aurait plus ces marques d'affection. J'ai eu droit au même discours avec d'autres. Je me sentais souvent coupable en me disant que j'entravais la guérison de ces personnes du coup. 
Quelques années auparavant, c'est l'inverse qui s'était produit. C'est à moi qu'on avait retiré l'affection qu'on me donnait. Dans ce genre d'endroits, toutes les émotions sont exacerbées et je pense que le fait d'être compris par des personnes qui ont des symptômes identiques nous rapproche automatiquement. Et c'est là qu'on m'a parlé de "bénéfices secondaires". Les bénéfices étant les marques d'affection reçues et le "secondaire" étant plus ou moins la conséquence néfaste. Me concernant, en gros, je pouvais avoir "envie" inconsciemment de rester dans l'anorexie en voyant l'affection qu'on m'apportait. Et c'était peut-être en train de me détruire davantage... Chose qui s'est avérée fausse pour le coup, d'où mon post de ce soir d'ailleurs, même si je conçois que ça puisse arriver. Mais on n'est pas tous pareils en tant qu'être humain et c'est valable pour les pathologies aussi. 
Je me suis reconstruite aussi, entre autres, avec l'affection de personnes qui ont été d'un soutien immense et sans lesquelles je n'aurais pas tenu le coup, hospitalisée tant de temps dans ce genre d'endroits. Loin de ma famille, elles étaient comme des repères dans un combat qui me dépassait. Et pour ces êtres qui ont compté des années plus tard et auxquelles j'ai donné de l'affection moi-même en ne tenant pas toujours mes distances je l'avoue, je n'ai jamais regretté d'avoir démontré mon côté affectueux. 
Les années passent, mais j'y pense souvent, parce que c'est resté imprimé en moi tout ce que j'ai vécu là. Par contre, à aucun moment je n'ai regretté celle que j'ai été. C. est mort quelques mois plus tard, ce ne sont pas les bises qu'on lui faisait qui l'ont emporté et les bénéfices secondaires qu'on aurait pu entraîner, c'est la maladie toute seule, comme une grande... T. est maman maintenant et parfois elle m'appelle, je n'ai pas l'impression d'avoir été néfaste dans sa guérison, comme on a pu le sous-entendre. J'aurais dû la serrer encore plus fort pour lui donner le peu d'énergie que je possédais à ce moment là. J'en avais sûrement besoin autant qu'elle en plus. Et d'autres sont morts malheureusement. Je n'aurai plus l'occasion de les serrer très fort contre moi et je me dis que j'ai bien fait d'en profiter. Voilà le résultat et où on en est... en gros ça servait à quoi de faire attention à ces fameux bénéfices secondaires qui peuvent apparaître dans certaines pathologies. Ca leur fait de belles jambes, la maladie les a emportée de toute façon, à l'heure actuelle.
Je n'ai jamais regretté d'avoir donné de l'affection, ni d'en avoir reçue non plus. Je ne connaîtrai jamais le pouvoir des bénéfices secondaires dans la guérison de quelqu'un. Je sais juste que demain, la personne peut mourir et mon regret par contre, serait de ne pas avoir peut-être pas assez donné. Parfois c'est important d'écouter les conseils des médecins, mais souvent, il vaut mieux écouter son coeur et ce qu'on ressent face à quelqu'un en détresse... Sans se poser la question de savoir si on fait bien ou pas, parce que la personne qu'on a face à soi a besoin de soutien à ce moment là. Le seul risque est de s'attacher malheureusement et de souffrir si la vie nous sépare. Mais autrement.... 
La dernière fois qu'on m'a serrée très fort, vraiment, et que j'ai senti qu'on se raccrochait un peu à moi comme à un repère et une bouée de sauvetage pour le coup, c'était un ancien patient qui aurait pu être mon père, que j'ai croisé dans la rue. Il était en train de faire la manche. Il m'a reconnue et était tellement content de me voir que son réflexe a été de me prendre dans ses bras. Je n'oublierai jamais ses yeux remplis de larmes quand il m'a lâchée. Par contre, j'ai oublié que ce jour là, si j'avais écouté les conseils des médecins le concernant, je l'aurais rejeté en me disant "ouhlala attention, il risque d'y avoir des bénéfices secondaires", ce n'est pas comme ça que je vais l'aider à s'en sortir :/ ... Il est dans la rue, qu'est ce qu'on peut connaître de pire comme rejet ? Sa souffrance n'est pas assez grande déjà ?... Qu'est ce qu'on s'en fout parfois des théories médicales face à l'être humain en détresse.... 
Combats qui me touchent

Bilan mensuel

C’était le ciel d’hier soir, au-dessus de Notre de la Garde, depuis mon balcon. De magnifiques couleurs qui réchauffent le coeur

Qui dit fin de mois, dit bilan mensuel de ce que je deviens à tous les niveaux.

Je n’ai pas pu être présente très souvent ces dernières semaines, pour différentes raisons. Certaines choses personnelles dont je ne parlerai pas ici par contre, pour me préserver de certains regards qui font de moi une personne absente dans certaines vies, mais utilisent bizarrement mon blog pour en savoir davantage et je ne suis pas fan de ce genre de comportements bien lâches… Du coup, quitte à en souffrir de ces choses qui me touchent et à m’autocensurer, autant ne rien dire du tout dans certains domaines… 

Un mois que j’ai commencé la formation, qui est intéressante et pour laquelle je suis très motivée. Mon cerveau me joue des tours, j’espérais qu’au fil du temps, j’intégrerais mieux les choses en travaillant, mais ma mémoire de poisson rouge est bien active. Et c’est frustrant de voir que les cours ne rentrent pas alors que la motivation est bien là pourtant. Je me retrouve face à des difficultés aussi physiques puisqu’il y a des devoirs à faire de façon manuscrite, en sachant que je ne peux pas écrire plus d’une 10zaine de lignes et qu’au-delà mon écriture devient celle d’une enfant de 6 ans :/ Le but n’étant pas de donner une image d’une personne qui n’est pas soigneuse, il valait mieux les prévenir, tout comme la demande de 1/3 temps pour avoir davantage de temps pour l’examen, sinon ce sera un carnage et je n’aurai pas le temps de finir. Mes mains sont une grande angoisse pour le moment. Je m’accroche parce que ça me tient à coeur de me donner à fond dans cette formation. La faire à distance entraîne certaines difficultés, mais j’ai eu la chance d’avoir rencontré 3 petites nanas très sympas avec lesquelles je suis en mp très souvent, pour partager le bon et le moins bon de la formation et du coup, je ne ressens pas l’isolement qui a pu me faire peur au tout début. Mes compagnes de route pour ma revanche en quelque sorte, surtout qu’on a toutes les 4, un vécu qui fait, je pense, qu’on comprend l’une et l’autre, dans leurs propres revanches sur la maladie, la vie tout court.

Côté douleurs, j’ai de super notes en étant très souvent (comme depuis plusieurs jours d’ailleurs) à 10. Avec un problème de mâchoires bien douloureux par dessus le marché (#alloicipiècesdétachéesàvendre). Je pète donc régulièrement les plombs, moralement, parce que la douleur me rend dingue et c’est très peu de le dire… Mes pensées ne sont pas toujours bien roses et je serais malhonnête de dire que l’envie d’éteindre tout ça n’est jamais bien loin, quand je ne gère plus rien. Comme ce soir par exemple. Je ne sais plus quoi faire de mon corps, de ma tête qui ressemble à une citrouille, ce qui tombe bien, vu le jour qu’on est. 

J’ai passé du temps en famille, déjà près de mes racines et après d’emmener mes parents dans ma ville d’adoption (10 ans d’adoption d’ailleurs ce mois-çi). Mes princesses Nénette et Pépette poussent comme des champignons et je les aime de plus en plus ces fripouilles. Nénette a toujours un secret à me dire d’ailleurs, mais elle a mis tellement de temps à me dire « tatie tu le gardes dans ta tête si je te le dis et tu ne dis rien hein », que c’était l’heure de manger pour elle et le secret m’est passé sous le nez snif 🙂 Mais le coeur y’était et j’ai toujours rêvé d’être une tatie à qui on disait des secrets :-p 

J’essaie de m’accrocher à tout le positif qui passe, aussi petit qu’il soit, je remplis les journées de petits bonheurs pour tenir le coup. M’imbibe de jolies couleurs de la nature que j’aime tant. Regarde des photos de beaux souvenirs passés avec les personnes que j’aime, histoire de revivre les bons moments pour bien m’en imprégner. Côté amitié, j’ai bien trinqué ces derniers mois et j’essaie de me réparer, même si c’est difficile, parce que le manque est là, l’absence fait mal et bref… je m’accroche à celles et ceux qui sont là et j’essaie d’oublier les absents. Mon amitié vaut mieux que tout ça… enfin j’essaie du moins de m’en convaincre et j’ai davantage la théorie que la pratique, mais ça viendra…

Je vous laisse pour ce soir, mon corps ressemble à une serpillère et à des miettes éparpillées. Une névralgie et une migraine n’aident pas à me sentir bien non plus. Moralement j’avais besoin de parler, mais ça coûte parfois bien cher physiquement :/ Passez un bon week-end. J’espère pouvoir profiter demain d’Halloween avec une amie et ses filles. Amusez vous bien si vous aimez ce jour là. Je ne suis pas sûre que mon post soit bien clair, c’est un peu fouillis et balancé comme ça venait, mais bon… le principal est dit avant d’aller à nouveau allonger ma vieille carcasse qui grince… 

Combats qui me touchent

Orgasme mémorable…

Merci Youtube pour la capture d’écran

On se connaissait depuis quelques années, depuis toujours même, du plus loin que je me souvienne. On avait un peu flirté, mais sans plus. Peut-être que je n’avais pas pris le temps de bien le connaître et que j’étais restée un peu trop en surface, je ne sais pas. Mais ce soir-là, tout a été différent. Je l’avais face à moi, mon regard sur lui n’avait pas changé, c’est au moment où ses lèvres ont effleuré les miennes que quelque chose s’est transformé en moi. Un baiser plus savoureux, plein de douceur, mélange de sucré-salé. Ce soir là, j’ai succombé à son charme et je me suis laissée aller depuis bien longtemps. On n’a fait plus qu’un, je l’ai laissé venir en moi. C’était d’une magie comme je ne l’avais pas ressenti depuis bien des années. Tout en moi pétillait, si un illustrateur avait pu dessiner à ce moment là ce qu’on vivait ensemble à cet instant précis, des petites bulles de bonheur et de plaisir auraient été placées sur mon visage et mon corps tout entier. On a pris notre temps tous les deux, je me délectais à l’avoir en moi, à l’accepter comme s’il avait toujours fait partie de moi. Dans un feu d’artifice immense, mon corps a explosé de plaisir dans un orgasme comme jamais ressenti aussi pleinement. Sereinement. Le coeur en joie. Le corps vibrant dans chacune de ses parcelles et ses moindres recoins. L’esprit libre et léger. Ce soir là, ce fut un orgasme mémorable oui.

………

Alimentaire l’orgasme :p Ben oui, alimentaire ! Qu’est ce que vous avez cru ?? Ohhh ! 🙂

Je partage beaucoup de choses par ici, mais de là à raconter ma vie intime, on ne va pas exagérer non plus hein ^^ Hier soir, j’ai mis 2 posts sur mon profil facebook. L’un était une vidéo qui tourne pas mal avec les beaux apollons non pas grecs mais rugbesques (non, faut pas chercher ce mot dans le dico, je viens de l’inventer à l’instant) et j’avoue qu’ils ont pu donner de sacrées bouffées de chaleur mmhh 🙂

L’autre post était sur un anniversaire un peu spécial, parce que çà fait 5 ans que je me suis tirée de l’enfer des troubles alimentaires. Du coup, les deux posts mélangés m’ont donné cette idée un peu farfelue pour expliquer ce que j’ai pu ressentir, le jour où j’ai mangé en ayant toutes les saveurs décuplées, à avoir l’air très con de m’extasier devant un morceau de carotte et pomme de terre, comme si je les découvrais pour la 1ère fois. Un morceau de carotte, faut le faire, pour rendre quelqu’un heureuse à ce point. Je n’ai jamais mangé quelque chose d’aussi bon, pourtant, ils étaient préparés comme d’habitude, mais la différence restait dans le fait que je mangeais tout çà sans me poser de question, sans me torturer l’esprit, sans voir ces aliments comme des chiffres remplies de calories que j’ingurgitais. J’avais pris le temps d’apprécier ce petit plat pourtant si simple, mais tellement savoureux quand on se remet à vivre, sur le plan alimentaire. Ce soir là, j’ai connu l’orgasme alimentaire, après 14 ans de restrictions. Et je m’en souviendrai toujours. Une explosion de saveurs sur mon palais et dans la moindre papille. Parce que c’était le 1er jour du reste de ma seconde vie post anorexie. Et que comme tous les combats, celui-là a laissé des traces en moi. Indélébiles. C’est aussi pour cette raison que je souhaitais le tourner un peu en dérision, ce post « anniversaire » 🙂 

Bon… Et puis, après la polémique qu’il y a eue ces derniers jours et dans le respect de l’éthique que je me suis imposée depuis le début que j’écris par ici, je dois vous faire un aveu et être honnêtes avec vous : 

*** Article sponsorisé par le XV de France *** :-p (ben quoi ! je n’y connais rien en rugby, ne connais pas leurs noms à tous ces spécimens bien foutus mais ils ont été source d’inspiration quand même ! Sans eux, peut-être qu’il n’y aurait pas eu de post encore aujourd’hui, qui sait, alors je leur dois bien çà ! 😉 ) 

Prenez soin de vous et gardez espoir pour celles et ceux qui passeront par ici et qui souffrent de TCA.

Combats qui me touchent

Quand plus rien n’est clair…

(article programmé le 14/09)

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Il m’arrive de ne plus savoir qui je suis, ce que je suis, d’être là sans l’être vraiment. Même le mot « être » ne convient plus. « Errer » serait bien mieux. Au milieu des gens, au milieu des choses, au milieu de ce que je ne comprends pas ou plus. Si la force d’arriver à comprendre encore quelque chose est encore présente d’ailleurs. Plus envie, plus le courage, plus la force. Mon corps et mon esprit sont deux machins qui se côtoient comme un vieux couple qui passerait son temps à se chamailler pour tout et rien. J’ai du mal à croire, à avoir confiance. En moi, en tout le monde. Cà sert à quoi de vider son coeur si c’est pour qu’on le referme. Cà sert à quoi de passer son temps à expliquer si c’est bouché en face de soi. Parler dans le vide et vouloir se taire du coup, pour ne pas se fatiguer physiquement encore plus. J’aimerais m’en foutre de tout et pourtant, tout me touche à un point dont personne ne saura jamais l’intensité. La moindre bricole prend une dimension tellement grande que je me sens envahie, absorbée et étouffée.  J’essaie d’être là, je cherche à être présente, mais c’est comme le reste, çà ne sert à rien. Alors je m’efface, parce que c’est quelque chose que j’ai toujours su bien faire au moins. J’ai le contrôle au moins sur mes paroles et sur mon silence. Les pensées, les sensations, les ressentis, eux ne s’arrêtent jamais, le contrôle n’existe pas pour eux même si ce n’est pas faute d’essayer par différentes techniques, par contre, je peux choisir de parler ou de me taire. Même si bien souvent ce n’est pas vraiment conscient ce silence en moi, bien ancré.

Il y a 10 ans, on m’apprenait à parler, à pleurer, à me dire qu’il fallait tout lâcher si je voulais espérer que l’anorexie sorte de moi. Je n’ai jamais oublié cette salle d’ergothérapie où tout a été évacué souvent avec violence. Verbale, mais aussi physique. Maintenant j’apprends de nouveau à me fermer, à me taire et surtout j’ai encore moins confiance en celle que je suis, qu’à l’époque, pourtant je ne brillais déjà pas dans l’estime que je me portais. Parfois l’impression d’être amnésique et d’avoir perdu notions de ce que j’étais vraiment au fond de moi, d’avoir perdu mon identité au milieu de tout ce bordel en moi et autour de moi. 

Je me décroche. En silence. Mais le résultat est identique, on me perd. 

Combats qui me touchent

Je mens et j’assume…

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Parfois on le fait pour se protéger un peu. Ne pas dire le fond de notre pensée pour se préserver du regard qu’on nous portera. La majorité de mes mensonges sont relatifs à la question que beaucoup posent par politesse, sans vraiment se soucier de la réponse. Comme une bonne action. Si on décortiquait la conversation qui pourrait en découler, on pourrait avoir « j’ai demandé à une telle si elle allait bien » « ah et qu’est ce qu’elle a répondu, comment elle va ? » « ah ben j’en sais rien, je n’ai pas entendu (ni attendu) la réponse, c’est pas important si ?? l’essentiel est que je lui ai posé la question, j’ai été poli non ?? » Mouais…

Machinalement, en sachant que la majorité des gens s’en tape de savoir le fond de la vérité, je réponds « çà va » avec un grand sourire. Beaucoup s’en contentent, ils n’écoutent même pas et passent à autre chose. Dire que çà ne va pas dérange, installe une gêne entre les deux personnes et je préfère épargner. La personne est débarrassée et de mon côté, je me range dans un coin en me disant que purée, on est toujours bien seule dans ce monde quand même. En train de chercher la main qui me donnera le droit de craquer en disant que ben non, çà ne va pas si fort que çà. 

Parfois je me fais prendre aussi. A force de répondre systématiquement ces mots, rares sont ceux qui vont creuser. Un infirmier l’a fait. Il était de nuit. Adorable, avec un superbe accent d’un pays de l’Est, il m’a demandé comment je me sentais, en regardant ma tension, ma T° et la position du cathéter pour voir s’il restait bien en place. Il a demandé à combien je jugeais la douleur. 9 (c’était le 1er soir, c’était logique) et c’est là qu’il est revenu sur ma réponse type. « Mais pourquoi vous êtes là si çà va ? » avec un rire qui voulait dire qu’il me taquinait et que j’avais surtout le droit de lui dire, à lui, que non, je n’allais pas bien du tout. Il a dû me donner le droit de le faire pour que les soirs suivants, je puisse lui parler des difficultés de la journée. Entendre « si vous avez quoique se soit dans la nuit, n’hésitez pas à sonner ». Mieux m’installer dans mon lit pour essayer de calmer certaines douleurs. Ce côté humain, cette volonté réelle de savoir comment vont les personnes qui sont dans ces lits durant une semaine et qui reviendront pour les mêmes raisons. Ne pas être un n° de chambre, un n° de dossier. « ah oui la 508 nous a dit qu’elle avait eu mal cette nuit, on a surveillé la tension parce qu’elle atteignait les 16 ». Mais ils ne savent rien de moi au final. Qui je suis, les médicaments que je prends, pour quelle raison. Ils n’ont pas mon histoire installée dans un coin de logiciel. 

A 1h de partir vendredi, j’ai vu le médecin une dernière fois avant de partir, elle regardait mes mains devenir bleues foncées, mes pieds pareils. Elle me dit qu’elle va appeler le cardiologue pour voir si on peut me passer encore un écho doppler des vaisseaux. Il lui a répondu qu’ils ne faisaient plus cet examen. Par contre, il m’a prescrit un vasodilatateur, sans me voir, sans savoir mes antécédents, sans savoir à quoi je ressemblais, sans auscultation, sans ECG où il aurait vu que je fais de l’arythmie et que je suis tachycarde à mes heures perdues. J’ai trouvé çà moyen… mais j’ai dit « çà va ». 

Comme je l’ai fait toute la semaine et çà m’a épuisée moralement… Je ne voulais pas être rabat joie dans les ateliers qu’on nous proposait et puis on est toutes sur le même bateau à souffrir, alors à quoi bon le dire, il vaut mieux essayer de penser à ce qu’on est en train de faire pour détourner l’esprit. Rire, parler, sourire. Et aussitôt entrer dans ma chambre, me sentir me décomposer, éclater en sanglots de ce vide en moi, de cette solitude que je ressens au fond de moi. 

J’en suis ressortie menteuse, pour avoir la paix, pour qu’on n’ait pas une image négative de moi, pour protéger les personnes qui comme moi, font éponge des vécus de chacun, alors je me suis arrangée pour dire le plus soft aux médecins pour avoir la paix finalement. Je suis partie en les laissant tous penser que çà allait mieux, alors que mon moral est en train de tomber en chute libre depuis mon retour (d’où mon absence d’ailleurs), parce que j’ai mis trop d’espoir en la kétamine et que je m’aperçois que je me ratatine encore une fois et que je manque d’énergie pour me relever et faire digérer le produit qui normalement est encore actif en moi. Mais çà va… C’est plus simple d’abréger. Qu’est ce qu’on peut y faire de toute façon. 

Je mens donc à cette fameuse formule de politesse toute faite, mais j’assume mes mensonges à répétition. Quand je la pose moi-même cette question, c’est que la réponse m’intéresse réellement, par contre, sinon je ne dis rien. Elle ne sortira jamais de ma bouche, dans le seul but d’être polie et de m’en contre fiche au point de rendre la personne en face de moi, encore plus seule face à elle-même, si jamais ce n’était pas le cas et qu’elle n’aille pas bien. 

Je n’arrive plus à suivre les être humains, tout me paraît trop compliqué, je ne comprends plus leur logique, leur façon d’être et de faire et la remise en questions est immense ces derniers temps. J’ai sans arrêt envie de crier que je ne suis pas un pantin, qu’on ne devrait pas jouer autant avec mon amitié, parce que je suis sur le point de la reprendre à beaucoup. Elle est précieuse à la hauteur du temps que je mets à accorder ma confiance… Et si je constate qu’on fait n’importe quoi avec moi, c’est le meilleur moyen de me perdre. Mais on s’en contrefiche tout autant que la question à laquelle je ne réponds plus du tout depuis mon retour « çà va ? » Avant de répondre, je suis capable d’écrire « tu veux la vraie version ou la version édulcorée ?? »

Je vous laisse, j’avais besoin de cracher certaines choses, mais c’est autant en vrac que mes articulations et mes muscles. Accrochez vous aux personnes qui s’en préoccupent vraiment de tout çà. Qui lisent derrière vos sourires. Qui voient vos yeux briller. Qui ressentent votre voix tremblotante. Ce sont des personnes qui ont vraiment envie de savoir comment vous allez derrière l’image de façade. Et du côté médical, attachez davantage d’importance aux personnes qui savent votre nom, plutôt que votre n° de chambre. Qui voient vos difficultés sans que vous soyez obligée d’en parler pour la Xième fois.